Le livre « Armentières en Tête » est disponible à la librairie MAJUSCULE d’Armentières, 4 Place du Général de Gaulle.

La version numérique est intégralement consultable ici de manière gratuite. Bonne lecture !

Avant-propos

En juin 2018 j’ai quitté le parti socialiste. Cela faisait exactement vingt ans que je militais au sein de cette organisation politique. Une décision qui emportait en elle-même,
et suivant l’idée que je me fais de la politique, ma démission
de mes fonctions de Président du groupe majoritaire au sein
du conseil municipal et de mes mandats d’adjoint au maire aux
Finances et de conseiller municipal.
Certains font de la politique pour se grandir, obtenir
une médaille, profiter d’une indemnité. Ce n’est pas le sens
que je donne à mes engagements. J’ai dès lors estimé que
la loyauté que je devais aux électeurs m’imposait ce
retrait. Je n’appartenais plus à la formation politique sous la
bannière de laquelle j’avais été élu. Il était donc normal que je
démissionne. J’aurais pu, cela est exact, rester simple conseiller
municipal. Je ne souhaitais pas néanmoins m’inscrire dans une
posture d’opposition vis à vis d’une équipe municipale qui était
restée la mienne jusque-là.
J’ai pris mes responsabilités et agi suivant ma conscience.
Les réactions sont restées diverses et certaines d’entre elles,
ne m’ont pas ménagé. Ainsi va la vie politique et il faut
savoir accepter l’augure d’être une cible quand on se met soimême en première ligne. Les mois ont passé et avec eux les événements se sont distendus. Ne me revenait alors que le principal, l’essentiel, ce qui comptait vraiment. J’ai pensé à ce moment
qu’il m’était possible d’en dire plus et ainsi ai commencé l’écriture de ce livre, sans savoir du reste si je parviendrais au bout de
l’aventure. Au cœur de mes réflexions j’ai souhaité évoquer ma
ville, Armentières. Au-delà, j’ai voulu aborder d’autres thèmes.
Des thèmes qui font société pour, d’une certaine manière, exprimer ce que je suis, ce que sont mes idéaux, mes combats, mes
rêves aussi, ce pourquoi je me suis engagé en politique. Parce
que rien n’est le fait du hasard et que les engagements les plus
puissants sont nécessairement le fruit d’une histoire indépassable mêlée de convictions et de doutes.
Beaucoup s’interrogent aujourd’hui sur les raisons de cette
initiative. Sur le fond, ils me prêtent « des ambitions ».
J’en suis flatté. L’ambition me paraît constituer une qualité essentielle pour faire aboutir toute entreprise de vie.
Il me semble du reste qu’il en faut pour sa ville tout autant
qu’il m’apparaît nécessaire d’en avoir pour accomplir sa vie
d’Homme. Mais je veux surtout répondre, à l’heure où la vie
politique est bien souvent ressentie comme une lutte intestine
d’égos, qu’il me paraît sain de mettre en avant ses idées, d’exposer ses opinions et par là, de participer au débat public. C’est
cela qui doit être jugé et il faut définitivement en finir avec la
question « des personnes » qui, tout en restant importante, ne
prime pas sur les idées et les valeurs.
Sur la forme, les interrogations sont légitimes. A l’heure
d’internet, des réseaux sociaux, des médias multipliés, pourquoi s’épuiser à écrire pour s’adresser aux gens ? D’abord
parce que très simplement, et je veux bien en formuler l’aveu,
j’aime écrire. Ensuite, parce qu’il me semble que l’ensemble
des supports modernes qui s’offrent à nous pour communiquer – dont principalement Internet – ne permettent aucun recul et n’autorisent pas à présenter en profondeur et
de manière aboutie, les idées et les réflexions que l’on porte.
Sans doute aussi parce que les informations prolifèrent
et qu’il semble dès lors impossible de pouvoir réfléchir sur
ce qui reste essentiel. Or, en politique, plus qu’en toute autre
matière, les solutions simplistes n’existent pas. Il est dès lors
très important de prendre du temps pour pouvoir analyser, mener ses propres réflexions et finalement agir. Parce
que chaque décision prise concerne l’intérêt général et par là,
ce qu’il y a de plus essentiel, la vie des citoyens. Cela ne veut
pas dire qu’il faille tourner le dos à la modernité du monde, à
Internet et aux réseaux sociaux. Ces derniers sont d’ailleurs de
puissants vecteurs et, à leur manière, ils participent à faire vivre
le débat et à l’enrichir. Bien évidemment les expressions que
l’on y trouve sont bien souvent le fait d’humeurs ou d’émotions. Il faut les considérer comme telles. Rien de moins et rien
de plus. Cela prouve, si besoin était, que les gens s’intéressent
à la politique. Je le vérifie chaque jour avec les Armentiéroises
et les Armentiérois que je rencontre. Parce que les gens aiment
leur quartier, leur ville, leur région, leur pays et qu’ils ne sont
pas étrangers à l’ordre des choses ni aux débats qui font société.
Leur défection, notamment à l’occasion des élections, est principalement liée à ceux qui font de la politique. Pas à la politique
elle-même. Aux hommes politiques. Parce qu’ils sont déçus.
Parce que tout leur a été promis, ou presque, et que rien, ou
presque, n’a été fait pour eux. C’est ce qu’ils pensent et force est
de constater qu’une partie de ce propos reste vrai. C’est précisément pour cela que je veux aussi m’adresser à eux, comme à tous
ceux qui, désabusés par la politique, ont choisi de ne plus voter
ou pire encore, de voter pour les extrêmes. Mais s’il s’agissait de
ne convaincre que ceux-là, et d’avoir pour seul objectif de panser les déceptions, les colères et les résignations, mon propos
serait nécessairement réducteur et incomplet. C’est la raison
pour laquelle je veux surtout, et par-delà les partis politiques et
les idées partisanes, dans un esprit de contribution permettant
à chacun de poursuivre ses réflexions, m’adresser à tous ceux
qui, comme moi, veulent pour notre Armentières le meilleur
des destins. Et cette volonté n’appartient à aucun autre camp
que celui de ceux qui aiment Armentières. Armentières, mérite
donc que nous transcendions des différences d’étiquettes et que
nous nous rassemblions autour d’idées et de valeurs permettant
de faire cause commune, pour notre commune.
J’aime cette ville qui fait frontière entre les Flandres et la métropole lilloise et qui par-là, revêt une spécificité propre, avec
ce qu’il y a comme avantage et comme inconvénient d’être à
mi-distance de ces deux mondes. Je n’y suis pas né. C’est un
fait que je ne discute pas. Mais je revendique d’être aussi un
enfant d’Armentières : un enfant adopté. A l’inverse de beaucoup, c’est par choix que j’ai décidé de vivre dans cette ville. Je
m’y suis installé. Je m’y suis marié. Mes enfants y sont nés. J’y
travaille comme avocat. J’y ai investi son monde associatif et y
suis devenu élu. Cela fait maintenant près de 24 ans que ma vie
est armentiéroise. Nous étions étudiants mon épouse Géraldine
et moi-même quand nous nous sommes installés à Armentières.
La ville se trouvait à mi-chemin, entre un travail de surveillant de
lycée que j’acquittais pour subvenir à mes besoins, et la Faculté
de Droit où je poursuivais mes études. Bref, c’est à cette époque
que Géraldine a fait de l’aide aux devoirs au Centre social Roger
Salengro pendant que je militais à Amnesty International puis,
plus durablement, au sein de la section socialiste d’Armentières.
Géraldine et moi avions alors la conviction que nous pouvions,
même modestement, aider les autres, inscrire nos pas et nos vies
dans des solidarités citoyennes. Cette flamme est restée intacte.
Elle m’a encore permis d’écrire ces quelques lignes pour livrer
ma vérité et par-delà, une part de moi-même.

Armentières, d‘hier à aujourd’hui

Il me semble logique et évident de commencer mon propos
en évoquant Armentières. Ceux qui ont une idée assez vague
d’Armentières, ont au moins au bout des lèvres sa devise : « Armentières, pauvre mais fière ». C’est à Louis XIV que l’on doit
ces mots. L’Histoire raconte qu’à l’occasion du rattachement
définitif de la ville à la France – à la suite de la campagne des
Flandres qui aboutira au traité d’Aix la Chapelle de 1668 – le roi
reçut à Bruxelles, dans une démarche d’allégeance, les édiles,
les magistrats et les bourgeois armentiérois. Après plusieurs
années de guerre, la ville était ruinée et les membres de la délégation arrivèrent à Bruxelles pauvrement vêtus malgré leur
rang. Ils durent ainsi se faire prêter des vêtements dignes de leur
position pour se présenter devant le roi. Mais celui-ci avait été
prévenu de la supercherie et s’exclama, en les voyant : « Armentières, pauvre mais fière ! ». Certains ont voulu gommer l’image
désuète à laquelle pouvait renvoyer cette devise. Je pense qu’ils
avaient tort, précisément parce que cette devise est la marque
d’un caractère manifeste dont il faut utilement s’enorgueillir.
Ma jeunesse est restée rythmée par de nombreux déménagements que m’imposaient mes parents à la faveur de leurs mutations professionnelles multipliées. Tous les deux, trois ans,
nous étions projetés dans une autre région, un autre monde,
une autre aventure de vie. A cette époque, je vivais difficilement la chronicité de ces changements qui affectaient sans fin
mes amitiés et tout ce qui pouvait me rattacher aux autres. Il
m’a fallu du temps pour mesurer combien j’étais riche de cette
histoire familiale qui m’avait ouvert au monde bien plus que je
n’avais pu le soupçonner. J’ai, quoi qu’il en soit, et sans doute à
contrepied de cette première vie, choisi de m’installer à Armentières durablement. Un peu par hasard au début, beaucoup par
nécessité comme j’ai pu déjà l’indiquer, puis par goût et même
par affection pour cette ville qui m’a définitivement adopté et
a fait de moi un Armentiérois à part entière. Je suis « fier… »,
que mes enfants y soient nés, y grandissent et qu’ainsi ils soient
confrontés à la réalité du monde. Parce que cette ville est une
terre plurielle, où se côtoient de multiples communautés (marocaines et mauriciennes par exemple) en même temps qu’y vivent
les plus pauvres d’entre nous et des gens parmi les plus riches
de la région des Hauts de France. Chaque fois que j’ai tenu un
bureau de vote, j’ai mesuré ces réalités sociologiques au plus
près. Cela n’est pas le fait du hasard.
Sur ce point, l’Histoire de la Ville nous éclaire. Cité ouvrière et
prospère, la ville d’Armentières a vu s’installer dès le XIXème
siècle des familles industrielles propriétaires des outils de production dont notamment des brasseries et usines de tissages qui
ne fonctionnaient alors qu’à la faveur d’une main d’œuvre ouvrière abondante. Le raccordement au chemin de fer dès 1848,
comme le bras de la Lys dans lequel la ville s’est lovée toute entière, ont alors joué un rôle déterminant en offrant notamment
à ces industries florissantes des possibilités de transport pour les
matières premières, et l’opportunité de ressources en eau inestimables pour fabriquer la bière ou teindre les tissus… Quoi qu’il
en soit, et parce qu’au sortir de la première guerre mondiale
la ville a été détruite à plus de 75 %, l’habitat s’est alors reconstruit à partir de ces modèles sociologiques, et il suffit de se
promener en ville et de lever la tête pour constater que l’architecture des maisons rend encore compte de ces réalités du passé.
La « Cité de la Toile et de la Bière », ainsi qu’Armentières a pu
être un temps surnommée, était alors une gigantesque fourmilière et l’on était d’une usine comme l’on était d’une famille. Les
comités de quartier se multipliaient à la faveur des solidarités
de quartier qu’il fallait préserver pour pallier les carences d’un
Etat qui ne parvenait pas à résoudre toutes les difficultés. On
comptait autant de compagnies musicales qu’il était d’usines et
de fabriques. Des centaines de café étaient installés en ville et
il n’était pas de rue sans commerce. C’était une époque particulière où le bonheur de vivre se conjuguait nécessairement
avec les autres. La certitude d’un temps immuable permettait de
ne pas être inquiet pour l’avenir : les enfants iraient travailler à
l’usine comme, avant eux, leurs parents et leurs grands-parents.
Les congés payés du Front populaire avaient accompli l’avènement d’un progrès social pour tous et cet ordre établi, rappelé
à gros traits, constituait le socle indéfectible du vivre ensemble
que même la seconde guerre mondiale ne parvint pas à remettre
en cause malgré le lourd tribut que dut une nouvelle fois concéder la ville.
La vie est sans aucun doute plus forte que la guerre et la barbarie. La ville s’est par la suite relevée et, peu à peu, reconstruite
autour des brasseries, industries de filatures et de tissages. Les
trente glorieuses ont fini d’accomplir la révolution silencieuse
qui a profité à la France en favorisant des changements économiques et sociaux majeurs dont Armentières a bien évidemment
bénéficié. Mais Armentières a subi de plein fouet, entre les années 70 et 90, la crise du textile et de l’industrie brassicole. Il en
est résulté, ainsi que chacun le sait, la fermeture de nombreuses
entreprises et, par ricochet, l’apparition de friches industrielles
dans les quartiers. De nombreuses familles ont alors connu le
chômage, les fins de mois difficiles et la précarité. La ville est
parvenue un temps à endiguer la paupérisation des populations
par la mise en œuvre de politiques sociales volontaristes. Gérard Haesebroeck, député du Nord et Maire socialiste de la ville
d’Armentières entre 1959 et 1999 a alors joué un rôle prépondérant dans ce soutien aux populations qui, pendant plusieurs
décennies ont pu compter sur des infrastructures solides (hôpitaux, centres sociaux, établissements scolaires…) et des politiques publiques cohérentes visant à ne laisser personne sur le
bord de la route. Mais le monde a muté de manière inouïe en
même temps qu’il a été rattrapé par la crise économique. Armentières n’a bien évidemment pas été épargnée. Les politiques
d’hier n’ont alors plus suffi pour enrayer les difficultés qui se
sont accrues sous le poids d’autres indicateurs : restrictions
budgétaires imposées aux collectivités, faiblesses des ressources
fiscales de la ville, augmentation des réglementations…
Aussi, si les politiques d’hier ont incontestablement fait leurs
preuves, il faut constater aujourd’hui une forme d’essoufflement, d’épuisement, et pourquoi ne pas l’avouer ici, d’inefficacité. La raison tient à des politiques publiques qui, se renouvelant sur elles-mêmes, n’ont pas su véritablement s’adapter aux
changements que la ville a dû absorber. Ne pas le reconnaître
serait une grave erreur. Et je veux ne citer qu’un seul exemple
pour le démontrer, directement connecté à la politique du logement menée sur le territoire. Depuis les années 1960, la ville
s’est lancée dans la réalisation de nombreux programmes d’habitation dits « sociaux » ou – et l’expression me paraît plus juste
– « économiquement accessibles » : il s’est agi pendant de nombreuses années d’accompagner une population ouvrière, peu
mobile, qui travaillait sur le territoire armentiérois. Par la suite,
cette politique visait à répondre aux demandes de logements
qui étaient formulées par les enfants de ces ouvriers. En effet,
leur éducation les avait conduits à un réflexe d’immobilisme et,
bien souvent, les enfants souhaitaient légitimement s’installer
près de leurs parents, surtout si ces derniers étaient fragilisés
par la vie. Cette politique restait alors en parfaite adéquation
avec les besoins de la population. Elle assurait du reste une véritable mixité sociale parce qu’en proximité se côtoyaient des
Armentiérois aux revenus plus confortables, attirés par la ville
en raison de différents autres critères : architecture des maisons
de centre-ville, présence de collèges et de lycées de qualité, services publics multipliés…etc. Aujourd’hui, les ouvriers en tant
que tels, et jusqu’à leurs enfants, représentent une part moindre
de la population et leur nombre ne cesse de diminuer tandis que
d’autres professions et catégories socioprofessionnelles apparaissent. Qui plus est, s’il faut observer que les attentes restent
importantes, les besoins du territoire sont très différents, au
point que certains équilibres de mixité sociale ne sont plus préservés et pire, que certains quartiers entiers sont fragilisés par
la juxtaposition des logements économiquement accessibles,
laissant suggérer une forme de ghettoïsation. Et si la formule
peut sembler forte elle n’en reste pas moins juste. Le nier ne
résoudrait rien et pire, continuerait d’accélérer ces fragilités. Je
m’y refuse.
A ce constat se surajoute le fait que certaines villes immédiatement voisines d’Armentières préfèrent être sanctionnées au titre
du non-respect de la loi SRU (loi du 13 décembre 2000 relative
à la solidarité et au renouvellement urbains qui est le premier
texte à imposer aux communes d’avoir à réaliser un seuil minimal de logements sociaux), plutôt que d’avoir à satisfaire aux
obligations prévues par la loi. Il faut dès lors, sans renoncer à
la justice sociale, tenir compte de ces constats et considérer que
les politiques à appliquer ne sont plus ipso facto celles qui ont
participé, par le passé, au renouveau de la ville, faute de quoi,
le rendez-vous donné par la République à la mixité sociale sera
manqué et les quartiers dits populaires, les premiers pénalisés.
Bien évidemment, les équations qu’il convient de résoudre
sont d’une extraordinaire complexité parce qu’elles conjuguent
des spécificités du territoire à des évolutions législatives, à des
opportunités budgétaires, à des pertinences d’aménagements
impulsés par d’autres collectivités territoriales dont principalement la MEL (Lille Métropole Européenne), et à bien d’autres
critères et éléments qui, en opportunité, justifient ou non, les
décisions programmatiques de logements. Il n’en demeure pas
moins que les réponses politiques d’aujourd’hui ne peuvent
plus s’accommoder des vieilles recettes héritées du passé et que
la paupérisation de la population reste un constat objectif qui
emporte des conséquences pour notre ville : faiblesse de la vitalité du commerce local, absence de mixité sociale au détriment
des plus fragiles, fuite des classes moyennes et aisées après une
première acquisition ou la fin des études des enfants, absence
d’hétérogénéité des quartiers, faible capacité des recettes fiscales
pour la ville et sentiment d’injustice pour ceux qui contribuent à
l’impôt…
Nier ces constats constituerait, je le répète, une erreur, et la vérité
mérite d’être regardée en face, la mixité sociale devant permettre de
ne jeter aucune exclusive, ni dans un sens ni dans un autre. C’est
là l’intérêt général. Et cette recherche d’équilibre doit conduire à
réfléchir par-delà les partis politiques. Car personne, selon la formule célèbre du président Giscard d’Estaing n’a « le privilège du
cœur », et n’exclure aucun oblige à s’intéresser à tous, c’est-à-dire
aussi à ceux qui ont la chance de ne pas être fragilisés par la vie.
A cela s’ajoutent également une crise des valeurs républicaines,
une remise en cause de la démocratie, une défiance pour les appareils politiques, des replis communautaires, un virage générationnel parmi les élus, un renouvellement accéléré de la population,
des mutations technologiques sans précédent, une révolution numérique qui avance à pas cadencés, des transports qui se démultiplient avec par exemple 1,5 millions de voyageurs par an en gare
d’Armentières… Bref, autant d’indicateurs qui militent en faveur
de nouvelles politiques, et peut-être davantage encore, d’une
nouvelle façon de faire de la politique. Ces constats emportent
donc une conclusion : Armentières est riche de son Histoire, de
ses racines et de ses héritages politiques. Mais Armentières doit
définitivement faire un choix et accepter de considérer que les
vérités d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui, obligeant à de
nouvelles réponses politiques dans une vision à court, moyen et
long terme pour la ville et les habitants.

Regarder la vérité en face

Une étude sur la pauvreté parue en février 2018 sous l’autorité
de l’Agence de développement et d’urbanisation de Lille
Métropole Européenne, a mis en exergue un taux de pauvreté à Armentières de 23,9 %, soit une statistique qui renvoie à
une pauvreté touchant près d’un habitant sur quatre. Sur une
population recensée de 25978 habitants, le nombre d’habitants
concernés s’évalue donc à près de 6208 personnes. Ce constat
– en lui-même objectif et indiscutable – atteste d’une pauvreté
élevée dans notre ville. A titre de comparaison, il est possible
de relever que le taux de pauvreté à Houplines est de 13,8%, à
la Chapelle d’Armentières de 10,5% et à Erquinghem-Lys de
8,7%. C’est dire les difficultés qui sont les nôtres et auxquelles
la ville reste confrontée.
A ce premier constat s’ajoute un second lié au fait que la pauvreté n’a cessé de croître ces dernières années sur notre territoire,
avec une augmentation révélée en 2015 de +1.6% par an, soit
+344 personnes (Source Filocom 2015, MEEM, d’après DGFiP).
Et cette donnée, au début du dernier trimestre 2018, se corrèle
avec l’augmentation de 2,5 % du nombre de demandeurs d’emplois de catégorie A à Armentières alors que l’ensemble du territoire national connaît, à cette même date, une diminution de
1,3% du nombre de demandeurs d’emploi de même catégorie
(Source Pôle Emploi, septembre 2018). Tout cela rend compte,
de manière neutre et objective, d’une inefficacité des politiques
publiques qui ont été mises en œuvre. Pour quelles raisons ?
Alors que la municipalité a déployé et déploie encore des politiques sociales pour accompagner et aider les publics en fragilité, comment expliquer ce phénomène de paupérisation de la
population armentiéroise ?
Comment concevoir que les difficultés augmentent alors que
les politiques mises en œuvre visent précisément à soutenir
ceux qui en ont le plus besoin et à endiguer le phénomène
même de la pauvreté ? Bien évidemment les causes de la pauvreté sont connues et liées à des ruptures familiales, des dégradations de l’emploi, des isolements brutaux… Mais là n’est pas
le sujet. Car ce qui fait que l’on devient pauvre à Armentières,
l’est tout autant dans une autre ville (un divorce, un deuil, la
perte du travail…). La question demeure donc entière : pour
quelle(s) raison(s) cette pauvreté augmente-t-elle de manière si
importante à Armentières et dans des proportions qui restent
incomparables avec celles des villes voisines ?
La réponse est pour moi assez simple finalement. Elle tient,
pour l’essentiel, aux politiques de l’habitat et de l’urbanisation
qui ont été mises en œuvre sur Armentières au cours des deux
derniers mandats. Même si je n’ai été ni Maire ni même adjoint
à l’urbanisme ou au logement, je prends ma part de responsabilité à cette situation. Il ne sert à rien de vouloir se renvoyer les
responsabilités au visage. Ce qui compte, c’est que l’on accepte
de prendre conscience de cet appauvrissement de la population
de notre ville et qu’à partir de là, l’on décide de changer de cap.
Véritablement.
J’ai déjà expliqué la cohérence qui restait celle de la ville à partir
des années 60 à s’engager sur des programmations de logements
sociaux sur notre territoire. Je n’y reviens pas. Cette politique
restait alors parfaitement adaptée à la situation de la ville et de
la population. Je veux d’ailleurs préciser qu’à cette époque, le
logement social n’était pas nécessairement lié au fait social (vécu
en tant que difficulté). L’on pouvait retrouver en effet dans ces
logements des enseignants, des policiers… et un certain nombre
d’autres catégories socioprofessionnelles qui n’étaient pas en
prise avec des difficultés particulières. Cette réalité peut encore exister dans certains ensembles immobiliers avec des publics qui ont accès au logement social parce que leurs conditions de revenus le justifient. Je pense aux étudiants, aux mères
isolées… Mais force est de constater que de nombreux foyers
résidant dans des habitations à loyer modéré, concentrent aujourd’hui toutes les difficultés. Certains immeubles polarisent
du reste des familles aux revenus les plus faibles et pire, n’assurent plus aucune diversité avec des familles principalement
issues de l’immigration. Cela n’est absolument pas acceptable.
L’une des raisons de ces situations est que, peu à peu, les classes
moyennes, parce qu’elles en ont eu l’opportunité et la capacité,
ont souhaité déménager au profit d’autres territoires, souvent
dans des villes avoisinantes qui déployaient d’autres logiques
de logements avec notamment l’émergence des lotissements. Et
ce phénomène ne va cesser de s’accélérer en même temps que
ces catégories socioprofessionnelles vont s’éloigner de ces logements économiquement accessibles. De facto, seules les familles
en difficulté – et qui n’avaient aucune possibilité de mobilité
pour ne pas disposer des finances nécessaires – vont rester dans
ces logements avec tout ce que cela peut représenter comme
mauvais signal pour la mixité et les équilibres que la République est censée préserver. Il en est résulté des difficultés plus
enkystées qu’elles ne l’étaient jusqu’alors et des quartiers véritablement stigmatisés. La crise économique, en arrière fond,
va accroître ces situations dans des conditions que chacun peut
ressentir et connaître.
En poursuivant une logique de construction de logements sociaux (alors que la ville a très largement atteint les quotas fixés
par la loi SRU), la municipalité a donc accéléré la ghettoïsation
de certains quartiers et de certaines rues qui restaient pourtant
déjà très fortement fragilisés pour les raisons que je viens d’exposer. Et cette fragilisation a eu des conséquences en cascade
que tout le monde peut mesurer. Il suffit de prendre le commerce local de centre-ville. Il est vain de croire qu’il soit possible de dynamiser le commerce via le FISAC (Fonds d’Intervention pour la Sauvegarde de l’Artisanat et du Commerce) ou
des réformes du stationnement réglementé si, au final, les habitants n’ont pas le pouvoir d’achat nécessaire pour consommer.
C’est une réalité qu’il faut admettre.
J’entends déjà les critiques poindre au motif d’un nombre important de personnes qui attendent aujourd’hui un logement et
au fait que l’on ne saurait fermer les yeux sur ces situations. Que
l’on se comprenne bien, je ne prône pas l’arrêt de constructions
de logements sociaux. Je plaide pour une diminution importante de réalisation de logements sociaux pour prioriser l’accession à la propriété. Ce que je pense c’est qu’il faut inverser les
tendances et nous occuper des Armentiérois en renvoyant par
ailleurs les villes environnantes à leurs responsabilités. Armentières ne peut à elle seule assumer la politique logement de l’ensemble du canton. Je constate d’ailleurs que les mentalités évoluent et que certaines villes manifestent des efforts favorables,
par exemple la ville d’Houplines et la programmation qu’elle
projette sur le quartier de l’Octroi, ou la ville de la Chapelle
d’Armentières avec le quartier dit du « Nouveau Monde ». Je ne
souhaite pas renvoyer les villes dos à dos. Je considère cependant qu’Armentières a pris plus que sa part dans la réalisation
de logements sociaux et qu’elle concentre aujourd’hui un taux
de pauvreté qui doit l’obliger à penser sa politique de l’habitat de manière radicalement différente. Parce qu’Armentières
doit retrouver des équilibres. Que ces équilibres soient sociaux,
économiques, de mixité… Et nous devons concentrer les politiques sociales sur les Armentiéroises et les Armentiérois qui
vivent aujourd’hui la pauvreté. Cette question n’est donc pas
seulement un enjeu économique ou de mixité. C’est également
et peut être surtout un enjeu de justice et de cohésion sociale.
C’est en affrontant cette vérité en face, c’est-à-dire en dépassant
les poncifs, les partis pris politiques et les réflexes partisans,
qu’il nous sera possible d’envisager l’avenir différemment, en
rompant le cercle vicieux dans lequel la municipalité s’est inscrite en multipliant les programmes de logements sociaux sans
autre logique que de reproduire ce qui se passait depuis 50 ans.
Les logiques d’hier ne sont donc plus celles d’aujourd’hui et il
faut le reconnaître. Qui plus est nous devons attirer à nous les
classes dites moyennes et aisées et seule l’accession à la propriété nous offrira cette possibilité. Cette exigence dépasse de
loin la seule question de notre habitat. Elle rejaillit quand il est
question de la mixité sociale à l’école, quand l’on évoque l’activité économique de l’artisanat et du commerce local… Bref,
il me paraît plus qu’essentiel d’objectiver ces questions pour y
apporter les réponses les plus opportunes et les plus pertinentes
pour Armentières, pour les Armentiéroises et pour les Armentiérois.
A ces circonstances évoquées (ghettoïsation des quartiers, déséquilibre des prises en charges par les villes, mixité dévoyée, fragilité de l’offre de l’habitat…) s’ajoute celle liée à la rénovation
du bâti. Le postulat posé par la municipalité a, depuis ces dernières années, uniquement reposé sur l’idée qu’en rénovant telle
ou telle rue, cela irait mieux. La vérité est qu’un cadre urbain,
même rénové de manière intégrale, ne change rien à la difficulté
des personnes. Un gamin en rupture reste un gamin en rupture
et ce n’est pas la rénovation de son environnement qui résoudra
ses problèmes. Que l’on me comprenne bien, je n’entends pas
honnir la rénovation urbaine qui reste essentielle à l’embellissement de la ville et à l’amélioration des logements. Mais je revendique que la rénovation urbaine n’est véritablement qualifiante
que si l’on reste capable de se poser les bonnes questions. Ne
poser comme cadre que la rénovation d’un quartier, par tel ou
tel aménagement, réhabilitation ou construction de logements
n’a aucun sens si l’on n’est pas capable, dans ce même trait
de temps, d’identifier les politiques qui doivent être mises en
œuvre pour accompagner ces mutations. Cela est d’autant plus
vrai que chacun sait combien les politiques de développement
social sont aujourd’hui les enfants pauvres de la politique de la
ville et que l’essentiel des budgets reste concentré par l’ANRU
(Agence Nationale de Rénovation Urbaine) dont les rapports
parlementaires fustigent les résultats.
Et si l’on dépasse la problématique de la pauvreté, il est constant
que beaucoup de primo accédants décident d’investir à Armentières. La problématique demeure néanmoins dans la mesure
où ces mêmes propriétaires font souvent le choix par la suite
de quitter Armentières pour investir ailleurs. Aussi, et tant que
nous ne donnerons pas envie à ces familles de rester sur Armentières, nous continuerons à fragiliser notre territoire, raison
pour laquelle il faut impérativement réorganiser la politique de
l’habitat dans les configurations que je viens d’exprimer.
J’ajoute du reste un dernier élément qui me semble devoir
être évoqué. Armentières est lovée dans le bras de la Lys.
Cette configuration très spécifique, et qui est liée au passé
industriel de notre ville, rend compte d’une densité des habitats incomparable si on la mesure aux villes environnantes.
Notre territoire est en effet extrêmement resserré alors que
notre population est, de très loin, la plus importante du canton. Il me paraît indispensable dès lors d’envisager des desserrements et, dans des configurations qui tiennent compte des problématiques de sécurité, d’envisager d’autres solutions que la
création de logements. Je pense en priorité à la création de parcs
et de jardins qui, en même temps qu’ils embelliront la ville, offriront aux Armentiéroises et aux Armentiérois des respirations
aux cœurs des quartiers. Et cela est d’autant plus pertinent que
la transition écologique doit aujourd’hui nous obliger à penser la ville autrement que par la juxtaposition de programmes
de logements, sans nous réfugier d’ailleurs derrière l’empreinte
écologique que constitue la base des Prés du Hem.
En effet, la ville durable doit s’inscrire aussi dans les quartiers,
et pas seulement en périphérie. C’est d’ailleurs une expression
très forte des Armentiérois et les mobilisations qui ont existé
en 2013, au moment de la rénovation de la place Victor Hugo,
en sont un parfait exemple. Je pense donc que la politique de
l’habitat, en priorité, et constat fait du respect de la loi par la
commune, doit désormais changer et que nous devons absolument repenser nos manières de faire, sans réflexe partisan
ni volonté de vouloir reproduire ce qui se faisait par le passé.
Précisément parce que la politique de l’habitat est une politique essentielle qui, à elle seule, façonne le visage d’une ville.
Armentières ne peut plus à cet égard continuer à appliquer
sans fin une politique du logement qui aujourd’hui, et pour
les raisons que je viens d’expliquer, fragilise ses équilibres
et nous empêche de nous occuper durablement des problèmes
que rencontrent les gens. Et tout cela est d’autant plus vrai
que notre monde a changé, avec les mutations – souvent violentes – que l’on connaît. Il faut, qui plus est, anticiper sur les
problématiques de demain telles que le vieillissement de la population. Du temps sera nécessaire pour retrouver nos équilibres
et régler ces difficultés. Tout le monde doit pouvoir le mesurer.
L’espoir commence cependant, et à mon sens, avec cette prise de
conscience. Il me paraît dès lors essentiel d’en accepter l’augure.

Réinventer la politique

Le monde a changé. Durablement, à tous les niveaux et de manière importante. Je l’ai déjà souligné. L’élection de Donald
Trump à la tête de la première puissance mondiale, comme celle
d’Emmanuel Macron à la Présidence de la République française
en sont de fulgurantes illustrations, sinon même de puissants
révélateurs. Je ne reviendrai pas ici sur la personnalité singulière de l’actuel Président des Etats-Unis d’Amérique (et c’est
le moins !), ni sur l’arrivée au pouvoir à la tête de la plus haute
responsabilité de l’Etat français d’un homme inconnu deux ans
auparavant, qui n’était porté par aucun parti politique et qui
restait âgé de moins de 40 ans au moment de son accession au
pouvoir. Ces deux faits, s’ils sont rigoureusement distincts, et
à vrai dire sans lien direct entre eux, n’en sont pas moins communs sur un point. En effet, et c’est là un constat qu’il faut
faire, ces deux élections (presque simultanées) révèlent en ellesmêmes un changement profond de notre monde et un besoin
exprimé de renouvellement de la classe politique avec tout ce
que cela comporte comme conséquences.
Pendant plus d’un siècle et demi, deux forces concurrentes ont
gouverné toutes les idées politiques qui ont eu cours à la surface du globe : le marché et l’Etat. Et si la guerre froide en est
restée au siècle dernier le plus éloquent symbole sur la scène
internationale, nos organisations politiques sont restées ellesmêmes, en France, structurées autour de ces idées. Idées qui
ont opposé les tenants d’un Etat omnipotent, providentiel et
régulateur de toutes les justices, et les partisans d’un marché
laissé parfaitement libre et capable de réguler les économies et
par-delà l’Homme en tant qu’individu libre et directement bénéficiaire des fruits de la production. Ces conceptions et oppositions, si elles continuent d’exister, notamment par le prisme
de la question du travail, ne sont plus celles par lesquelles s’organise désormais et prioritairement le débat public qui voit apparaître d’autres idées. Idées qui ne sont pas neuves mais qui
ont confisqué les premières places dans les débats, qu’ils soient
télévisés, radiophoniques, de presses écrites ou encore vivant
sur les réseaux sociaux. Ces idées ont trait pour l’essentiel au
pouvoir d’achat, à l’écologie, à la sécurité, à la religion et à la
Laïcité, et aux questions migratoires. Il faut tenir compte de
ces évolutions, et par là, nous questionner nous même jusqu’à
notre manière de faire de la politique en nous montrant sincères, pragmatiques et ambitieux.
En premier lieu, « être sincère ». Les promesses que l’on ne tient
pas font inexorablement le lit des populismes et des démagogies. Parce que les gens sont déçus. Et ils ont raison de l’être.
Comment reprocher alors à ces mêmes personnes de s’abstenir
de voter dans ces conditions ? Je pense qu’il ne faut pas infantiliser les citoyens, et en ce sens, qu’il faut tenir un langage de
vérité. Alors que les lois de finances étranglent, sans distinction,
toutes les collectivités, que les réglementations ne cessent d’imposer de nouvelles normes, toujours plus coûteuses, que l’on
choisit de ne pas augmenter les impôts pour préserver le pouvoir d’achat…, est-il incompréhensible de dire aux citoyens
que le temps jadis n’est plus ? Claude Hujeux, Maire de la ville
d’Armentières entre 1999 et 2008, et pour lequel, j’ai une profonde estime et grand respect, m’apprenait qu’il y a une vingtaine d’années, la mairie offrait aux familles qui sollicitaient
l’organisation d’un parrainage républicain, une petite gourmette argentée. Ce fait pourrait prêter à sourire et même paraître anecdotique dans mon propos. Il ne l’est pas. Il renvoie
à cette expression si souvent entendue « c’était mieux avant ».
L’époque n’est cependant plus la même. Et il faut savoir l’exprimer et l’expliquer. Les évolutions législatives en témoignent,
depuis notamment les lois de décentralisation des actes I et II
(loi du 2 mars 1982 relatives aux droits et libertés des communes,
des départements et des régions, loi du 4 février 1995 d’orientation pour l’aménagement et le développement du territoire
(LOADT), dite « loi Pasqua », du 25 juin 1999 d’orientation
pour l’aménagement et le développement durable du territoire,
dite « loi Voynet », et du 12 juillet 1999 relative au renforcement et à la simplification de la coopération intercommunale,
dite « loi Chevènement ») jusqu’aux lois du 27 janvier 2014 sur
la modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (MAPTAM) du 16 janvier 2015 relatives
à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral et loi du 7
août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe). A ces mouvements législatifs importants
qui ont transformé l’action des collectivités territoriales se sont
superposées les crises immobilières, économiques, financières,
écologiques, politiques… et avec elles, celles de la démocratie,
craquelée en son milieu par les questions du terrorisme, des
communautarismes, des individualismes, des religions,…etc ;
autant d’éléments qui ont recomposé l’ensemble de nos possibles. Les temps sont donc – à regret ou non, c’est un constat
– profondément différents. Des priorités doivent donc nécessairement être arbitrées et de nouvelles politiques émerger. Et
l’on doit communiquer sur ces arbitrages plus que l’on a pu
le faire jusqu’alors. Sans peur ni crainte de la contestation. En
misant sur l’intelligence collective, sans en appeler au cœur ou
aux émotions. Parce que cela ne résout rien. Parce que les gens
ne sont pas naïfs et qu’ils comprennent l’ordre des choses, pour
ceux qui bien évidemment veulent bien s’en donner la peine et
n’entendent pas instrumentaliser le débat public.
En deuxième lieu « être pragmatique ». Les citoyens en ont
assez des politiques fictions et des blablas. Jeune adjoint délégué notamment à la citoyenneté en 2008, j’avais au titre de mes
premières missions à plancher sur la recomposition de notre
démocratie participative restée jusque-là très embryonnaire et
balbutiante. A la faveur des élections présidentielles de 2007,
la candidate Ségolène Royale avait, par ses propositions, démontré tout l’intérêt que les gens prêtaient à ce type de politiques qui jusqu’alors ne constituaient aucunement une priorité
pour les collectivités territoriales ni pour quiconque. Quelques
évolutions législatives très spécifiques avaient pourtant montré l’avantage d’associer le plus grand nombre aux décisions,
ainsi qu’en témoignaient par exemple au sein de l’entreprise
l’émergence d’un droit d’expression des salariés, la dotation
de fonctionnement du Comité d’entreprise ou la création du
Comité d’hygiène, de sécurité et des contions de travail par les
lois Auroux de 1982. Même si les ordonnances Macron du 23
septembre 2017 ont modifié ces institutions représentatives du
personnel, elles demeurent toujours l’expression d’une démocratie « participative » au sein de l’entreprise. Au niveau de la
cité néanmoins, rien n’existait encore véritablement malgré un
souffle démocratique palpable et tangible. Cela restait normal
et mon propos n’est pas en lui-même une critique. Les priorités
étaient à cette époque ailleurs et il faut comprendre que cette
volonté de faire participer le plus grand nombre au débat public
restait alors – et cela pourrait faire sourire aujourd’hui – une
idée parfaitement neuve.
C’est dans ce cadre que j’avais donc été investi sur cette politique de démocratie participative et que nous avions imaginé,
avec quelques élus, plusieurs dispositifs permettant de libérer
la parole citoyenne à des niveaux très différents de concertation (Conseillers délégués de quartiers, Conseil municipal des
enfants, Conseil Local de Concertation, Assemblées de quar-
tiers, Ateliers de quartiers). Je vivais ces premières expériences
citoyennes avec beaucoup d’enthousiasme, et cependant, avec
beaucoup de déception. Les débats étaient souvent circonscrits
à des questions très terre à terre et je fulminais en moi-même de
notre incapacité collective à élever le débat. Là où je souhaitais
que l’on traite des politiques sociales et économiques à mettre
en œuvre, de la place de la femme dans la cité, de la Laïcité et
d’une manière générale de tous les sujets qui fondaient notre
société, il était systématiquement évoqué des problèmes de déjections canines, de trous dans tel ou tel trottoir, de l’occupation des poubelles dans les rues… Au sortir de ces réunions, je
pestais en moi-même. J’avais tort et en définitive, je n’avais rien
compris. Parce que les problèmes des gens sont ceux de leur
quotidien et que précisément, ce sont ces problèmes là qu’il faut
s’attacher à résoudre. Les politiques doivent donc être pragmatiques et les élus jugés sur les actions qu’ils mettent en œuvre
pour résoudre les problèmes des gens dans leur quotidien. C’est
presqu’aussi simple que cela…
Enfin, et en troisième lieu « être ambitieux ». Cela ne signifie pas
qu’il faille abandonner toute réflexion d’ensemble et s’émanciper de toute vision d’avenir pour sa ville et ses habitants. Au
contraire, il faut inscrire la cité dans des perspectives qui font
sens pour les citoyens et par-delà, pour les générations futures.
Parce que le temps politique – et on peut le regretter aussi –
n’est pas le temps profane. Une anecdote peut illustrer ce propos. Gérard Haesebroeck a été Maire de la ville pendant près de
40 ans. Je l’ai déjà précisé plus avant. Nous avons pu échanger
lui et moi. J’avais pour Gérard Haesebroeck beaucoup d’affection et je pense que ce sentiment restait réciproque. Plusieurs
vies nous séparaient. J’étais au début de mon parcours politique
et sans doute sentait-il qu’il arrivait déjà au bout de son chemin.
Aucune concurrence ne polluait dès lors nos relations et notre
bienveillance demeurait véritable. Il évoquait depuis toujours la
réalisation du passage inférieur en égrenant, à qui voulait l’entendre, que la ville était cernée par une frontière, une autoroute,
une voie ferrée et une voie d’eau. Il en tirait la conséquence qu’il
était nécessaire de créer une ouverture nouvelle, profitable aux
accès routiers et permettant de désenclaver la ville. Le sujet revenait dans sa bouche dans chaque conversation et j’admirais
cette abnégation intacte. La réalisation du passage inférieur,
comme nouvelle entrée de ville, ne verra le jour que plusieurs
années après que Gérard Haesebroeck aura lui-même abandonné la vie politique. Une graine plantée par lui pour une nouvelle
voie routière liaisonnant le centre d’Armentières aux villes de la
Chapelle d’Armentières et d’Erquinghem-Lys, favorisant ainsi
les échanges, les transports et par là, le développement économique de la ville. Dans le rétroviseur de cette réalisation, une
vision lointaine d’au moins trente années et la preuve que l’ambition doit fonder l’action publique pour offrir le meilleur aux
habitants. C’est une leçon que j’ai retenue.

La Justice au cœur

J’avais quinze ans et je m’étais pris de passion pour l’affaire
Ranucci à la faveur du livre de Gilles Perrault, « Le pull-over
rouge ». Je dois à la vérité d’indiquer que beaucoup de choses
m’avaient échappé, situant alors très mal par exemple, la frontière entre l’enquête de police et l’instruction judiciaire, ou le
rôle véritable de l’Avocat général par rapport à l’avocat des
parties civiles lors du procès d’assises. J’étais jeune et ignorant. Mais j’avais retenu l’essentiel. On pouvait condamner un
homme à la guillotine alors que les deux seuls témoins de l’enlèvement n’avaient reconnu ni lui, ni même sa voiture. Dans le
droit fil de cette lecture qui avait semé chez moi le germe des
questions sans réponse et celui du sentiment d’injustice, je dévorais « l’Exécution » de Robert Badinter. Je découvrais alors
que l’on pouvait également condamner un homme à la peine
capitale alors qu’il n’avait pas tué. C’est alors que j’ai su : un
jour je serai avocat.
Quand je suis entré à la Faculté de droit de Lille, alors située
à Villeneuve d’Ascq, j’ai lu les mots de Pascal qui brillaient en
lettres d’or au-dessus de l’entrée du bâtiment : « Que la justice
soit forte et que la force soit juste ». L’année qui a suivi, la Faculté a été déménagée au cœur du quartier de Lille-Moulins et
seuls les mots de Pascal sont demeurés. Comme des vestiges
précieux et comme l’idée d’une continuité sans faille de l’institution, de ses enseignements et de ses préceptes. Ces mots sont
toujours là, au fronton de la Faculté de Droit, immuables, pénétrés de cette idée que la justice reste un idéal à atteindre, une
vérité absolue rarement accessible, une justice profondément
humaine en somme. Mon engagement politique n’est pas resté
éloigné de ces conceptions et, en m’engageant en politique, j’ai
toujours souhaité mettre au cœur de mes réflexions et de mes
actions la Justice, avec pour dessein de mettre fin aux inégalités
quelles qu’elles soient, sans nier la nécessité de l’utilité de l’action publique et de la préservation de l’intérêt général. C’est
là, je veux bien le concéder, une conception empruntée à JeanJacques Rousseau et qui a, plus que jamais me semble-t-il, toute
son actualité.
Mais comme en matière de Justice judiciaire, les solutions parfaites existent rarement en politique et, des problématiques les
plus importantes à celles qui restent les plus modestes, les équilibres à préserver demeurent toujours très fragiles. En 2015,
avec l’aide d’Emilie Decarne, Directrice adjointe des services
en charge des politiques que j’avais à conduire, j’ai choisi de
résoudre le problème des poubelles qui envahissaient les trottoirs de la ville. Je mesurais que cette pollution quotidienne
du cadre de vie des Armentiéroises et des Armentiérois était
prégnante, les habitants se plaignant de l’image de leur rue, des
odeurs nauséabondes qui pouvaient parfois s’échapper et des
« gymkhanas » que les uns et les autres devaient réaliser sur
les trottoirs, notamment les mamans avec des poussettes ou les
personnes en situation de handicap. Bref, le problème n’était
pas anecdotique et j’ai plaidé auprès du Maire la nécessité de
nous attacher à la résolution de ce tracas quotidien pour les
Armentiéroises et pour les Armentiérois. Je mesurais toutefois
les difficultés que pouvait présenter la décision d’imposer aux
habitants de rentrer leurs containers sachant que certaines personnes ne disposaient pas d’espaces privatifs suffisants, notamment parmi les foyers les plus modestes pour les raisons que chacun comprendra. Il n’était pas « juste » d’imposer dès lors
à ceux qui disposaient de moins d’aisance – et qui bien souvent étaient les plus fragiles – un arbitrage aussi rigoureux au
nom de l’intérêt général. Il était toutefois indispensable de régler le problème de l’encombrement des poubelles parce qu’il
s’agissait d’un véritable besoin exprimé à maintes reprises par la
population. Un travail s’est alors engagé avec la MEL pour permettre des solutions alternatives comme la mise à disposition
pour les habitants de sachets plastiques. Cela pouvait paraître
suffisant. La solution des sachets plastiques présentait toutefois
des inconvénients majeurs : leur coût pour la collectivité (soitelle la MEL) et, en bout de course, une inévitable pollution au
moment même où la loi du 17 août 2015, relative à la transition
énergétique pour la croissance verte, imposait l’interdiction
des sacs plastique à usage unique. Fallait-il renoncer pour autant ? Nicolas Machiavel a eu cette formule restée célèbre :
« En politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais
entre le pire et le moindre mal ». Cet exemple, aussi futile qu’il
peut paraître, en est une parfaite illustration. J’ai alors réalisé
un porte-à-porte dans l’ensemble des quartiers concernés, me
mobilisant chaque jour, pendant trois mois, à la faveur de mes
possibles professionnels, pour rencontrer chacun, expliquant
la nécessité d’améliorer le cadre de vie, exposant les problèmes
auxquels nous étions confrontés, notamment en raison d’une
compétence communautaire pour laquelle nos marges de
manœuvre restaient étroites. Ce travail de fourmi (parce que
c’en était un !) est resté salutaire et les gens, malgré les difficultés rencontrées, ont parfaitement compris la nécessité de
contribuer à l’action municipale. Plus tard, d’autres quartiers
ont réclamé cette mise en œuvre et je pensais en moi-même que
ce travail n’était pas demeuré vain.
La Justice s’incarne évidemment dans bien d’autres visages
quand il s’agit de politique à mettre en œuvre. Car il est toujours question de permettre à chacun de trouver sa place dans
la cité, sans faillir du fait de sa condition ni des choix que la vie
a faits pour vous. Je pense dès lors que la priorité doit d’abord
être donnée à l’Education. L’Education est la chance de chacun
et donc de tous. C’est de cette manière-là que je suis resté très
fier de l’application dans nos écoles de la réforme des rythmes
scolaires telle qu’imaginée sous le quinquennat de François
Hollande. En effet, il s’agissait précisément de proposer des
activités périscolaires multidisciplinaires, de qualité et gratuites
pour les familles, permettant à chaque enfant de s’ouvrir au
monde et de grandir avec la chance de pouvoir s’épanouir et
donc de réussir. J’ai regretté, et j’ouvre là une parenthèse, que
la municipalité ne défende pas suffisamment cette réforme en
2018. Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Education et de la
Jeunesse du gouvernement Macron avait annoncé que la réforme des rythmes scolaires demeurait une bonne réforme
mais qu’elle n’était pas nécessairement applicable dans toutes
les communes (puisque reposant pour l’essentiel sur des financements communaux, abstraction faite des fonds d’amorçages).
A partir de ce constat très pragmatique, le gouvernement avait
souhaité laisser le choix aux communes d’un maintien de la réforme ou du retour à la semaine des quatre jours. A cette annonce, et sans précipitation, la municipalité avait alors décidé
de recueillir l’avis de tous ceux qui étaient concernés par ces
éventuelles modifications des rythmes scolaires (familles, enseignants, personnels communaux affectés notamment). C’était
la bonne méthode et nous en étions tous d’accord jusqu’à l’opposition elle-même. Sur quoi, et plutôt que de prendre part
au débat pour défendre une réforme dont l’application était
restée exemplaire sur le territoire (diversité des activités pour
les enfants, compétence des personnels recrutés sur les activités,
gratuité pour les familles…), la position de la municipalité est
restée nuancée voire, durant cette période, silencieuse jusqu’au
moment des votes des Conseils d’Ecole pour lesquels le Maire
avait souhaité que la Municipalité reste en retrait et ne participe pas aux votes. La raison en était que la majorité des avis
s’exprimait en faveur d’un retour à la semaine des quatre jours
et que nous devions dès lors ménager cette majorité. C’était à
mon sens une erreur. En effet, on ne gagne jamais selon moi à se
ranger du côté de la majorité et il me paraît primordial d’affirmer son opinion, soit-elle minoritaire. Selon moi, sans remiser
le choix qui était exprimé par la majorité des personnes au titre
d’un abandon pur et simple de la réforme, il eût été très largement préférable que l’on s’exprime très clairement sur la pertinence de nos mises en œuvre. Cela en effet, n’aurait rien changé
et le retour à la semaine des quatre jours aurait tout de même
abouti puisque telle était la volonté majoritairement exprimée.
Mais nous n’aurions pas non plus donné le sentiment d’abandonner en rase-campagne nos convictions et plus grave encore,
l’ensemble des personnels qui avaient été embauchés pour les
activités périscolaires. Le choix était tout autre et je me suis rangé à la discipline de groupe qu’organise toute vie politique à
n’importe quel niveau. Quoi qu’il en soit, je ferme la parenthèse
et poursuis mon propos…
Penser la réussite d’un enfant par le prisme unique de l’école
serait en tout état de cause une erreur. Parce que la vie n’est pas
une ligne droite et qu’elle n’épargne personne, pas même les
enfants. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours plaidé, malgré les difficultés financières rencontrées, pour le maintien du
Dispositif de Réussite Educative (D.R.E) qui permet, par une
approche globalisée avec l’ensemble des structures socio-éducatives présentes sur le territoire, de répondre aux difficultés
qui peuvent être celles d’un enfant dans des domaines aussi
variés que la santé, la parentalité, le logement… La conviction
qui est la mienne, c’est qu’il est possible d’anéantir les statistiques, d’abandonner en la matière le prêt-à-porter pour préférer, chaque fois que cela est nécessaire, le sur mesure. C’est
là le gage de la réussite de ceux qui vivent durant l’enfance des
problèmes d’adultes, nécessairement trop lourds et trop importants pour eux.
Encore une fois, c’est la marque de la Justice en politique que
de répondre aux problématiques rencontrées en adaptant les
réponses sans pour autant considérer que c’est « par le bas »
que nous parviendrons à lisser les différences. Au contraire,
l’ambition de n’oublier personne ne doit pas se faire au détriment de ceux qui n’ont pas de problématique particulière ;
la Justice en politique ne doit pas devenir une rupture d’égalité face au service public ou, comme je l’indique présentement,
face à l’enseignement et au modèle que nous proposons. Je n’en
donnerai qu’un autre exemple. A Armentières, la tarification
des cantines scolaires se décline suivant le quotient familial,
chacun acquittant les frais de cantine scolaire en fonction de ses
revenus. Sur le modèle appliqué pour le calcul de l’impôt sur
le revenu, le principe est donc celui d’une progressivité de la
tarification par tranches en fonction du quotient familial. Tous les
ans néanmoins ces tarifs sont révisés et votés en conseil municipal.
De manière quasi-automatique, et quelles que soient les
tranches, c’est une hausse moyenne de 2 % qui est votée, plus
ou moins par référence à l’augmentation du taux d’inflation national. Si le fait de fixer les tarifs municipaux sur la base du quotient familial demeure une bonne façon d’accomplir la Justice
sociale dans l’accès à la restauration pour les enfants, comment
ne pas critiquer l’automaticité de cette hausse annuelle dès lors
que mécaniquement, cette hausse pèse davantage sur les familles
aux revenus moyens et aux revenus aisés. Chacun comprend
que 2% d’augmentation pour une famille aux revenus moyens
(les deux parents travaillent par exemple) impacte de beaucoup
leurs revenus et que cette hausse est beaucoup plus importante
pour eux qu’elle ne l’est pour une famille dont le quotient familial reste minimal (parents ne travaillant pas par exemple et dont
les revenus sont fondés sur les allocations familiales et les indemnités pôle emploi). En proportion cela représente une augmentation en dizaines d’euros sur l’année, et de l’autre, en euros,
voire centimes d’euros. Cela finit par ne plus être équitable. Ce
n’est pas là ma conception du modèle social car en lui-même
il rompt l’égalité des usagers face au service public et renvoie
à cette parole que l’on entend souvent : « ce sont toujours les
mêmes qui payent ». Pire est de constater qu’en juin 2018, et
je n’étais plus élu à cette date, le Conseil municipal a voté la
baisse des tarifs de cantine pour les tranches les plus basses sans
imputer aucune diminution pour les familles aux revenus les
plus aisés (lesquels ont même connu une légère augmentation
de leur tarification). L’ambition qui est la mienne est de franchir le pas en assurant la gratuité des cantines pour tous, quels
que soient les revenus des familles. Parce qu’un enfant reste un
enfant et que la tarification ne doit pas être regardée comme un
outil de gestion budgétaire de la commune mais comme un acte
politique à part entière. Bien sûr ce pas reste difficile à faire. Il
faudrait d’ailleurs réserver un temps d’adaptation et je mesure,
ayant été en charge des finances de la ville, combien ce coût
peut représenter d’efforts sur le budget de la ville puisque les
recettes annuelles dont se priverait la collectivité voisineraient
450.000,00 euros et obligeraient à renoncer à d’autres dépenses
(ou à trouver d’autres recettes, ce qui n’est pas envisageable en
l’état de la situation). Mais là encore c’est un choix politique et
« n’oublier personne » ne doit pas signifier « faire peser sur la
plupart » surtout si par le biais d’une telle mesure on peut privilégier tous les enfants de la ville. Mais je le dis aussi. Peut-être
ne serions nous pas capables de parvenir à cette gratuité tant les
contraintes budgétaires sont importantes. Une alternative serait donc d’offrir un petit déjeuner gratuitement à nos enfants
– quelles que soient les conditions de revenus des parents – précisément pour permettre à ceux qui sont dans la nécessité de ne
pas laisser leurs enfants partir à l’école le ventre vide. Car cela
existe et il suffit à chacun d’interroger les enseignants pour le
vérifier. Je ne veux pas m’inscrire dans des promesses intenables
mais au contraire, fixer des objectifs ambitieux (comme la gratuité de la cantine scolaire) et proposer des solutions alternatives
(petits déjeuners gratuits pour nos enfants) en faisant confiance
à l’intelligence des citoyens pour comprendre les réalités auxquelles nous sommes confrontés. Et je sais que c’est la bonne
méthode. Parce qu’il ne faut tromper personne et agir avec volonté pour faire progresser l’intérêt général en ajustant les solutions à nos possibilités financières. L’application, intègre, de
la Justice en matière politique doit en tout état de cause nous
permettre d’accomplir la promesse républicaine. C’est là l’une
de mes convictions profondes.

De l’Egalité et de l’Equité

Dans le courant de l’automne 2018, le mouvement des gilets
jaunes a occupé toute la scène médiatique. Je n’entends pas
ici me prononcer pour conforter ou critiquer ce mouvement
populaire, ni entreprendre une quelconque récupération politique. J’entends souligner que ce mouvement reste en lui-même
révélateur d’inégalités au sein de notre société. La grogne, initialement cantonnée à l’augmentation de la fiscalité des carburants fixée par l’Etat a gagné, par le canal des réseaux sociaux,
l’ensemble du territoire national en s’inscrivant peu à peu dans
des revendications diverses qui révèlent les difficultés de beaucoup à pouvoir boucler leurs fins de mois, sinon à accéder à la
société de consommation. Que l’on soit d’accord ou non avec le
mouvement des gilets jaunes, il faut entendre cette révolte qui,
à elle seule, atteste des inégalités manifestes que notre société
rencontre actuellement, avec un clivage de plus en plus important entre les citoyens. Et ce clivage ne concerne plus ceux qui
travaillent par opposition à ceux qui ne travaillent pas. Il révèle
que l’augmentation du coût de la vie et de la fiscalité en général,
ne permettent plus à un certain nombre de nos concitoyens –
qui pourtant se lèvent tôt pour travailler… – de vivre décemment des salaires et rémunérations qui sont les leurs. Cela doit
nécessairement nous interpeler et nous obliger.
Si notre République repose sur les trois piliers indéfectibles
d’une école gratuite, d’un accès aux soins pour tous et d’une justice fiscale, force est de constater que la République ne parvient
plus à offrir des conditions normales et dignes d’existence à
beaucoup d’entre nous. Est-il acceptable que des travailleurs ne
parviennent plus à vivre décemment des revenus de leur travail ?
Les solutions à mener sont diversement possibles. L’augmentation du SMIC fut un premier pas. Mais était-il suffisant ? La
baisse de la TVA sur l’ensemble des produits de consommation
en est une autre. Cette dernière solution entrainerait néanmoins
des recettes moindres pour l’Etat. Cela signifierait par ricochet
pour l’Etat, des recherches d’économies ou des réajustements
qui se feraient nécessairement au prix d’autres dépenses budgétaires dont principalement celles qui concernent les services
publics. En sommes-nous véritablement conscients et sommesnous prêts à en accepter les mises en œuvre ? Un Etat avec moins
de recettes ou faisant le choix de dépenses en faveur du pouvoir
d’achat, serait nécessairement contraint par la réalisation d’économies. Les hôpitaux sont en souffrance, la Justice vit une disette budgétaire, notre Education manque de moyens, le service
public de notre police connaît des conditions de travail absolument indignes… Partout les revendications sont légitimes. Et
nous ne pouvons pas rester indifférents à cette révolte populaire
de la rue qui met en exergue des inégalités et signent l’échec de
nos politiques publiques depuis 30 ans au moins. Trop de personnes se trouvent aujourd’hui marginalisées et s’estiment exclues de la cité en ne parvenant plus à vivre décemment de leur
travail. Et nous ne pouvons, ni surtout, ne devons, l’accepter.
Parce que c’est l’équilibre tout entier de notre société qui est en
cause. La République doit dès lors, et peut-être plus que jamais,
se rappeler à sa devise pour n’oublier personne. A tort ou à raison, et c’est un fait, le Président de la République, malgré des
déclarations de bonnes intentions, semble loin des Français, et
le lien avec une partie des citoyens s’est distendu sinon même
rompu. Il est impérieux de le mesurer pour le comprendre et de
ne pas en minimiser l’importance. Le Général De Gaulle avait
souhaité que le Président de la République soit élu au suffrage
universel direct. Ce n’était pas anodin. Et aujourd’hui plus
qu’hier, l’actualité nous le rappelle à chaque instant.
Comment dans ces conditions comprendre la suppression de
l’ISF et le maintien de la FLAT TAXE ? Si ces fiscalités entament marginalement les recettes de l’Etat (environ 5 milliards
d’euros pour un montant de recettes après prélèvement est de
+242 milliards d’euros), elles n’en constituent pas moins le symbole d’une République fonctionnant à deux vitesses, avec un
effort pour la Nation systématiquement demandé aux mêmes.
Mais il est encore possible d’évoquer la baisse des pensions de
retraite et l’augmentation des carburants dont tout le monde
comprend qu’elles touchent davantage ceux qui ont des bas salaires que les autres. J’entends les justifications du Président de
la République et son souhait de ne pas faire fuir ceux qui créent
des emplois vers d’autres pays fiscalement plus attractifs. Peuton néanmoins accepter indéfiniment cette rupture d’égalité de
la fiscalité au nom de la théorie dite du « ruissellement » dont
beaucoup fustigent le fait qu’elle puisse véritablement profiter
au pays ? Je ne prétends pas à la mise en œuvre de solutions
toutes faites et mesure les enjeux que ces équations posent dans
la situation actuelle de notre pays. Je ne parviens pas à me résoudre au fait que les plus riches d’entre nous échappent à ces
fiscalités alors que dans ce même trait de temps, beaucoup ne
parviennent plus à faire partie de notre pacte social. L’Egalité, comme la Fraternité, doivent nous aider à résoudre ces difficultés et guider les solutions à mettre en place. Tout cela ne
sera évidemment pas facile et chacun à son niveau doit pouvoir
apporter sa pierre. Quand je dis cela, je veux dire que la commune ne peut s’exclure de sa propre responsabilité et qu’elle
doit elle-même tout faire pour permettre aux Armentiéroises et
aux Armentiérois de conserver, sinon même gagner du pouvoir
d’achat. Cela peut concerner des coopérations commerciales
avec nos artisans et nos commerçants. Mais cela peut aussi intéresser la fiscalité générale de la commune, ou, comme je l’ai déjà
exposé, des tarifications révisées pour l’accès aux services publics, voire même l’aménagement de certaines gratuités si cela
est possible. Il faut absolument assumer ces décisions tout en
assurant la gestion budgétaire de la collectivité qui, à la grande
différence de l’Etat, se doit d’être équilibrée.
Ce sont des exercices difficiles à conduire et il est donc de notre
devoir de dialoguer avec les Armentiéroises et les Armentiérois pour expliquer certains arbitrages. Car il ne faut tromper
personne. Certaines mesures impacteraient nécessairement plusieurs politiques qui se trouveraient automatiquement en recul
si des dépenses particulières étaient décidées pour avantager le
pouvoir d’achat. Et il faut faire confiance aux citoyens pour le
comprendre, pour autant que cela soit « juste » et expliqué. La
clé de tout est donc selon moi celle d’une démocratie battante
et d’un dialogue constant entre les élus et les Armentiérois. J’en
suis intimement convaincu.
Je sais, en toutes hypothèses, les stéréotypes. Les gens de gauche
seraient plus attachés à l’Egalité et les gens de droite plus sensibles à la Liberté. Dépassons ces poncifs qui enferment les gens
dans des cases et font par là reculer l’intérêt général. Même si
par essence ma préoccupation reste la place qui est réservée à
chacun au sein de la cité, sans exclusive ni mise à l’index ainsi
que je l’ai précédemment rappelé, tentons de ne pas nous rendre
prisonniers de clichés et autres truismes. En définitive, parce
que l’Egalité concerne très directement la justice, elle revêt pour
moi une importance première et, à l’heure « des identités », je
prône la résurrection de cette valeur républicaine dont le chemin
semble s’être perdu. Et je veux m’en expliquer. Au moment de la
Révolution française, les événements de la nuit du 04 août 1789
ont scellé l’Histoire de l’Egalité en France avec la révolte du
peuple contre les privilèges que symbolisaient les incendies des
châteaux et autres propriétés immobilières des nobles. L’Egalité
s’est alors nouée dans l’ambition de mettre chacun dans une
Égalité qui était surtout politique et juridique. Les choses ont
elles véritablement changé ? Selon les chiffres communiqués
par le Ministère de l’Intérieur, la nuit de la St Sylvestre, en 2017,
a donné lieu à l’incendie de 1.031 véhicules. Comparaison n’est
bien évidemment pas raison. Mais cela s’inscrit dans le cadre
d’une révolte, à l’instar du mouvement des gilets jaunes resté
pour moi le marqueur le plus vif d’une Egalité rompue entre les
citoyens ainsi que je l’ai déjà exprimé. Cette Egalité (inégalité
en définitive), n’est plus juridique et politique. Elle est désormais et avant tout économique et sociale.
Et cette inégalité s’incarne dans bien des visages comme par
exemple l’absence d’Egalité des chances et des conditions d’accès à tous à la promesse républicaine. C’est sur ce terreau-là que
les réflexes identitaires ont germé et que les plus vils populismes
se sont développés décennies après décennies. Les plus puissants révélateurs en sont les thèmes des communautarismes, des
migrations et des religions qui envahissent le débat public. De
facto, et de manière mécanique, les gens revendiquant leurs spécificités d’appartenance, tournent le dos à l’Egalité. Précisément
parce qu’ils cultivent l’entre soi. Cela, je le pense, nous nuit collectivement. Parce que d’une démarche inclusive, nous passons
à une démarche exclusive, chacun se retrouvant uni par le seul
fait des reconnaissances et des sentiments d’appartenances. Ce
n’est pas acceptable. Notre première défaite reste notre incapacité à faire une place véritable à ceux que l’on désigne comme
étant « issus de la diversité », expression à peine voilée pour
stigmatiser une frange de la population française dont les générations précédentes sont notamment arrivées en France au
lendemain du premier choc pétrolier. Notre deuxième défaite
est celle de la mise à l’index de ceux qui n’ont rien, les misères
entrant même en compétition les unes avec les autres, entre celui qui perçoit le RSA, les allocations familiales et celui qui est
intérimaire et vit de petits boulots dans la précarité la plus absolue, finissant lui-même par jalouser celui qui suit une formation
ou bénéficie d’un CDD, lequel également envie celui qui profite d’un CDI… Et la boucle se boucle quand il est question des
migrants. Tant et tant de gens fragilisés par la vie et qui vivent en
exclusion de notre pacte social. Disons les choses simplement.
La République est en échec sur ces questions. J’en veux pour
preuve – et l’exemple n’est pas non plus anecdotique – la mise
à bas par exemple du CV anonyme dont la généralisation avait
été organisée par la loi du 31 mars 2006 et qui, faute de n’avoir
accouché d’aucun décret d’application, avait finalement été purement et simplement abandonnée en mai 2015 alors même que
les études menées avaient démontré que les procédures anonymes augmentaient les chances des candidats d’origine non
occidentale et celles des femmes. Pour quelle(s) raison(s) ? C’est
une question à laquelle je ne trouve pas la réponse, les gouvernements successifs ayant renoncé d’eux-mêmes à la mise en
œuvre de cette mesure sans aucune justification véritable.
Mais je veux préciser plus encore ma pensée. Quand il s’agissait
de la question de « l’avoir », nous étions capables de résoudre,
même de manière incomplète, l’équation de l’Egalité. Grace par
exemple à la fiscalité dont la vocation première doit permettre
de gommer les inégalités, en assurant une redistribution des richesses pour permettre la mise en œuvre de services publics aux
populations. Grâce encore à la gratuité de l’école pour donner
à tous, et donc à chacun, la chance de l’éducation et par là, celle
de l’émancipation et de l’autonomie. Grâce encore, et enfin, à
un accès aux soins pour tous sans discrimination ni condition
de revenus. Nous mesurons toutefois aujourd’hui que ce n’est
plus absolument vrai. Pire est de constater qu’en basculant dans
« l’être », la République reste nécessairement désarmée et il
nous faut dès lors apporter des réponses efficaces à ces problématiques, les déclarations d’intention en la matière ne suffisant
plus.
A l’échelle de la commune, la réponse doit être plurielle et irriguer l’ensemble des politiques à mettre en œuvre. Cette réponse
doit passer nécessairement par des réflexes de mixité raisonnée,
d’exigence de civisme républicain et surtout, de mise en place
d’Equité. Parce que la mixité intéresse le « vivre ensemble ».
Parce que le civisme concerne le « vivre dans la République ».
Parce que l’Equité permet de « vivre l’Egalité ». Bien évidemment l’Egalité et l’Equité visent ensemble la promotion de la
Justice. Mais l’Equité repose plus sur la volonté de comprendre
les gens et de leur donner ce dont ils ont besoin pour s’épanouir et vivre pleinement leurs vies. Pour reprendre les mots
de Victor Hugo, « La première des Egalités, c’est l’Equité ». Il
faut donc adapter les politiques, et la réflexion doit non plus
seulement se focaliser sur les classes dites en fragilité mais intégrer l’ensemble des habitants en tenant compte des dimensions
qui sont les leurs. Une équation sociale, égalitaire et équitable
qui n’oppose personne et permet au contraire de dimensionner
les réponses politiques en fonction des besoins et des attentes
légitimes de tous.

De l’Education à la Liberté

Ma grand-mère maternelle (qui était belge et bien plus encore,
flamande…) était surtout Directrice d’école primaire. Les hasards de la vie que précipitent les guerres, ont fait qu’elle s’est
retrouvée en poste en Haute-Corse, dépêchée durant la seconde guerre mondiale par le Ministère de l’Education nationale (ou du moins de ce qu’il en restait) pour faire classe dans
un petit village, perché dans une montagne immaculée, protégé
du monde, à l’abri des effrois de l’époque. Elle y a rencontré
celui qui serait quelques décennies plus tard, mon grand-père,
celui qui jusque-là n’était promis à rien d’autre qu’une vie paysanne, immobile et, sans aucun doute, semblable à celle de ses
aïeux. Avec ma grand-mère, c’est l’Education toute entière qui
a ouvert sur ma famille paternelle la possibilité d’un avenir et
d’un devenir. J’en suis une illustration. Remontent à ma mémoire des heures de dictées que piégeaient des passés composés savamment orchestrés, l’odeur des pages jaunies d’un Bled
annoté par une écriture cursive, et cette application de chaque
instant qui m’était réclamée pour ne pas oublier un accord, une
conjugaison et toutes ces coquetteries grammaticales qui font la
langue française et les cauchemars de tous ceux qui, enfants, en
font le dur apprentissage. Inconsciemment fécondaient en moimême le goût de l’effort et la satisfaction du travail accompli, les
germes précieux d’une éducation en devenir.
Parce que j’ai eu beaucoup de chance, je veux cela pour les
autres. Et je sais que cela est possible. Le deuxième de mes enfants a rencontré en dernière année de maternelle à l’Ecole Léon
Gambetta d’Armentières, une enseignante à qui, plusieurs années plus tard, et alors qu’il était au collège Alexandre Desrousseaux, il écrivait une lettre pour lui dire tout le souvenir qui était
resté le sien de cette année d’apprentissage. Je me suis ému de
cette initiative tendre et, en moi-même, je me suis dit tout bas…
« Merci Madame André ».
Plus tard, en tant que représentant de la municipalité, je participais au Conseil d’Ecole de cette même maternelle. Je connaissais tous les enseignants parce que mes trois enfants avaient été
scolarisés au sein de cette école. Je connaissais donc au plus près
leurs investissements et leurs implications. Nous pouvions ne
pas être d’accord. C’était le cas par exemple sur la réforme des
rythmes scolaires. Mais le respect demeurait entre nous. Pour
moi, et pour l’essentiel, au-delà des amitiés que je pouvais partager avec plusieurs d’entre eux, ils entretenaient la flamme et
tout ce qui fait que nos enfants grandissent bien. Je ne veux
pas oublier les parents d’élèves. Eux aussi apportaient leur part
dans l’animation de l’école. Un investissement précieux qui
permettait de confronter l’avis de tous et d’avancer pour le bien
commun des enfants. Et je sais que ces qualités existent ailleurs.
Dans le public comme dans le privé du reste.
En tant qu’adjoint à la citoyenneté en 2008, j’ai mis en œuvre le
premier Conseil Municipal des Enfants sur Armentières. Pour
permettre la réussite du dispositif je m’étais transformé en VRP
de la municipalité et avais pris mon parti de visiter l’ensemble
des écoles, groupes scolaires et collèges de la ville que ce soit
dans le public comme dans le privé. Je rencontrais alors chacun, vantais les mérites de cette instance de démocratie participative naissante et tout ce qu’elle pouvait apporter aux enfants
et aux établissements. Je peux dès lors témoigner de la chance
que nous avons à Armentières et, avec Kathy Pascual et Julien
Antoniol, respectivement Directrice des politiques jeunesses
et responsable du Conseil municipal des enfants, nous nous
réjouissions à chaque visite de cette richesse sur notre territoire. La pluralité de nos établissements est un atout indéniable
pour notre ville et celle-ci permet d’offrir un parcours éducatif d’une extraordinaire qualité, depuis la petite enfance jusque
parfois, l’entrée sur le marché du travail. Combien de villes
peuvent par exemple s’enorgueillir de disposer de pas moins de
10 écoles maternelles, 10 écoles primaires, 4 collèges, 5 lycées,
sans compter les structures d’enseignements supérieurs ou les
établissements comme l’Ecole de la deuxième chance ?
A son niveau la commune a en charge les écoles préélémentaires et élémentaires (création et implantation, gestion et financement, à l’exception de la rémunération des enseignants).
Et l’école, dans mon esprit, doit être une priorité, précisément
parce qu’elle permet l’acquisition des savoirs fondamentaux et
d’un socle commun de compétences et de connaissances. Pour
cela l’effort doit être d’abord porté en direction des enfants et
des familles. A cet égard, le retour à la semaine de quatre jours
a déterminé le retrait des activités périscolaires telles qu’elles
existaient par le passé et la municipalité y a substitué un système
de garde permettant la transition entre la sortie des classes et
le moment où les parents quittent leur travail pour récupérer
leur(s) enfant(s). Je regrette à cet égard l’abandon pur et simple
des activités hebdomadaires qui avaient été mises en place auparavant et qui étaient incontestablement de qualité en permettant « d’élargir l’horizon des enfants ». Les « NAP » (Nouvelles
Activités Périscolaires), autrement appelées sur Armentières
« JADE » (Jouer Acquérir Découvrir Ensemble), avaient pour
objectif premier de proposer un temps privilégié pour développer d’autres types d’apprentissages à l’école. Pourquoi
n’avoir pas imaginé d’en maintenir le principe en en réduisant
le volume ? L’on sait que le rythme des enfants impose des vigilances. Pour autant, une heure de garderie reste une heure à
l’école et en tant que telle, même si elle ne véhicule pas la même
attention pour un enfant, reste une heure dans un entre deux
qui ne libère pas totalement l’enfant. Il faut dès lors aussi penser
ce temps comme un temps « à occuper » et, à l’instar d’une activité culturelle, musicale ou sportive, se poser la question de savoir s’il n’est pas possible de prévoir, ne serait-ce que quelques
heures par semaine, (voir une seule heure), un rendez-vous périscolaire avec ces enfants autour de thèmes aussi divers que la
citoyenneté, l’initiation musicale, le théâtre, les dangers d’Internet et des réseaux sociaux, la découverte de la ville, une initiation à la cuisine et au bien manger… Et sans doute d’ailleurs
que ces « ateliers » pourraient s’inscrire dans le prolongement
des programmes pédagogiques en permettant d’aborder de manière différente un apprentissage vécu la semaine en classe. Cela
supposerait une programmation de ces heures périscolaires en
lien avec les enseignants. Certains pans entiers des programmes
scolaires de l’Education nationale ne sont pas abordés, faute de
temps. Je pense ici et par exemple à l’apprentissage des gestes
de premiers secours ou à l’éducation sexuelle… qui restent des
exemples parmi d’autres. On peut comprendre les nécessités
qui sont celles des enseignants de focaliser l’effort sur les apprentissages indispensables. Nous aurions dès lors tout à gagner à penser également ces temps de « garderie » comme des
temps d’activités favorables aux intérêts des enfants permettant,
de manière singulière, d’aborder ces thématiques par le prisme
différent de celui de l’enseignement scolaire conventionnel. Ces
réflexions doivent se faire en tout état de cause dans le concert
d’une réflexion plus large, intégrant parents, enseignants, associations de parents d’élèves, personnels scolaires…, pour ajuster
également les temps de repos des enfants et le souhait légitime
qui demeure le nôtre de les voir s’épanouir et s’ouvrir à notre
monde dans les meilleures conditions qui soient.
De même, je regrette que les heures de soutien scolaire aient
été abandonnées alors qu’elles s’organisaient dans nos écoles
jusqu’à une époque très récente, soit en définitive jusqu’en
2013. Là encore il est possible d’envisager, sous réserve du
propos liminaire qui est resté le mien et relatif au temps de repos des enfants, des temps d’accompagnement spécifiques qui
pourraient d’ailleurs allier des formes ludiques d’apprentissage,
différenciées de l’enseignement académique. L’on sait les enfants très consommateurs de tablettes tactiles. C’est un outil
qui pourrait, dans une ponctualité hebdomadaire, être utilisé
avec pertinence…Tant de choses sont en la matière possibles et
envisageables ! Sans doute suis-je trop naïf ou trop ambitieux
et l’on m’en formulera à l’évidence la critique. Pour autant, si
je ne prétends pas détenir la vérité, je souhaite ici partager avec
le plus grand nombre mes réflexions et ma vision des choses
en évoquant des propositions très concrètes et l’aspiration qui
demeure la mienne de ne pas faire subir des temps de garderie
à nos enfants de manière absolument oisive. Je n’ai rien contre
l’oisiveté. Au contraire, je pense même qu’elle est constitutive
de l’équilibre de chacun d’entre nous. Je propose néanmoins
de faire aussi de ces temps périscolaires des moments d’opportunité pour nos enfants en démontrant que nos possibles sont
nombreux pour autant que l’on veuille s’en donner les moyens
dans une démarche visant à associer le plus grand nombre et en
plaçant au cœur de toutes les réflexions, l’intérêt de l’enfant.
Je pense en tout état de cause que le plus important doit être,
sur ces mises en œuvre, au-delà de l’avis des familles ou des parents d’élèves et leurs représentants, ou encore de celui des personnels scolaires, le recueil de l’opinion des professeurs parce
que précisément, ils sont les plus à même d’articuler ces temps
périscolaires avec leurs propres enseignements.
L’important demeure en toutes hypothèses l’école et les apprentissages que les enfants vivent dans leur classe, chacun à
son niveau : la République doit à chacun un socle commun de
connaissances et de compétences. Il faut laisser dans ce domaine
précis une latitude aux enseignants qui méritent notre confiance
et qui savent aborder de la meilleure des façons qui soit les
thèmes et notions qui sont relevés dans chaque programme. La
liberté pédagogique des enseignants doit à mon sens être priorisée car c’est là la meilleure façon de singulariser l’approche
d’une notion ou d’un thème par référence au niveau de la classe.
Bien évidemment c’est là une observation toute personnelle et
la commune n’a aucun moyen d’intervenir sur la teneur des enseignements pédagogiques. Je me devais toutefois de faire état
de cette perception, sachant pertinemment qu’en la matière,
ce que doit surtout une municipalité à l’enseignement c’est un
cadre propice aux apprentissages. A ce dernier titre, les écoles
de la ville ont des situations très disparates même si personne
n’est oublié et que tous les efforts sont portés pour permettre un
environnement favorable à tous et donc à chacun. Pour autant,
certains équipements restent plus fonctionnels que d’autres. La
raison en est simple : certaines écoles ont été construites plus récemment et disposent donc de locaux adaptés à la modernité de
l’époque et à la densité de la population. Au contraire d’autres
écoles ont moins de commodités de fonctionnement, surtout
celles qui sont en cœur de ville, précisément parce qu’elles ont
dû faire face à des agrandissements liés à l’augmentation des
effectifs et aux mutations qui ont été portées par l’Education
nationale. De même, la construction d’immeubles et le développement de l’habitat ont déterminé la nécessaire création de
classes supplémentaires et par là, des solutions techniques pouvant sacrifier, par exemple, l’espace d’une cour de récréation…
Cela n’est pas propre à Armentières et c’est là le lot des tous
les établissements qui ont été construits en centre-ville et qui,
par voie de conséquence, ne disposent pas d’un foncier suffisant pour se développer ainsi qu’il le faudrait. D’autres solutions peuvent être prévues, comme c’est le cas pour l’Ecole Jean
Macé dont le déménagement à moyen terme est projeté sur le
site du Collège Desrousseaux. Une bonne idée qui permettra de
lier les établissements à la faveur du passage en classe de 6ème et
de mutualiser par exemple la restauration scolaire (comme c’est
déjà le cas) avec des espaces adaptés en fonction de l’âge des
enfants. Tout cela rend compte des enjeux qui sont les nôtres et
des adaptations permanentes qui sont à mener pour permettre
aux enfants de disposer des meilleures conditions qui soient
pour grandir et s’épanouir à l’école.
Mais ce que doit surtout la commune en matière d’éducation,
ce sont, au-delà de ces gestions techniques et courantes qui
conduisent à penser les implantations ou plus modestement,
à aménager des placards, réviser une chaudière, remplacer un
mobilier vétuste, entretenir les bâtiments…, c’est la disponibilité de moyens humains qu’elle réserve pour les établissements.
C’est là à mes yeux l’essentiel. Il est possible d’évoquer en la matière plusieurs types de personnels très spécifiques comme les
Dumistes (Diplômés universitaires de musique) ou les ETAPS
(Educateurs Territoriaux des Activités Physiques et sportives) qui
constituent des intervenants dépêchés par la municipalité dans
certaines matières enseignées. La ville d’Armentières déployait
ainsi deux Dumistes dans les écoles en 2018 mais ne faisait plus
appel à aucun ETAPS durant cette même période. Il est encore
possible d’évoquer les ATSEM (Agent Territorial Spécialisé des
Ecoles Maternelles) qui travaillent dans les écoles maternelles
en étroite collaboration avec les enseignants et dont l’aide reste
précieuse ainsi que chacun le comprend aisément. Précisément
parce que la réussite scolaire se joue dès la petite enfance et
que l’ignorer demeure une faute véritable à la responsabilité de
ceux qui doivent prendre les décisions d’en élargir l’implantation dans les classes ou, d’en diminuer les effectifs en raison de
contraintes budgétaires. Mais il est encore possible d’évoquer
la situation des personnels communaux affectés aux entrées et
sorties des établissements au titre de la sécurité des déplacements des enfants et de leurs familles. A cet égard, le critère
qui a jusque-là prévalu est resté celui du caractère public ou
privé des établissements, la municipalité indiquant ne pouvoir
dédoubler ses effectifs sur l’ensemble des effectifs et renvoyant
aux écoles privées le soin de sécuriser leurs propres sorties des
classes, que ce soit à l’école maternelle ou primaire ou au collège. Je crois que le critère primordial est celui de la dangerosité des sorties des établissements, peu important que le ou les
établissement(s) relève(nt) du secteur public ou du secteur privé : la vie d’un enfant reste la vie d’un enfant quel que soit son
établissement de rattachement. Mais là encore, il faut se montrer pragmatique et organiser avec chacun des établissements
concernés des collaborations, car la sécurité des enfants doit
rester l’affaire de tous et non pas être toute entière fléchée sur
les épaules de la commune. Il sera du reste rappelé que la Police
nationale demeure seule compétente sur les questions liées à la
sécurité de nos concitoyens, la ville ayant néanmoins à se montrer volontariste au nom des enfants eux-mêmes et de la sécurité
que l’on doit en tant que responsable politique à tous. En tout
état de cause, il faut faire des choix en objectivant chaque situation, et mettre utilement en œuvre le système de vidéos-protection, avec par exemple la rotation des caméras mobiles si
les implantations existantes n’y suffisent pas. Il faut de même
pouvoir travailler avec les associations de parents d’élèves pour
multiplier les dispositifs visant à préserver la sécurité des enfants lors de leurs déplacements à l’instar du « pédibus » qui
permet, sous la responsabilité de parents volontaires des prises
en charge ponctuelles sur les trajets menant à l’école. Il est encore possible d’envisager des actions communes sur le thème de
la prévention routière aux abords des établissements scolaires…
Toutes ces observations démontrent qu’il est important d’organiser – sans exclusive pour les établissements privés – des
temps de partage et d’échanges plus importants qu’ils ne le sont
aujourd’hui, toujours dans cette idée de décisions partagées et
co-construites au bénéfice de la qualité du cadre de vie scolaire
et des enseignements. Parce que la commune doit fonder dans
ce dialogue la chance de collaborations fructueuses pour tous,
avec les établissements scolaires, mais également entre les établissements scolaires eux-mêmes. Je mesure la novation que
peut représenter cette idée et les difficultés qu’elle peut, au premier abord, susciter. Mais la preuve par l’exemple anéantira – je
le crois – les inerties coupables. C’est très exactement ce que
j’étais parvenu à réaliser en réunissant lors de la première élection du premier conseil municipal des enfants d’Armentières,
l’ensemble des Directeurs et représentants des écoles et collèges
de la ville. Je m’étais heurté dans un premier temps aux concurrences exacerbées entre le privé et le public et finalement, étais
parvenu à démontrer que seul l’intérêt des enfants devait guider
nos actions. Je suis profondément laïque et le fruit d’une scolarité unique dans l’enseignement public. Cela ne m’empêche
pas de penser que nous pouvons collectivement gagner en permettant aux établissements scolaires de travailler ensemble sur
certaines questions, chacun conservant son identité et ses spécificités. Ce fut le cas en matière de démocratie participative.
Ce peut être encore le cas en matière de sécurité de nos enfants.
Nous pouvons dès lors, et j’en suis convaincu, parvenir à abolir
certaines frontières, pour autant que nous le voulions vraiment.
C’est là une idée qui doit cheminer au nom de l’intérêt général, même si certaines limites existeront toujours au nom des
principes républicains auxquels je suis viscéralement attaché.
L’Education doit, en toute hypothèse, être la chance de tous
et la commune doit à cet égard prendre toute sa part dans le
rôle qu’elle a à jouer, toujours dans l’optique de permettre à
nos enfants et à nos jeunes de réussir, en profitant des conditions les plus optimales qui soient pour s’épanouir et devenir
des citoyens éclairés. Parce que l’Education est le lien essentiel
à la vie libre. Parce que l’Education fournit les clés pour occuper, demain, sa place dans la cité. Sans Education il n’est aucune compréhension possible du monde et les chances d’émancipation dans la société demeurent absolument difficiles, voire
insurmontables ; précisément parce que l’Education permet
dès l’origine de former à l’emploi de demain ; précisément encore parce qu’elle socialise chaque individu. Au-delà c’est bien
la transmission, d’une génération à une autre, des valeurs et
de la culture, qui sont en jeu. Je crois d’ailleurs et fermement
que beaucoup de choses se jouent dès l’enfance, voire même
dès la petite enfance. S’exprimer à l’écrit comme à l’oral sont
par exemple et à mes yeux des savoirs indispensables qui permettent, par leur maitrise, d’ouvrir le chemin de la réussite. Et je
ne réduis pas cette question à celle de l’illettrisme qui concerne
en France, selon l’Agence Nationale de lutte contre l’illettrisme,
7% de la population française âgée de 18 à 65 ans. Non, ce que
je veux évoquer ici, c’est l’impossibilité d’un individu à pouvoir
évoluer favorablement s’il ne maîtrise pas les bases et les acquis
fondamentaux qui s’illustrent parfaitement dans l’apprentissage
de notre langue, tant à l’écrit qu’à l’oral. Sans cela, les difficultés
sont nécessairement pléthoriques dans le parcours scolaire et
professionnel. Et c’est bien la socialisation de l’individu qui est
en cause. Un ami, Directeur d’Ecole – et que je ne citerai pas
pour les raisons que tout le monde comprendra – m’indiquait
il y a quelques temps, les résultats d’un test passé par les élèves
de CE2 de son école. 75% des enfants étaient en difficulté dans
la lecture (vitesse de déchiffrage). Il en résultait une incapacité à
comprendre le sens du texte qui leurs était soumis. C’est dire les
problématiques auxquelles certains enfants sont confrontés et
ce, dès le plus jeune âge. C’est la raison pour laquelle je ne veux
pas minorer la responsabilité de la commune dans les missions
qui sont les siennes et pour lesquelles elle doit porter l’ensemble
des efforts possibles afin de permettre l’efficience du service public porté par le Ministère de l’Education nationale.
J’ai déjà évoqué à ce titre l’importance de la restauration scolaire. Je veux précisément y revenir car certains enfants rencontrent chez eux des problématiques nutritionnelles et qu’ils
ne mangent pas comme il le faudrait ou à leur faim (ce qui n’est
pas une hypothèse « d’école »). La paupérisation de la population en est une cause essentielle. Ainsi que je l’ai déjà rapporté, 2935 ménages armentiérois en 2017 (et donc bien plus de
personnes…) ne disposent pas des ressources et moyens matériels leur permettant de vivre une vie décente. Ces chiffres effrayants obligent à constater que ces personnes sont de facto
exclues des modes de vie minimaux acceptables dans la société
et il n’est pas rare – les enseignants en sont les premiers témoins
– que l’impasse soit faite par les familles sur le petit-déjeuner.
Comment apprendre le ventre vide ? C’est une question que je
ne veux plus me poser et c’est la raison pour laquelle je plaide,
ainsi que je l’ai déjà indiqué, pour la gratuité des cantines scolaires ou, si nous ne pouvons y parvenir, pour l’offre d’un petit
déjeuner gratuit pour tous les enfants. Et je ne reviens pas sur
les explications déjà exposées plus avant et qui me font considérer que l’on doit, en la matière, s’adresser à tous. Au nom
aussi de la Justice et surtout parce qu’il s’agit de nos enfants. Ce
que je veux exprimer c’est que de cette manière-là, nous pouvons espérer que les familles – pour celles qui sont concernées
– n’aient plus à choisir entre le repas du petit déjeuner et celui du midi. Ce propos illustre là encore, la responsabilité qui
demeure celle de la commune et qu’il ne faut absolument pas
relayer en considérant que les politiques éducatives relèvent du
seul ressort de l’Etat et du Ministère de l’Education nationale.
Nous avons donc à penser de manière globalisée les réponses,
et à prendre en considération les critères exogènes qui font les
difficultés des familles et les défaillances, par ricochet, de l’éducation elle-même. Sans cette pensée globalisée, tous les efforts
que nous pourrions faire resteraient vains, motif suffisant en
soi pour décliner au niveau de la famille des politiques volontaristes permettant d’anéantir les statistiques.
L’Education permet d’élever – au sens de porter haut – de développer personnellement chacun, d’attiser la curiosité de tous
comme l’appétence intellectuelle. Elle est la voie vers l’émancipation et la Liberté. Elle doit donc et selon moi, être au cœur de
toutes choses et principalement des politiques menées par une
municipalité. C’est une conviction républicaine profonde.

De l’importance de la proximité

La proximité ce n’est pas un présentiel des élus à toutes les manifestations associatives, culturelles ou sportives qui se réalisent
dans la ville chaque week-end. S’il reste essentiel d’être aux
côtés des associations et de se rendre disponible toutes les
fois où cela reste possible, cela n’a rien à voir avec la politique
de proximité dont l’objectif premier est, à mon sens, de nouer
un lien presqu’intime (n’ayons pas peur des mots) entre les élus
et les citoyens. Car rien n’est plus grave que des élus déconnectés des réalités quotidiennes des habitants et pensant pouvoir
décider du haut d’une tour d’ivoire. En politique, les élus doivent
dès lors, et à mon sens, rester au contact des citoyens. Parce que la
politique c’est précisément l’art de se préoccuper des problèmes
que rencontrent les citoyens. Sinon à quoi bon ? Et le premier
des élus à devoir cultiver cette proximité c’est avant tout le Maire
de la ville. Pas seulement lui. Evidemment. Mais nécessairement
lui en premier. Pour écouter d’abord. Pour répondre ensuite.
Et l’ordre des choses doit être celui-ci, parce que les élus sont
au service de l’intérêt général et qu’il me paraît nécessaire de
faire preuve en la matière de beaucoup d’humilité. Je n’ai pas
toujours été d’accord avec Madame Ducatel-Hamidou,
élue d’opposition que beaucoup de personnes connaissent
puisqu’elle est la maman de Dany Boon. Durant l’exercice
du dernier mandat, il nous arrivait d’échanger, soit par courrier électronique soit directement à la faveur de nos mutuelles
disponibilités. Elle collectait l’ensemble des doléances de son
quartier et se faisait l’interprète de mille tracasseries rencontrées
par ses voisins ou gens de son quartier. Je n’ai pas pu trouver
de solution à tous les problèmes qu’elle me soumettait. Mais
je crois que par le dialogue que nous cultivions ensemble, se
dénouait déjà certaines incompréhensions et que s’apprivoisait
entre nous ce que l’on nomme le respect. Le respect qui était
le mien pour l’investissement de cette élue (fût-elle d’un autre
bord politique que le mien) et je pense, le respect qui était le
sien à mon égard pour l’implication que je pouvais témoigner à
vouloir régler chaque situation. Et même si nous ne parvenions
pas à tout résoudre, l’essentiel demeurait : nous dialoguions.
C’est dans cet état d’esprit que travaillent les conseillers de
proximité institués lors de la précédente mandature avec cette
ambition d’être proches des gens et dans ce cadre, d’apporter au quotidien des réponses aux problèmes et aux questions
posées. La volonté manifestée de responsabiliser des élus sur
ces dialogues et missions est restée salutaire comme l’organisation de permanences de quartier pour permettre à chacun
de pouvoir facilement solliciter la mairie toutes les fois où cela
restait nécessaire. La principale difficulté de ce dispositif tenait
néanmoins au fait que les élus dépêchés restaient, pour la majorité d’entre eux, tributaires de réponses des services, ce qui
en soi ralentissait de beaucoup la célérité des traitements. Un
inconvénient corrigé par la suite par la mise en place d’une application « Smartphone » permettant à chaque Armentiérois de
saisir directement la collectivité en seulement quelques clics, la
simplicité d’utilisation de ladite application restant « biblique »
et permettant en outre de joindre des relevés photographiques,
toujours depuis son téléphone portable. Cette modernisation
est restée un progrès manifeste et il faut se féliciter de cette mise
en œuvre.
Est-ce totalement satisfaisant ? La réponse est évidemment
négative car rien ne remplacera jamais le contact véritable qui
peut exister entre un élu et les habitants. La conception qui est
d’ailleurs la mienne de la proximité procède de cette approche
car il ne suffit pas à mon sens « d’attendre » l’interpellation
d’un habitant pour agir (même si cela reste également nécessaire), encore faut-il provoquer la rencontre avec l’habitant. J’ai
expérimenté cette manière de faire en porte-à-porte, et je suis
absolument convaincu de sa pertinence. Combien de fois aije pu le constater ? « Mille fois » selon la formule consacrée,
circonstance forgeant en moi la conviction d’une importance
essentielle de se rendre disponible et d’aller au-devant des habitants : il est nécessaire d’entendre ce que les gens ont à dire.
C’est cette écoute qui me paraît primordiale dans le dialogue
presqu’intime qui doit relier les élus, et le Maire en premier, à
la population. Et il n’y a pas, en la matière, de petits problèmes.
Car il s’agit avant tout de régler des problèmes quotidiens. Des
problèmes de tous les jours. Ceux qui font la vie des gens. J’ai
été adjoint à la proximité. Je sais tout l’effort qu’il y a à faire du
porte-à-porte et le travail de fourmi que cela représente. Toutes
les semaines je réservais au moins une matinée à cet exercice, excepté durant les périodes électorales où je refusais de mettre en
place du porte-à-porte. Simplement parce que je ne voulais pas
donner l’impression d’être là pour vendre « la soupe politique
du moment » comme le ferait un représentant de commerce
pour un quelconque paquet de lessive. Les gens sont tout sauf
naïfs et ils n’ont rien à vous dire si vous n’êtes pas là pour eux.
Précisément parce que la proximité est avant tout un exercice
de sincérité. Bref, en dehors des temps électoraux donc, je parcourais la ville, allant de rue en rue et de porte en porte, rencontrant chacun ou, si personne n’était présent, déposant une petite
carte avec un numéro de téléphone pour rappeler ma disponibilité. J’étais accompagné pour ces occasions de quelques élus et
principalement de mon amie Halima Chafik qui ne ménageait
pas sa peine pour se rendre disponible. Mais il faut également
citer Maxence Dupont, Carole Casier et Dominique Bailleul.
Les rythmes que j’imposais comme les contraintes professionnelles qui demeuraient celles de chacun, déterminaient que je
sois aussi, et en tant qu’adjoint à la proximité, seul. M’accompagnait de manière systématique en tout état de cause Grégory
Robbe en sa qualité de responsable du service de proximité de
la ville. Je veux par ces quelques mots rendre hommage à Grégory Robbe et, par-delà son épaule, à l’ensemble des services
qui collaboraient durant cette période à la réussite de nos actions. A chaque problème rencontré je prescrivais au mieux des
solutions, au pire des débuts de réponse. Et chaque semaine, les
services instruisaient ces traitements que nous collections sur
le terrain pour que les personnes rencontrées soient convaincues de notre suivi. C’était une période où nous avions tous
beaucoup de plaisir à travailler ensemble. Grégory (parce que
je l’appelais évidemment par son prénom) me tenait chaque jour
au courant des avancées que nous pouvions avoir et témoignait
auprès de moi des efforts des services à vouloir répondre au
plus près aux demandes des habitants. Nous échangions par
courrier électronique. En audience, alors que j’attendais pour
plaider un dossier, je répondais depuis mon téléphone portable
pour valider une missive ou en amender quelques lignes. La
nuit même – parce qu’il m’arrive d’être insomniaque – je reprenais une lettre songeant en moi-même à toutes ces difficultés
qui sont celles du quotidien des gens… Dans la semaine, tout
était ficelé. Grégory étant d’une extrême réactivité, il m’adressait lui-même certains projets de réponse alors qu’il était en
week-end ou en congés. Parfois, ce n’était pas simple. Parfois
même il fallait pouvoir aussi dire « non », mais toujours expliquer objectivement les contraintes de l’administration et
les règles qui nous obligeaient à décliner telle ou telle revendication. C’était là ma responsabilité d’élu et je m’imposais de
rester, surtout dans le mécontentement, en première ligne. A
vrai dire néanmoins, les gens comprenaient et nous savions que
ce que nous faisions là, constituait, ce que l’on nomme trivialement, « du bon boulot ». Tout cela allait dans le bon sens.
Faute d’avoir pu disposer de plus de temps en raison de ma
démission, je n’ai pas pu couvrir toute la ville et je le regrette.
Véritablement. Parce que j’ai appris beaucoup pour ne pas dire
énormément de toutes ces rencontres. Mais beaucoup de rues
ont été parcourues et je me souviens du plan que Grégory avait
punaisé au mur et que, chaque matinée passée, il « stabylotait »
avec ce sentiment partagé entre nous de satisfaction pour le travail accompli. Nous avons la chance à Armentières d’avoir des
agents de qualité dont l’implication n’est pas toujours reconnue
à leur juste valeur. Ces mots veulent en témoigner et constituer
aussi l’occasion de remercier chacun d’entre eux.
Mais la proximité se joue aussi dans l’information qu’elle permet de diffuser auprès de la population à la faveur d’un projet d’aménagement nouveau, d’une modification de réglementation concernant le stationnement…et en définitive de toute
modification pouvant affecter le cadre de vie des habitants.
Je regrette néanmoins que le dispositif que j’avais mis en œuvre
entre 2008 et 2014 des Assemblées de Quartier du Maire ait,
à cet égard, été abandonné. L’idée qui était la mienne était de
créer un dialogue régulier avec la population. Dans chaque
quartier de la ville, une fois par trimestre, le Maire, assisté par
les conseillers idoines et par moi-même, avait la possibilité d’un
exercice direct et libre de démocratie. Ces réunions se tenaient
à la Maison du Temps Libre, au Centre Social Salengro, au Restaurant scolaire Léon Blum, au sein de l’Hôtel de ville… Aucune question n’était taboue et cela me semblait demeurer une
opportunité pour chacun de pouvoir publiquement interroger
le Maire sur des problématiques très concrètes de son quartier.
Bien sûr, le Maire a durant le dernier mandat organisé quelques
réunions publiques. Mais celles-ci n’étaient pas régulières et
restaient en elles-mêmes thématisées. Il s’agissait d’évoquer tel
ou tel aménagement – comme celui de la friche Delobel ou celui
de la Route d’Houplines – ou encore d’informer les habitants
de l’introduction de la Fibre optique dans les quartiers (réunion
au restaurant Léon Blum pour le quartier Bizet/Léo Lagrange
ou en salle Carnot pour le centre-ville exemple). Je ne minore
pas l’importance de ces réunions d’informations. Je regrette
cependant que le format de ces assemblées n’ait pas donné la
possibilité aux habitants de se saisir de questions qui pouvaient
être les leurs au moment même où, en porte-à-porte, j’identifiais quant à moi des problématiques prégnantes des habitants
dans leur quotidien.
Ces réunions n’étaient d’ailleurs pas portées par la politique de
la « citoyenneté ». Elles trouvaient leurs organisations respectives par le prisme du Cabinet du Maire, ce qui en soi restait
révélateur d’une ambition différente. Il faut dès lors, et selon
moi, conjuguer l’information descendante à l’information ascendante car l’élu ne détient pas toutes les vérités et il est nécessaire, pour pouvoir appliquer les politiques les plus efficaces,
d’être avisé régulièrement des problématiques qui sont celles
des citoyens sur le territoire. Surtout si le seul écho que vous
trouvez reste celui d’une Cour qui en aucun cas ne veut vous
déplaire et salue toutes les paroles que vous prononcez…
La proximité doit en tout état de cause demeurer un exercice
de sincérité et en ce sens, ne doit jamais avoir pour objectif de
séduire un électorat potentiel. Les gens ne sont pas dupes et ils
comprennent rapidement la dimension mensongère qu’il peut y
avoir à vouloir les rencontrer pour les amadouer plutôt que de
vouloir résoudre véritablement des problèmes dans les vicissitudes qui sont les leurs. A cet égard du reste, je pense qu’il serait
tout à fait pertinent de mettre en place, à côté de l’élu qui se
rend en porte-à-porte, une sorte de brigade composée d’agents
de la collectivité, agents à même de pouvoir apporter les premières réponses aux problèmes qui sont posés et qui peuvent
être très variables. Il peut s’agir de difficultés dans le logement,
de problèmes administratifs, d’interrogations sur l’inscription
de l’un de ses enfants dans un ACM (Accueil Collectif de Mineurs autrement appelés « centre de loisirs »), d’une question
sur un aménagement, d’un questionnement sur les offres de services publics en matière de santé… En portant un intérêt pour
la population – et c’est le moins quand on est élu – et en trouvant
le plus rapidement possible la réponse qui convient (soit-elle)
même modeste, l’action de l’élu atteint nécessairement son but.
Les gens en ont assez – et on ne peut que leur donner raison à
ce titre – de ne rencontrer les élus qu’au moment des élections.
Je plaide pour une logique diamétralement opposée et je sais
que je reste légitime à tenir ce discours en ayant effectivement
appliqué à moi-même cette manière de faire tout le temps où
j’étais adjoint à la proximité. Et cette façon d’agir ne doit pas
donner prise à des publications sur les réseaux sociaux comme
beaucoup trop d’élus en sont pourtant coutumiers. Etre là pour
les habitants. Pas pour soi. C’est à mon avis essentiel. Au final,
cette proximité est nécessairement source d’enrichissements
mutuels et peut faire progresser l’intérêt général de manière très
concrète. Avec Halima Chakik, jeune élue prometteuse, devenue sur la fin du mandat conseillère déléguée de quartier, nous
avons couvert ensemble l’intégralité du quartier Salengro. A
partir des constats partagés avec Halima, j’avais provoqué une
réunion avec le bailleur social dont le parc locatif reste important sur ce quartier. J’avais de mon côté appris beaucoup sur
les contraintes des bailleurs sociaux et en même temps, tenté
d’initier un projet de ré-embellissement du quartier, le bailleur
offrant de muter certaines locations en accession à la propriété
pour le cas où la Mairie y serait favorable. J’étais absolument
enthousiaste à cette idée, partant du postulat qu’un propriétaire
est toujours plus précautionneux de son cadre de vie qu’un locataire pour les raisons que tout le monde comprend. J’étais assuré que les prix resteraient attractifs, l’intégralité des logements
étant amortie par le bailleur qui trouvait là un intérêt véritable à
céder un droit de propriété. N’étant pas en charge du logement
ni même de l’urbanisme, j’avais alors relayé auprès du cabinet
du Maire ce projet que je voulais inscrire dans un large cadre
participatif, permettant aux habitants de se réapproprier leur
quartier par diverses actions (opérations généralisées de propreté
et de fleurissement par exemple, en lien avec la collectivité et
le bailleur). Les expériences précédentes de collaborations que
nous avions pu avoir avec le bailleur (comme la sécurisation
de la Résidence Jacques Brel du centre-ville) auditionnaient des
conditions favorables pour l’aboutissement de ce projet. Le
bailleur en justifiait d’ailleurs auprès de moi en acceptant de régler quelques situations particulières (débroussaillage à ses frais
du jardin d’une habitante âgée de plus de 80 ans, actions auprès
de différents habitants pour l’enlèvement de dépôts sauvages
dans certains jardins…). Bref, nous allions dans le bon sens et
je revenais régulièrement dans le quartier pour m’inquiéter de
ces évolutions qui restaient salutaires pour le cadre de vie de
l’ensemble des riverains. En démissionnant de mes fonctions, je
n’ai pu suivre ce projet et j’espère que les prochains mois resteront l’occasion de concrétiser un embellissement généralisé
du quartier au moment même où émerge, à quelques mètres
à peine des rues Emilienne Moreau et Jean-Baptiste Lebas, un
nouveau lotissement répondant à des normes écologiques actuelles et profitables à l’environnement.
Je veux citer un autre exemple d’actions de proximité permettant
de réévaluer de manière plus globale nos politiques et d’ajuster ce qui peut l’être. A la suite d’un porte- à-porte réalisé rues
Nungesser, Saint Exupéry, Coli, Mermoz et Hélène Boucher,
plusieurs habitants avaient fait remonter des problèmes de
vitesse excessive de véhicules, de passages de camions au tonnage inapproprié pour ces voies, et une dangerosité manifeste
du secteur au regard de la proximité d’établissements scolaires
(dont le collège Desrousseaux et le Lycée Ile de Flandre) ou encore de l’ESAT des ateliers Malecot. J’avais alors provoqué une
réunion un samedi matin avec l’ensemble des riverains concernés et plusieurs aménagements avaient immédiatement pu voir
le jour avec le concours des services de la mairie et de la MEL.
Il s’agissait principalement de passages piétons et d’une mise
en zone 30 d’une partie des rues. Je me souviens précisément
avoir expliqué qu’il n’était pas possible d’accéder à toutes les
demandes comme par exemple la modification du trajet des bus
qui répondait à une logique de desserte laquelle méritait sans
doute d’être réinterrogée avant toute décision précipitée. Les
gens, dans leur large majorité avaient compris mon propos et
j’avais acquis la conviction que, sans cette proximité, aucune
évolution n’aurait pu voir le jour, les riverains étant les premiers
révélateurs de ces différentes problématiques qu’ils mesuraient
chaque jour dans leurs différents quotidiens. Les exemples sont
légion et il ne m’est évidemment pas possible d’établir ici une
liste à la Prévert de toutes ces expériences de terrain qui sont
restées profitables à la préservation de l’intérêt général. Cela
prouve tout l’intérêt qu’il y a à apporter un soin tout particulier
à cette politique.
L’effort qui doit aujourd’hui être porté concerne la collectivité elle-même dans les traitements qui suivent les opérations
de porte-à-porte. Il faut comprendre que ces manières d’agir
restent nouvelles pour l’administration qui demeure quant à elle
en prise avec son propre quotidien. Le service de l’urbanisme
doit par exemple traiter les demandes de permis de construire
qui lui sont soumises. Or, si à la faveur d’un porte-à-porte, le
service de l’urbanisme est sollicité sur des problèmes rencontrés dans tel ou tel quartier, le dit service doit nécessairement
remiser ses propres instructions sans que le service de proximité n’ait lui-même conscience de cette charge de travail supplémentaire. Et cela est d’autant plus vrai qu’aucune hiérarchie
véritable n’existe entre les services, chacun œuvrant dans son
secteur à la réalisation du service public dont il a la charge. Une
réflexion globale doit donc s’engager sur ces organisations pour
permettre l’efficience des actions de chacun et ne pas donner
le sentiment aux usagers d’une forme d’inertie de l’administration. Cette dimension reste, à mes yeux, fondamentale et passe
nécessairement par le renforcement des équipes de la proximité via le redéploiement de certains agents en son sein. Parce
qu’il n’est pas de politique efficace sans service dédié. Trop peu
d’agents sont aujourd’hui mobilisés sur la proximité. Il faut, le
cas échéant, par des solutions de mutualisations et de redéploiements, renforcer ce service, pour autant que l’on ait la volonté
effective de faire de cette politique une priorité au service des
Armentiérois et de s’en donner les véritables moyens.

De la sécurité à la tranquillité publique

La sécurité est un service public. A part entière. Il est absolument fondamental de n’avoir en la matière aucun a priori.
En effet, tout un chacun a le droit de vivre de manière tranquille
et en toute sécurité. Et il n’est pas un quartier qui ne mérite une
attention particulière en la matière. Il est d’ailleurs irresponsable de s’éloigner des problématiques de tranquillité publique
et de n’avoir de mérite que pour les politiques sportives, culturelles, éducatives… Car encore une fois, la tranquillité publique
demeure une aspiration citoyenne parfaitement légitime, au-delà même des affres de ce monde dont l’actualité a rendu compte
ces dernières années avec une violence inouïe. Je veux évoquer
à ce dernier égard les attentats terroristes qui ont frappé notamment l’Europe, et la France en particulier, en 2015 et 2016.
Ces attentats ont démontré que personne n’était à l’abri d’une
frappe aveugle, de la folie des Hommes et de l’horreur la plus
froide. N’importe où et n’importe quand, depuis la salle de rédaction d’un journal satirique jusqu’au sein d’une petite église,
en passant par une salle à grands spectacles lors d’un concert de
rock ou même en bord de mer sous le ciel immaculé d’un feu
d’artifice d’été ou encore, aux abords d’un marché de noël…
Ces attentats ont giflé la conscience de tous, chacun mesurant
sa propre vulnérabilité, celle de ses proches et plus particulièrement celle de ses enfants. A partir de ces constats les pouvoirs
publics se sont trouvés dans l’obligation de prendre toute la
mesure de ce contexte qui a remisé le cours normal de nos vies.
Parce que le terrorisme ne se vit plus sur son canapé devant un
écran de télévision. La Voix du Nord rapportait ainsi dans un
article daté du 19 novembre 2015 que 8 nordistes étaient décédés sous les balles des terroristes lors des attentats du Bataclan.
Si loin et pourtant tellement proche, le risque terroriste revêt
aujourd’hui une dimension qui nous impose de rester absolument vigilant.
Je ne reviendrai pas dans mon propos sur l’Etat d’Urgence décrété par le Président de la République et les conséquences qui
sont restées attachées à ce régime particulier en termes de libertés publiques. Tout le monde est d’accord pour considérer que
cette décision restait justifiée et qu’il paraissait utile et pertinent
d’offrir des moyens d’actions plus larges aux pouvoirs publics
– soient-ils sous le contrôle du juge – au moment même où les
valeurs de la République restaient les premières cibles des terroristes. Chacun a cependant constaté que l’exceptionnalité de
la mesure a semblé se fondre dans la poursuite, au jour le jour,
du régime de l’Etat d’Urgence qui semblait au final n’être plus
que la normalité des choses. Personne ne s’étonne aujourd’hui
des demandes pressantes qui sont faites à l’entrée d’un magasin
pour que l’on montre patte blanche en ouvrant son sac, ou du
fleurissement, çà et là, de portiques de sécurité, pas plus que les
dispositifs de sécurité qui se sont multipliés dans les domaines
des transports… Cette banalisation de la sécurité constitue
d’ailleurs, au-delà des contraintes et des compromis acceptés
sur nos libertés publiques, une forme de danger pour nous tous
car au final, elle finit, contradictoirement, par endormir nos
consciences comme nos vigilances.
Il n’empêche que les risques terroristes font aujourd’hui partie
de nos vies respectives et ce constat, même s’il n’en est pas la
seule raison, oblige à nous mobiliser pour la sécurité. Et quand
je dis, « nous », ce que j’évoque c’est précisément « la commune » qui a nécessairement sa part à prendre sur ces questions. Chacun sait que la sécurité publique reste et demeure une
compétence régalienne de l’Etat. Sans faire un cours d’Histoire
du droit (qui serait véritablement ennuyeux !), je veux rappeler
que cette garantie que doit l’Etat aux citoyens est lointaine. Il
est ainsi possible de citer le droit à la sûreté qui a été reconnu
par la déclaration des Droits de l’homme et du citoyen du 26
août 1789. Même si un temps la sécurité est restée partagée entre
l’Etat et les communes, depuis une loi du 23 avril 1941, la présence d’une police d’Etat dans toutes les communes de plus de
10 000 habitants a été instituée et maintenue à la Libération. Par
la suite la direction générale de la police nationale a été créée par
une loi du 9 juillet 1966 qui a préservé le statut particulier de la
préfecture de police de Paris. En se développant les services de
la police nationale sont devenus de plus en plus spécialisés. Parallèlement, la gendarmerie nationale, ancienne maréchaussée,
s’est enracinée dans les campagnes au XIXème siècle au point
de devenir durablement chargée de la sécurité publique sur
l’ensemble du territoire national, hors les villes placées en zone
de police d’Etat.
Désormais la sécurité est reconnue comme un droit fondamental que l’Etat a le devoir d’assurer. Est-ce à dire que la commune
n’a pas son mot à dire ? La réponse est assurément négative. Si
en effet l’Etat doit veiller sur l’ensemble du territoire de la République, au maintien de la paix et de l’ordre public, et à la protection des personnes et des biens, l’Etat ne le fait pas seul comme
l’a clairement affirmé la loi du 21 Janvier 1995 dite d’orientation
et de programmation sur la sécurité (LOPS). D’autres acteurs
sont associés à la politique de sécurité : les collectivités territoriales ainsi que les services et associations œuvrant dans les
domaines de la prévention de la délinquance, de la médiation,
de la lutte contre l’exclusion ou de l’aide aux victimes.
C’est dans ce cadre que la commune d’Armentières s’est saisie,
au niveau qui reste le sien, et avec les moyens qu’elle pouvait
dégager, de la question de la sécurité. Une politique volontariste
donc, qui en elle-même, emportait un coût au moment même
où l’ambition municipale devait aussi se conjuguer avec une volonté de préservation du pouvoir d’achat et de non augmentation de la fiscalité. Cette politique doit être poursuivie.
A Armentières, l’organisation de la dernière fête des Nieulles
a ainsi déterminé des mises en œuvre, articulées en lien avec la
Préfecture qui a imposé, par exemple, des dispositifs de fouilles
particuliers et des « barrièrages » dans un large périmètre. Ces
organisations ont d’ailleurs nécessité un recours à des sociétés
privées spécialisées en terme de sécurité et des coûts induits voisinant, en 2017, près de 40.000 euros. Une charge supplémentaire qui n’incluait pas les heures supplémentaires des agents,
et dont la collectivité se serait bien dispensée tant les finances
de la ville restaient (et demeurent) exsangues. Mais comment
faire autrement ? Il n’est plus possible aujourd’hui d’évacuer
ces questions et il est absolument impérieux de penser le risque
terroriste comme une menace tangible obligeant à préserver la
sécurité de nos concitoyens pour les raisons que je viens, à gros
traits, de rappeler. Mais la sécurité ne se réduit pas à celle de la
lutte contre le terrorisme et concerne plus largement tous les
faits infractionnels qui peuvent exister sur un territoire, depuis
le cambriolage jusqu’à la violence routière, en passant par les
conflits de voisinages, les violences faites aux personnes et aux
biens et jusqu’aux infractions les plus graves.
J’ai été quatre années adjoint délégué à la tranquillité publique
et à la prévention de la délinquance à Armentières. Mon métier m’a permis de conserver une sensibilité particulière pour la
protection des libertés publiques toutes les fois où cela restait
nécessaire. Je pense en particulier à la mise en œuvre de la vidéo-protection sur la ville d’Armentières sur laquelle je veux
plus précisément revenir. Le dossier n’était pas simple et pour
le dire différemment, particulièrement difficile. Il constituait
néanmoins une promesse de campagne et je m’étais résolu à le
faire aboutir quelles que puissent être les difficultés. Sur ce dossier j’avais conscience d’être en première ligne et je mesurais
être très attendu sur le sujet. Mon premier réflexe a été de penser l’implantation de la vidéo-protection de manière globalisée,
c’est-à-dire en connexion avec d’autres territoires que celui
d’Armentières. J’intervenais en tant qu’avocat dans plusieurs
dossiers ouverts à l’instruction et je déterminais, mieux que
quiconque en l’occurrence, la pertinence d’implanter un large
dispositif de vidéo-protection, au-delà de la ville elle-même.
Sur commissions rogatoires les Juges d’instruction obtenaient
des résultats absolument confondants grâce à de tels dispositifs. Ma conviction dans la pertinence de ce dispositif était donc
fondée sur des éléments très concrets, et je mesurais par ailleurs
les attentes des Armentiérois qui témoignaient parfois auprès
de moi, à tort ou à raison, d’un véritable sentiment d’insécurité.
Je décidais donc, dès le début du mandat, de rencontrer chaque
Maire des communes immédiatement voisines d’Armentières
pour initier avec eux une coopération sur ces questions. Bernard Coisne, Maire de la Chapelle d’Armentières et Jean-François Legrand, Maire d’Houplines, acceptaient immédiatement
ce partenariat, partageant avec moi cette idée que la délinquance
ne s’arrête pas aux panneaux des villes et qu’il est possible de
glaner plus efficacement des financements quand les villes mutualisent leurs politiques, notamment – et en l’occurrence – par
le biais du FIPD (Fond Interministériel de Prévention de la Délinquance). Alain Bézirard, Maire d’Erquinghem-Lys, déclinait
la proposition au regard d’une situation géographique plaçant
sa ville en zone de gendarmerie avec ses spécificités propres.
Roger Lemaire, Maire de Nieppe, estimait quant à lui, pour des
raisons financières, devoir renoncer à cette collaboration et faisait le choix de retirer sa ville du CILSPD (Conseil Intercommunal de Sécurité et de Prévention de la Délinquance). Je n’en
ai jamais voulu à quiconque, chacun demeurant libre des choix
qu’il fait pour son propre territoire mais, dès les prémices, j’ai
mesuré que ces renoncements fragilisaient le parfait aboutissant du dossier. La pleine solidarité des villes aurait constitué
un symbole fort que nous aurions pu faire valoir, tant pour les
habitants que pour les financeurs. Nous étions donc trois villes
sur la ligne de départ et finalement, tout cela ne débutait pas
si mal. Mais les difficultés demeuraient, et ce principalement,
parce que la mise en œuvre d’un système de vidéo-protection
emportait, au premier abord, des conséquences importantes
pour les finances de chaque commune. Le coût moyen d’installation d’une seule caméra, en investissement, voisinait en
effet, sans y intégrer le réseau ou le centre de visionnage luimême, 20.000 euros en investissement. En réservant au début
du mandat une provision de 100.000 euros au budget de la ville,
je faisais le constat que nous n’aurions que trop peu de caméras pour convaincre de la pertinence de cette politique. Les
marges de manœuvre étaient donc extrêmement résiduelles et
peut-être – j’essayais de me convaincre…- serait-il possible par
la suite de développer le dispositif par des concours extérieurs,
notamment en provenance de la MEL qui travaillait également
sur ces questions à cette même époque. L’astuce a consisté à
opter pour de la location. L’intérêt de l’opération était pluriel.
D’abord parce que d’un point de vue budgétaire le financement
n’impactait plus la section d’investissement mais celle du fonctionnement, avec la location d’un parc entier de caméras (36 au
total sur Armentières) pour une somme mensuelle proche de
3.000 euros. Ensuite, parce que de cette manière-là, et grâce à
un marché public bien ficelé, il était possible d’intégrer à cette
location l’installation et l’entretien des caméras ; un coût réduit
permettait en outre de prévenir l’obsolescence des caméras dans
un domaine où la technologie reste en constante évolution. Puis
et peut être surtout, il était possible de couvrir l’ensemble du
territoire d’Armentières via l’implantation immédiate de plus
d’une trentaine de caméras fixes et de 4 caméras mobiles, très
utiles pour sécuriser les entrées et sorties d’établissements scolaires ou les manifestations organisées par la ville ou encore certaines zones en tensions. Enfin, et ce n’était pas un moindre
avantage, en cas d’insuccès du dispositif – toujours possible – il
était très facile de faire machine arrière sans conséquence notable
pour les finances de la ville. Je continuais toutefois à me heurter
à des difficultés pour faire aboutir ce dossier car précisément
la sensibilité communiste de la majorité municipale s’opposait
à l’implantation des caméras sur la ville. J’avais beau expliquer
que le dispositif garantissait le respect de la vie privée des gens,
sur lequel la Préfecture apportait une vigilance particulière, en
vérifiant notamment l’effectivité des « floutages » des façades
des maisons, rien n’y faisait. Il m’était opposé l’ineffectivité
prétendue des caméras. Je rétorquais que l’expérience méritait
d’être tentée et que nous nous étions engagés ensemble sur ce
dispositif lors de la campagne électorale de 2014 sans aucune
critique de quiconque. Je plaidais également pour l’expérimentation d’un dispositif qui était réclamé par tous et qui permettait de garantir un « sentiment de sécurité » propre à améliorer le cadre de vie des Armentiérois. J’indiquais enfin que si
la vidéo-protection ne constituait pas en elle-même l’alpha et
l’oméga de la sécurité, elle ne s’implantait pas sur notre territoire au détriment des agents dont l’effectif demeurait intact,
tant en ce qui concernait les services de la Mairie que ceux de la
police nationale. Le sujet revenait pourtant à plusieurs reprises
au cours de différentes séances du conseil municipal lors desquelles nous exposions au grand jour nos désaccords alors que
nous constituions une même unité politique. J’assumais, en tant
que Président du groupe majoritaire – et donc premier porteur
de la parole politique de ma composition politique – la défense
de ce dossier. Lors du dernier débat sur l’exercice budgétaire,
j’étais parvenu à retrouver la délibération du Conseil municipal
de la ville de Bagneux dont la mairesse communiste, Madame
Marie-Noëlle Amiable, avait récemment décidé de souscrire au
dispositif de vidéo-protection. C’était là la preuve incontestable
que les mentalités évoluaient, par-delà les prises de position des
partis politiques. Au final, la décision d’implantation de la vidéo-protection était validée et je me disais en moi-même qu’il
était très respectable de débattre sur ces désaccords. C’était la
meilleure preuve du fonctionnement de la démocratie. A l’heure
où j’écris ces quelques lignes je n’ai évidemment aucun recul sur
cette politique mais j’ose affirmer que si un seul Armentiérois
se trouve à l’avenir protégé de la réalisation d’une infraction
quelconque, alors je serais quant à moi, assuré d’avoir utilement servi cette politique. Parce que je ne sais que trop, en tant
qu’avocat, la détresse de ceux qui ont rencontré dans leur vie le
cambriolage, l’agression gratuite, le viol… Il serait nécessaire
dans les prochains mois d’établir un diagnostic pour mesurer
les avantages tangibles de ce dispositif, notamment en terme de
sécurité routière puisque là encore la vidéo-protection permet
utilement de rappeler à l’ordre, via les services de la police nationale, tous ceux qui mettent la vie d’autrui en danger par des
comportements irresponsables. Gageons dès lors que le pragmatisme l’emportera et qu’il sera possible de confirmer ou d’infirmer, objectivement, la pertinence de la vidéo-protection sur
Armentières. A partir de ces résultats sans doute devrions-nous
développer le dispositif pour mailler davantage le territoire et
assurer à toutes les Armentiéroises et à tous les Armentiérois
la sécurité qu’ils sont en droit d’attendre dans leur ville, ou au
contraire, de retirer purement et simplement le dispositif si celui-ci n’avait effectivement aucune pertinence. Et je le dis ici, je
n’ai aucune crainte d’avoir tort car je ne prétends pas détenir la
vérité. Ce que je peux affirmer c’est que je n’étais animé que par
le souci de bien faire pour les Armentiérois et que je restais à
cet égard au service de l’intérêt général, sans parti pris politique.
Aujourd’hui, se pose dans mon esprit d’autres questions et
notamment celle d’avoir recours ou non, à une police municipale. J’ai pu rencontrer le Maire d’Haubourdin, Bernard Delaby, à l’occasion de ma participation au COVISUR (Comité
des Villes pour la Sécurité Urbaine) en tant que représentant
de la commune d’Armentières. Bernard Delaby présentait alors
aux élus présents à cette réunion le service de police municipale
mis en œuvre sur sa commune. Une police au service des habitants, travaillant en lien avec la police nationale sur des questions relevant de ses compétences telles que prévues au titre
des dispositions de l’article L2212-2 du code des collectivités
territoriales qui rapportent notamment que : « La police municipale a pour objet d’assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques ». Ce vaste objet induit donc une
large responsabilité de la commune si elle décide d’implanter
une police municipale sur son territoire et partant, détermine
de dégager des financements importants, tant en terme d’investissement qu’en terme de fonctionnement. Il faut en effet prévoir a minima un bâtiment ouvert au public et répondant à des
normes particulières, pourvoir les agents de véhicules « sérigraphiés » et d’équipements spécifiques, développer des matériels
informatiques et de transmission…et, au-delà, mobiliser des
agents qui devront eux-mêmes, être nécessairement formés à
des missions dont tout le monde comprend qu’elles restent
singulières. Or, l’effort financier qu’il faut faire – et qui n’est
pas mince – ne se justifie qu’au travers d’une opportunité bien
comprise sur le territoire de la ville. L’indicateur principal reste
donc celui de la délinquance effective sur la commune. A cet
égard, il ne faut ni jouer sur les peurs ni minorer les réalités.
Or, à Armentières, les faits infractionnels restent marginaux si
l’on compare les chiffres de notre ville avec ceux des villes de la
même strate qu’Armentières. Les raisons en sont, en premier
lieu la situation géographique de la ville avec la frontière belge
et la faiblesse de l’enracinement d’une délinquance qui demeure
principalement de passage. La deuxième raison tient au fait que
la ville est déjà pourvue d’un Commissariat de police à même
d’apporter les réponses idoines à toutes les infractions rencontrées sur le territoire, depuis la plus minime jusqu’à la plus grave.
La troisième raison demeure le déploiement des agents de médiation que la ville a recrutés pour permettre un dialogue avec la
population, à l’effet d’évacuer tous les faits relevant de la petite
délinquance comme par exemple les conflits de voisinages. Se
surajoutent d’ailleurs à ces effectifs, les ASVP dont il faut reconnaître que la mission première n’est pas celle de la tranquillité
publique contrairement à l’idée répandue que beaucoup se font
des moyens d’action de ce type d’agents. J’ai à ce dernier égard
un souvenir très précis (parmi tant d’autres). Lors de la fête nationale du 14 juillet 2017, des échauffourées avaient éclaté en
fin de soirée alors que la foule se dispersait à la sortie de la Base
des Prés du Hem. Courageusement, et en l’absence de forces de
police (qui étaient disséminées sur d’autres villes et feux d’artifice organisés), les ASVP étaient intervenus pour séparer les
différents protagonistes, écopant au passage de quelques coups
pour éviter que le pire n’arrive. Dès le lendemain, j’ai demandé
à Mohamed Chegga, Directeur de la Tranquillité publique de se
faire l’interprète auprès des agents de ma reconnaissance pour
cette implication dévouée des ASVP qui, pour « surveiller la
voie publique » n’ont pourtant aucun pouvoir ni moyen de police. Une exemplarité dans l’exercice du service public pour les
Armentiérois, lesquels pourtant – faisons ce constat – ne sont
pas toujours très reconnaissants des missions que réalisent ces
personnels, ce qui m’a souvent frustré.
Cet exemple peut à lui seul justifier de la nécessité de la mise en
œuvre d’une police municipale, mais seulement si l’on conserve
à l’esprit qu’une telle décision se ferait nécessairement au prix
d’autres services publics qu’il serait impossible de maintenir
pour les raisons que je viens d’exposer. Mon opinion est donc
nuancée sur la question, refusant de céder aux sirènes électorales qui font de cette mesure une attente très populaire, bien
souvent pour des raisons erronées. En effet, et en ayant présidé pendant 4 années la cellule de veille, mon sentiment est que
c’est moins la délinquance dans l’esprit des Armentiérois qui
fait militer en faveur d’un tel dispositif, que les incivilités quotidiennes auxquelles ils restent confrontés. C’est la raison pour
laquelle je pense que si une telle mesure devait être décidée, il
serait nécessaire de penser un modèle de police, proche du terrain et présent partout sur le territoire de la ville, permettant
de rendre le service attendu et d’améliorer les relations avec la
population. Cette police devrait donc en toute hypothèse avoir
pour objectif premier de prévenir la délinquance grâce à une
connaissance du terrain et à des liens durables avec la population. C’est pourquoi, et toujours selon moi, cette police ne devrait pas suppléer les missions d’intervention de la police nationale mais se concentrer sur la seule mission de sécurité publique
en lui donnant les moyens de sanctionner immédiatement et
lisiblement les infractions les plus simples pour marquer son
efficacité. Cela supposerait son intégration dans les quartiers
et la possibilité offerte à ses soins de traiter les problèmes de
proximité afin de répondre aux préoccupations de chacun de
protection et de tranquillité. L’échelon du quartier devrait donc
être préféré à celui de la commune par la création au niveau des
quartiers de contrats locaux de sécurité et de prévention de la
délinquance, qui associeraient plus étroitement la police municipale à la police nationale en suscitant par exemple que des élus
soient responsabilisés dans chaque quartier pour favoriser les
relations avec la population, dans une stratégie de transparence
et d’explications sur les actions déployées.
Il conviendrait d’ailleurs de dialoguer avec l’Etat pour faire reconnaître certains quartiers en tension (bien souvent qualifiés
en politique de la ville) et justifier des moyens supplémentaires
sur ces zones où les dégradations sociales riment trop souvent
avec l’augmentation des incivilités et de la délinquance. Enfin,
cette politique sécuritaire n’aurait de sens en elle-même que si
nous restions capables d’accompagner ces quartiers en difficulté par des politiques sociales et d’accompagnement efficaces
à même de résorber lesdites difficultés, la prévention devant
constituer le socle indéfectible de ces politiques qui ne peuvent
se concevoir de manière isolée, et qui au contraire doivent s’inscrire dans un tout cohérent et indissociable.
Il faut en tout état de cause plaider pour un retour à l’autorité
mais dans une configuration aidante pour ceux qui sont les premières victimes des incivilités et de la délinquance dans le quotidien. Une équation politique qui ne peut réussir que si l’on
conserve la volonté d’obtenir des résultats concrets mesurables
à brève échéance, pour retrouver la confiance de la population
et la satisfaction de tous à vivre dans un environnement favorable, pour soi comme pour ses enfants. Telle est ma conviction.

La ville de demain, une « ville intelligente »

J’ai déjà effleuré la nécessité qu’il y a à ne pas avoir peur du
progrès technique en évoquant l’implantation d’un système de
vidéo-protection garantissant le respect des libertés publiques.
Le progrès le plus spectaculaire que nous rencontrons tous
dans nos quotidiens est celui de l’évolution numérique devenue
en elle-même, une véritable « révolution » numérique. Cette
révolution est source, si nous n’y prenons pas garde, de régressions et l’exemple de l’utilisation des Smartphones dans nos
quotidiens, en est sans aucun doute la plus fulgurante illustration. Dans un monde où les systèmes de communications n’ont
jamais été aussi extraordinairement développés, la communication véritable entre les humains semble s’être diluée. Notre
vigilance doit donc rester en la matière, exemplaire. A partir de
là, nous ne devons pas céder aux sirènes d’une modernité exacerbée qui ne générerait aucun progrès véritable et deviendrait
finalement contreproductive. Au contraire, nous devons concevoir le progrès comme le moyen permettant l’amélioration et le
perfectionnement de l’Homme et de la Cité elle-même.
La révolution numérique affecte aujourd’hui sans fin nos vicissitudes. Là où il y a une activité humaine, la dimension numérique est inévitable. Mais considérer « la ville intelligente » par
le seul prisme de la révolution numérique reste en soit réducteur. La ville intelligente revêt une autre dimension. En effet, la
ville intelligente, si elle reste confrontée au défi du numérique,
reste également confrontée à celui du développement durable,
avec la lutte contre la pollution sous toutes ses formes, le traitement des déchets, l’économie écologique… La ville intelligente
est donc celle qui allie ces deux perspectives dans une ambition
convergente, celle d’une transition numérique et d’une transition écologique, transitions ne devant au final n’en faire qu’une.
Et cet enjeu de transition unique, neuf et aigu, est celui de la
ville intelligente. Une ambition pour demain qui doit être porté
pour Armentières afin de lui permettre de conserver sa pleine
capacité à maîtriser son destin. Cette affirmation est d’autant
plus vraie que l’Etat lui-même confère en la matière des pouvoirs nouveaux aux collectivités territoriales (notamment en
matière de développement) par le seul fait de la décentralisation. Le pouvoir politique doit donc rester absolument mobilisé sur ces questions qui affectent une multitude de politiques
publiques : que ce soit en matière de transports « verts », d’habitats intelligents, de libéralisation des données numériques, de
gestions des réseaux d’énergies… toujours dans une dimension
dite « durable », c’est-à-dire respectueuse de l’environnement,
en lutte avec la pollution sous toutes ses formes et le réchauffement climatique. La ville intelligente apparaît déjà au travers
de mon propos comme un écosystème, dense mais ce faisant
fragmenté, composé de politiques diversifiées ayant pleinement intégré ces perspectives. Et il faut, autrement que par
mode, en accepter l’augure. Car les effets induits nous seront
bénéfiques, à l’instar d’un service public amélioré sur la question des mobilités, des énergies, de l’éclairage, du traitement des
déchets… etc. La nécessaire adaptation de la ville au monde du
XXIème siècle permettra donc à la commune de s’inscrire dans
une perspective moderne, progressiste et écologique. Moderne,
parce que pourvue de tous les outils numériques nécessaires à
un service public adapté au monde d’aujourd’hui, ouvrant par
exemple ses données pour permettre leurs exploitations au plus
près des besoins de la population. Progressiste, parce que ces
développements devront rester au service exclusif du citoyen
de demain. Non pas, comme aujourd’hui, dans une perspective
d’offre des services publics mais au contraire, pour répondre,
demain, utilement et donc efficacement à la demande de services publics. Ecologiste enfin, parce que telle est la nécessaire
condition d’un progrès numérique aussi efficace que vertueux.
Et cette perception d’une ville intelligente doit, pour rester pertinente, simplifier les accès aux services publics en même temps
qu’elle les développera en permettant de freiner l’accroissement
des dépenses locales dans un contexte généralisé et préoccupant
de contraintes budgétaires.
La libération des données numériques, autrement appelée sous
l’anglicisme de « l’open data », est un parfait exemple d’économies attendues dans la mise en œuvre du service public. La libération des données numériques est en effet un principe visant
à conjuguer l’objectif de transparence administrative et du droit
des usagers à accéder aux documents administratifs. Il permet,
par sa mise en œuvre, de collecter les données numériques de
tous les horizons possibles, pour identifier l’évolution des modes de vie, des façons de travailler, de se mouvoir en ville, de
consommer… et au final, par le juste examen des données, de
performer les services publics au bénéfice de tous. Et les évolutions relatives à la libération des données numériques sont
foisonnantes pour les collectivités territoriales. La MEL s’est
par exemple, appuyée sur la libération des données numériques
pour réaliser une application spécifique – « Enjoy-MEL» pour
ne pas la citer – permettant de liaisonner au plus près les besoins des consommateurs aux commerces de proximité dans 90
communes de la métropole (Armentières n’en faisant pas partie). Si l’enjeu reste celui d’un dynamisme commercial renforcé, il permet également de répondre au plus près, aux besoins
des consommateurs en orientant les offres de produits identifiés grâce à l’analyse des données. Il en résulte une consommation ciblée et des politiques commerciales nécessairement plus
pertinentes quant aux attentes des publics. Le cercle est alors
absolument vertueux sauf à critiquer l’homogénéisation de la
consommation qui peut rester un effet induit non désirable.
Tout cela démontre cependant la nécessité qu’il y a à réduire
la fracture numérique. Pour ce faire il paraît opportun de s’appuyer sur les associations, les centres sociaux et les autres structures pour permettre à toutes les classes sociales et à toutes les
générations d’accéder aux outils numériques. Cela peut le cas
échéant déterminer la création d’ateliers spécifiques et co-participatifs tels qu’il peut déjà en exister sur Armentières, notamment au Club Léo Lagrange.
La ville intelligente est donc une nouvelle façon de penser la
ville, le service urbain et l’interaction de ses différents acteurs
(administration, habitants et jusqu’aux commerçants et entreprises du territoire), l’enjeu n’étant pas celui de la marchandisation mais de l’efficacité des services aux publics. Cela suppose,
en aval, le maillage en réseau des acteurs, l’organisation du débat public et la dynamisation des instances de démocratie participative. En amont, il s’agit de produire une analyse structurée
des contributions, de restituer la parole publique et de prendre
les décisions les plus opportunes. La difficulté à laquelle se
trouve confrontée Armentières reste son dimensionnement, la
ville intelligente restant généralement d’obédience métropolitaine ou concerne des villes de dimensions plus importantes.
Il n’empêche qu’il est indispensable de ne se priver d’aucune
ambition en la matière car celle-ci autorise tous les possibles. Il
me paraît du reste absolument fondamental de ne pas demeurer
à la roue d’autres collectivités, soient-elles plus importantes que
ne l’est Armentières. D’ailleurs la ville, sous l’impulsion de Nicolas Lonvin, ancien Directeur Général des services, s’est déjà
engagée dans un certain nombre de processus qu’il convient de
saluer (mise en place d’un guichet unique, application « ville »
via Smartphone, numérisation des séances du conseil municipal,
dématérialisation des délibérations avec la Préfecture…) avec à
la clef, des économies qui ont été quantifiées et qui sont réelles.
La plus grande évolution à laquelle doit faire face aujourd’hui la
collectivité est celle de sa propre réorganisation et de la simplification de ses procédures. S’agissant de l’organisation actuelle,
celle-ci se structure en silos avec un service informatique replié
en citadelle. Cette réorganisation, co-construite avec les agents
et pensée dans le temps, sans précipitation, devrait à mon sens,
inverser l’ordre des choses en basculant par exemple le service
informatique en premier rideau du guichet unique et surtout, en
assurant une plus grande transversalité des services. Une réorganisation qui ne peut se mettre en place que si elle reste effectivement plus performante pour le service public et qu’elle offre
de meilleures conditions de travail aux personnels. Son maître
mot doit être celui de la transversalité pour que chaque politique
soit mise en œuvre par le concert des services sans nécessité de
multiplier les réunions, aujourd’hui nécessaires à la transmission des informations et ce faisant, consommatrices d’un temps
précieux. Cela résoudrait certains problèmes comme ceux que
j’ai déjà évoqués en traitant des politiques de proximité. Mais
en toute hypothèse, cette réorganisation supposerait du temps,
des adaptations et l’adhésion des agents. Car il n’est pas d’organisation qui puisse se faire contre les Hommes, mais bien au
contraire, avec leurs parfaits assentiments. Cela détermine des
co-constructions et des réflexions partagées.
S’agissant des procédures actuelles, j’ai toujours été très surpris
par leurs lourdeurs intrinsèques lesquelles occasionnent pour la
population des crispations qu’il faut entendre. Ces procédures
doivent s’assouplir, sans remiser le contrôle de légalité qui reste
le « la » de l’action administrative. L’e-administration a déjà démontré tous ses bienfaits. Il convient d’en développer les mérites mais au-delà, de simplifier a maxima les circuits administratifs qui enkystent aujourd’hui les services. L’exemple le plus
éloquent est celui du courrier établi par un agent, lequel doit
recevoir la validation du Directeur Général adjoint des services,
puis celle du Directeur Général, puis celle encore du Directeur
de Cabinet avant que d’être enfin soumis à la signature de l’élu
en charge. Chaque étape de validation peut déterminer une correction et renvoyer sine die le courrier à l’agent rédacteur, indépendamment même du retard que les uns et les autres peuvent
accumuler et qui ralentit de facto le traitement du dit courrier.
Il en résulte un temps d’instruction qui peut parfois dépasser
le mois et au final un ressenti légitime chez l’usager d’une inefficacité des services. Il faut trouver les moyens d’améliorer les
célérités dans un monde où l’information se propage à toute vitesse. Mais cet exemple n’en est qu’un parmi tant d’autres et les
marges d’améliorations sont, j’en suis convaincu, importantes.
Venant moi-même du secteur privé, je mesure tous les possibles
qui restent encore ouverts pour la collectivité. Cela suppose cependant des moyens dédiés et un temps utile à la conduite du
changement. Et je sais qu’il est possible en la matière de faire
confiance aux agents, à la stricte condition qu’ils soient entendus, accompagnés et que des moyens soient effectivement libérés.
La ville de demain ne peut donc prétendre à son intelligibilité
que si elle parvient à dépoussiérer ses organisations et ses procédures. C’est la raison pour laquelle je pense encore qu’il faut
élargir le guichet unique tel qu’il existe aujourd’hui en l’ouvrant
à d’autres services. Je pense par exemple au service de l’urbanisme qui traite notamment des déclarations de travaux, des
permis de construire… Par ailleurs, en ne considérant pas cet
accueil au service des seuls habitants mais au contraire, en l’élargissant aux commerçants, aux associations, aux entreprises, et
en définitive à tous les acteurs de la ville, par la mise à dispositions d’outils propres à contenter chacun dans les domaines
qui leur sont propre. L’imagination doit nous amener à élargir
le prisme, toujours dans un souci d’efficacité et de simplification. Toujours pour être au service du plus grand nombre et
répondre à chaque demande au plus près des besoins identifiés.
Il existe bien d’autres exemples. Tous rendent compte de ce que
la ville intelligente demeure au confluent de nombreux dispositifs qui, à plus ou moins long terme, permettront à Armentières d’entrer de plain-pied dans le XXIème siècle par une dynamique ambitieuse de développement durable et numérique
au bénéfice d’un service public toujours plus adapté au monde
de demain.

Une ville accessible à tous

Pierre est un ami. Nous nous sommes rencontrés au sein d’une
association armentiéroise et les hasards de la vie ont fait que
nous étions, à une époque, également voisins. C’était un temps
où nous nous voyions souvent. Alors, il m’a raconté. Les filles,
la boxe, ses vingt ans. Il m’a montré cette photographie en noir
et blanc où on le voit en polo de sport, superbe, sur un ring, avec
ce large sourire qui tient tous ceux qui ont la vie devant eux. Et
puis, il m’a aussi raconté sa passion pour la vitesse, la moto,
ce mauvais virage à la sortie duquel il s’est encastré contre un
pylône électrique… Le temps de l’insouciance s’est alors instantanément évanoui. Ont succédé le deuil de la vie passée, le
centre de rééducation Espoir à Lille et tout ce qui accompagne
la violence de ces moments de la vie… Aujourd’hui les épreuves
sont derrière mais le handicap est là. A chaque instant.
Pierre a très mauvais caractère. Le même que le mien a priori.
Alors il arrive que nous nous engueulions (c’est le mot juste et
je n’en vois aucun qui pourrait mieux l’exprimer). Un jour un
de nos amis communs m’a reproché de ne pas ménager Pierre.
Je crois au contraire que Pierre me considère comme son ami
parce que je n’adopte aucune attitude particulière dans ma relation avec lui. En matière de handicap, la compassion n’a pas
sa place. Chaque fois que j’aborde une politique qui traite du
handicap, je m’efforce d’adopter la même attitude. Parce qu’en
politique, si le cœur donne l’impulsion, c’est la tête, et seulement elle, qui guide l’action. C’est une règle que j’ai fait mienne.
En un demi-siècle la situation des personnes en situation de
handicap s’est très nettement améliorée dans notre pays et sans
doute que la meilleure façon d’en faire la démonstration demeure dans le rappel des différentes lois qui ont été, durant cette
période, promulguées pour affirmer les droits de la personne
en situation de handicap. Notamment, depuis la loi du 30 juin
1975 d’orientation en faveur des personnes handicapées jusqu’à
la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances,
la participation, et la citoyenneté des personnes handicapées.
Mais cet arsenal législatif, s’il témoigne d’une volonté manifeste
de faire accepter la différence dans nos quotidiens (qu’ils soient
professionnels, associatifs, institutionnels…), atteste également,
et par la seule réitération des lois, des échecs qui demeurent
encore les nôtres en matière d’inclusion du handicap. Ne cédons pas à l’angélisme. Tout cela est éminemment compliqué.
Prenons l’exemple de l’accessibilité pour lequel le législateur a
fixé des obligations et des préconisations aux établissements recevant du public. Ainsi et depuis le cadre bâti jusqu’aux transports en commun, en passant par la voierie elle-même, l’accessibilité doit être pensée et mise en œuvre. Or, et dans cette chaîne,
chaque maillon compte. Que l’un d’entre eux manque et l’accessibilité dans son intégralité est remisée. Le chantier est donc
considérable et tout un chacun le mesure au travers de ce simple
exemple. Le plus important est donc de se montrer réaliste avec,
selon moi, des objectifs, à moyen terme, simples mais essentiels
pour permettre d’obtenir des résultats très concrets. Sur cette
base, il est permis de formuler quelques propositions.
En premier lieu, il me paraît indispensable de développer sur
la ville les partenariats entre les structures elles-mêmes ainsi
que cela a déjà été mis en œuvre par le service promotion santé et handicap de la ville. Armentières voit sur son territoire
un nombre d’acteurs traitant du handicap très important. Je
n’en citerai que quelques-uns. L’EPSM, l’association Juste Ensemble, l’AFEJI… pour tout ce qui a trait au handicap psychique, mais également l’ESAT Ateliers Malécot, le SESSAD…
pour le handicap mental, et encore l’IME de l’ANAJI, l’association des paralysés de France… pour tout ce qui touche au
handicap moteur, sans parler de la Maison des aveugles… pour
tout ce qui traite du handicap sensoriel, ou encore la Plateforme
Santé Trèfles quand il s’agit d’évoquer les maladies invalidantes.
Bref, les structures ne manquent pas sur Armentières, avec des
institutions locales qui elles-mêmes permettent des ponts entre
les structures (CCAS, Education nationale, UTPAS…). Mais
ce que nous devons réussir c’est, au-delà de ces acteurs, à en
associer d’autres qui précisément ne font pas partie du monde
du handicap. La raison en est que le législateur inscrit désormais la personne en situation de handicap dans une logique de
« projets ». Or, le projet n’existe que par l’intérêt que peut y
trouver un partenaire, indépendamment de l’obligation de 6%
fixée aux entreprises de disposer de personnes en situations de
handicap dans leurs effectifs, faute de quoi elles doivent payer
une contribution à l’AGEFIPH (Association de gestion de fonds
pour l’insertion professionnelle). En somme, il faut travailler en
transversalité dans une logique de projet pour la personne en
situation de handicap dans une démarche gagnante pour tous.
Cela oblige à aller de l’avant en direction des entreprises pour
dégager des partenariats qui n’ambitionnent pas seulement la
place de la personne en situation de handicap, mais au contraire,
accréditent l’idée d’une vraie chance pour l’entreprise ellemême. Beaucoup de chefs d’entreprises ont d’ailleurs parfaitement intégré cette idée et n’ont pas attendu les pouvoirs publics
pour travailler dans ce sens.
En deuxième lieu, il me paraît absolument nécessaire de mieux
communiquer. Les structures qui sont dans notre ville sont mal
connues et, par voie de conséquence, peu reconnues. L’on sait
d’ailleurs toutes les peurs et tous les fantasmes qui peuvent s’associer au handicap, surtout quand il s’agit d’un handicap mental. Il s’ensuit, au-delà des images véhiculées, des difficultés importantes pour les publics, tant dans leur propre perception que
dans celles des personnes valides. Cette communication doit
être également celle de la sensibilisation du plus grand nombre
aux différentes formes de handicap pour une meilleure compréhension et, par ricochet, d’une meilleure acceptation. Cette
sensibilisation doit d’ailleurs investir le milieu scolaire pour
une meilleure intégration des élèves en situation de handicap.
L’on peut relever à cet égard les actions qui sont déjà menées
par l’ESAT Malécot d’Armentières avec différentes écoles et
groupes scolaires, le Collège Desrousseaux et le Lycée Ile de
Flandre ; des actions qui doivent être favorisées par la ville ellemême, toujours dans cette idée de communication et de compréhension de la différence.
En troisième lieu, et dans la logique déjà exprimée d’un guichet
unique, une formation doit être effectuée en direction des agents
d’accueil pour la réception des publics en situation de handicap.
Une façon intelligente d’améliorer la qualité du service public
qui doit être pensé comme l’accueil de tous les publics (et non
exclusivement tournée vers les personnes valides). Dans ce cadre
une formation au langage des signes – même rudimentaire – doit
être interrogée au bénéfice des agents travaillant à ces accueils et
aucune piste ne doit être négligée pour fondre le handicap dans
nos quotidiens.
Ces trois propositions, très concrètes, d’une mise en œuvre de
partenariats renforcés ouverts à la cité, d’une plus large communication pour une meilleure compréhension et d’une formation des agents, peuvent très rapidement améliorer l’inclusion
des personnes en situation de handicap et ce, sans coût excessif.
Il faut toutefois avoir également une vision à long terme et, mû
par cette ambition, poursuivre la mise en œuvre de l’accessibilité de tous les établissements communaux pour les personnes en
situation de handicap. En tant qu’adjoint aux Finances, j’ai participé au plus près à la construction budgétaire et trop souvent
constaté que l’accessibilité restait en elle-même une variable
d’ajustement budgétaire. S’il manquait par exemple un financement en investissement, il était alors rogné sur tel ou tel aménagement d’accessibilité sine die reporté à l’année suivante. Malgré
les obligations légales, ce report pouvait se poursuivre plusieurs
années. Nous ne pouvons plus continuer de la sorte ni reculer
devant des responsabilités qui nous concernent tous. Parce que
demain, qui peut prétendre ne pas être confronté au handicap ?
Le sien, celui de l’un de ses proches ? Personne. Le handicap
naît de l’accident ou de la maladie et en cela peut concerner
chacun. Il faut en avoir une conscience profonde. Aussi, il faut
proposer la matière, de nous engager sur une programmation
pluriannuelle qu’il conviendrait – sous une forme ou sous une
autre – de contractualiser avec l’ensemble des forces d’oppositions du conseil municipal pour donner le gage tangible de ce
que l’accessibilité demeure désormais un objectif majeur qu’il
n’est plus possible de remiser. Et là encore, il faut se montrer à
l’écoute de ce qui est rapporté par les Armentiéroises et les Armentiérois. Les places du centre-ville ont été pensées et conçues
par une personne en situation de handicap. On ne peut pas rêver mieux comme argument pour revendiquer la parfaite accessibilité à la Grand Place. Et pourtant, les personnes à mobilité réduite qui ont testé cette accessibilité dénoncent dans leur
ensemble la circonstance d’un marathon pour se rendre d’un
point A à un point B de la place. Cette critique n’est pas isolée et il faut l’entendre pour pouvoir utilement réinterroger les
possibilités d’accès à la Grand Place et en multiplier le nombre.
De la même manière, il faut, autant que faire se peut, entendre
que les trop nombreuses marches de la Grand Place rendent
celle-ci « accidentogène », plusieurs personnes s’étant plaintes
d’avoir chuté. Il est un fait que la conception de la Grand Place
a dû intégrer une déclivité très importante (et supérieure au
mètre) laquelle justifie la réalisation de passages en escaliers.
Je pense qu’à la faveur d’une accessibilité révisée de la Grand
Place, il serait tout à fait possible de « faire d’une pierre deux
coups » et, tout en permettant aux personnes à mobilité réduite
de bénéficier de passages facilités, ces nouvelles rampes d’accès
profiteraient directement aux Armentiérois dont la mobilité,
sans être réduite, nécessite plus de sécurité. Des idées simples
qui répondent à l’intérêt général et qui correspondent à des besoins exprimés par les Armentiéroises et les Armentiérois. De
la même manière il me semble important de pouvoir installer
du mobilier urbain, et notamment des bancs, pour permettre
de se reposer partout dans la ville. La ville d’Houplines a testé
des bancs directement réalisés par les services techniques de la
commune à partir de rondins de bois issus de la découpe de
plusieurs arbres qui avaient dû être abattus. Mais ce mobilier
peut se dégrader à mesure du temps et des intempéries. Cependant et dans une certaine temporalité, il est possible d’imaginer
de tels mobiliers dans les quartiers pour autant bien évidemment que l’on envisage par la suite leur remplacement. Une idée
simple, écologique et peu coûteuse pour les finances publiques,
qui permet à la fois de répondre à une demande immédiate et
d’améliorer le cadre de vie des habitants en disséminant dans
un cadre urbain des éléments organiques et « verts ». Cette idée
mérite d’être reprise et permettra en outre d’adapter les mobiliers pour les rendre encore plus accessibles en terme de taille et
de dimension notamment.
Mais l’accessibilité dans le milieu urbain se joue aussi au niveau
des passages piétons dont l’implantation ou la rénovation doit
nécessairement intégrer désormais un rabaissement des trottoirs
et la création de passages podotactiles. Ces réalisations pourraient se faire au long court à l’instar des rampes d’accès qu’il
me paraît indispensable d’installer partout où cela reste possible
et nécessaire. Cela n’est pas une utopie. Nos amis Hollandais
ont montré que cela restait possible. Il faut suivre cet exemple
car les escaliers représentent en eux-mêmes une véritable torture pour nos seniors dont la marche reste moins assurée pour
les raisons que tout le monde comprend.
Les commerçants sont restés les premiers contraints par l’obligation de rendre accessibles leurs surfaces commerciales et ont
fait des efforts importants pour répondre à ces impératifs que
la loi leurs a imposés. Il faut saluer ces réalisations qui pour
certaines d’entre elles sont restées très coûteuses. Ce qui semblait insurmontable hier est aujourd’hui devenu une norme et
personne n’imaginerait plus qu’un commerce ne puisse pas être
parfaitement accessible à des personnes en situation de handicap. Pour la commune le raisonnement doit être le même et si
des efforts significatifs ont déjà été réalisés, il faut intensifier
cette politique pour les raisons que j’ai plus haut expliquées et
tenant principalement à l’égalité de traitement de l’ensemble des
usagers. Et les déclinaisons de cette politique sont multiples.
J’ai déjà insisté sur le droit à l’éducation pour tous les enfants.
En matière de handicap ce droit demeure fondamental ; l’école
doit en effet permettre d’accueillir tous les enfants quels que
soient leurs besoins. Il doit dès lors revenir à l’école de s’assurer
que l’environnement reste adapté à la scolarité de chaque enfant
par la mise en œuvre de dispositifs de scolarisation, de parcours
de formation individualisés et d’aménagements personnalisés
en fonction des besoins identifiés.
Selon moi, le rôle de la municipalité est donc de veiller à rendre
les bâtiments accessibles, adapter a maxima les classes en
matériels numériques, offrir un nombre suffisant d’outils pour
accueillir l’ensemble des élèves et mettre à disposition des
personnels chargés de l’accompagnement des élèves en situation de handicap (AESH agents contractuels de l’État recrutés
par contrat de droit public). Les personnels chargés de l’accompagnement se voient confier des missions d’aide aux
élèves en situation de handicap. Ainsi, sous le contrôle des enseignants, ils ont vocation à favoriser l’autonomie de l’élève,
sans se substituer à lui, sauf lorsque cela apparaît nécessaire.
L’Etat a consenti aux efforts nécessaires en la matière. Ainsi et
par exemple, à la rentrée 2017, ce sont 8 068 emplois supplémentaires qui ont été créés par rapport à la rentrée 2016 afin
de couvrir l’ensemble des besoins et mieux accompagner les
élèves en situation de handicap. Les municipalités doivent accompagner ces efforts et tout faire pour ouvrir les portes de la
scolarisation aux personnes en situation de handicap en évacuant tous les freins possibles. C’est ce modèle de société que
je veux pour Armentières. Mais je ne me trompe pas. Rien n’est
facile en la matière. Il faut conserver cette lucidité au regard des
contraintes budgétaires qui sont les nôtres et des attentes légitimes qui sont celles des familles et des personnes en situation
de handicap. C’est la raison pour laquelle il me semble indispensable de contractualiser nos engagements et d’en planifier
les mises en œuvre.
Un autre point mérite d’être évoqué en matière de handicap et
a trait au logement. « Choisir son chez-soi » est une espérance
authentique et légitime pour tout le monde. Les personnes handicapées (et les personnes âgées) partagent cette ambition avec
cette circonstance que toutes expriment une forte demande
d’aide, d’accompagnement et de services associés au logement
dans un environnement adapté et sécurisé garantissant conjointement inclusion sociale et vie autonome à domicile. En fonction du degré d’autonomie la personne peut par ailleurs être
dirigée vers une structure d’hébergement telle celle gérée sur
notre territoire par l’AFEJI et les Papillons Blancs. Quoi qu’il
en soit, et en lien avec les bailleurs il me semble indispensable
d’intensifier les communications avec le CCAS et le service
handicap (promotion santé) de la ville, notamment pour aider à
la recherche de logements adaptés.
C’est ce travail transversal qui permettra de répondre aux besoins de tous en mettant à disposition les logements les plus
pertinents. A cet égard, je fais le constat que certaines personnes
occupent des logements qui ne sont plus adaptés à leurs besoins. Ces logements sont du reste et bien souvent pour ces
mêmes personnes, inutilement onéreux. Un travail important
doit donc être mené pour, dans un premier temps identifier
les personnes concernées par ces situations (souvent des personnes âgées devenues veuves). Dans un second temps, il m’apparaît impérieux d’aider et d’accompagner ces personnes vers
des logements ou structures plus conformes à leurs véritables
besoins. En libérant ces logements, il sera possible de rediriger
ces habitats vers des personnes ou familles en ayant un besoin
plus conforme à l’usage du logement lui-même. Tout cela est
très difficile je le mesure parfaitement. A titre d’exemple, une
personne âgée est souvent très attachée à son logement dès lors
que celui-ci renferme un quotidien rassurant en même temps
que nombre de souvenirs du passé. Il faut comprendre ces situations. Je fais cependant confiance à l’accompagnement des
professionnels pour autant que l’on n’augmente pas à l’envie le
nombre de publics qu’il convient de suivre. A ce dernier titre,
je réaffirme ici que l’on ne doit plus s’éparpiller, et ralentir cette
course effrénée à la construction de logements sociaux qui, non
seulement ne répond plus à aucune logique, mais surtout appelle en elle-même toujours plus de gestions sans permettre de
prioriser les actions au bénéfice des Armentiéroises et des Armentiérois.
Sachons nous concentrer sur nos publics si fragilisés pour permettre à tous, dont les personnes en situation de handicap, de
trouver une place, un logement adapté et conforme aux besoins
de chacun. Le parc immobilier des bailleurs sur notre territoire
est très important et absolument suffisant pour absorber nos
besoins dans un contexte où nous dépassons très largement le
taux SRU prévu par la loi. Je crois en tout état de cause et qu’à
la base de tout, demeure une volonté politique. La mienne est
de rendre l’inclusion au Handicap absolument naturelle pour
tous. Il faut de même lutter contre les marchands de sommeil
dont chacun sait qu’ils sont bien souvent les premiers à profiter
des plus fragiles dont principalement les personnes en situation
de handicap. Les contrôles, en lien avec les responsables juridiques, doivent être intensifiés et il me semble indispensable
de renforcer le service logement par un véritable pôle de lutte
contre l’habitat indigne. En tant qu’avocat j’ai défendu des
locataires comme des bailleurs. Au cours des expertises pour
lesquelles j’assistais mes clients, je suis souvent resté littéralement sidéré par les conditions indignes dans lesquelles certains
propriétaires n’hésitaient pas à louer leurs biens. En présidant
de même la cellule de veille de la ville d’Armentières pendant
près de 4 années j’ai dû faire face à des situations absolument
déconcertantes, avec par exemple des invasions de cafards favorisées par des conditions d’hygiène déplorables. Ces situations,
au-delà des familles concernées, gangrènent des rues entières,
les voisins immédiats restant des victimes par ricochet subissant, au mieux des odeurs, au pire l’empilement des ordures
dans les jardins…
Chacun comprend que le chemin de l’inclusion est encore long.
Le rôle de la municipalité est essentiel et doit permettre de catalyser l’ensemble des forces de la cité sans oublier les habitants.
C’est une conviction profonde.

De l’humain et de l’urbain

On peut évoquer Armentières de différentes façons : historiquement comme je l’ai fait à gros traits au début de cet ouvrage,
voire géographiquement en établissant les coordonnées de
la ville (50° 41′ 17′ Nord, 2° 52′ 52′ Est, en l’occurrence !).
Il est encore possible d’établir sa géologie, son relief, son climat,
ses réseaux de transports routiers et ferroviaires, sa densité,
sa pyramide des âges… Bref, mille et une façons de raconter
cette ville.
Pour moi Armentières c’est avant tout une multitude de
personnes qui font (même malgré elles) la ville. Quand j’évoque
Armentières dans mon imaginaire, l’image du Beffroi jaillit. Mais au-delà, ce sont bien des personnes qui font surface
dans mon esprit. Parce que je me fais couper les cheveux chez
Roméo ou chez Valérie et que, de la même manière, j’achète mes
lunettes chez Aurélie ou Cathy, Michèle étant désormais jeune
retraitée. Parce que mon fils aîné préfère le pain de la Boulange
alors que mon fils cadet préfère celui de chez Legrand, que
j’aime acheter de temps à autre un disque chez Jean-Jacques ou
flâner dans les rayons de Majuscule. Et je peux multiplier les
exemples à l’envie. Boire un café chez Roger, essayer une chemise chez Alex, manger un couscous chez Ben ou chez Momo,
inviter un ami au Fil rouge chez Yves et Marie, déjeuner avec
mon épouse chez Jean-Jacques à la Taverne Armentiéroise …
Dans le monde associatif mon imaginaire est semblable. Je vois
Marie-Rita et Bernard du CAAL, Julien de DEFI, Sullivan et
Pierre des Centres sociaux, Laurent de l’UACA, Eric de l’APPA, Michèle et Dominique du comité Rond-Point Saint-Roch,
Gaston et Yves de l’association des Familles, Raoul des Amis de
l’Aviation, Martine des Trompettes Dévoués, Marie de la Gymnastique municipale, Sandrine de la Jeune Garde, Loïc du Club
Léo Lagrange, Suresse du FC Colmar, Carole du Secours populaire, … Et l’on peut encore décliner les visages. Rudy de Mona
FM, Louis-Dominique Dauphin, Anne Vaissaire ou Michel de
l’Ecole de musique, Thibault de l’école primaire Salengro ou
Valérie de l’école maternelle Gambetta, René le concierge, Johann, Sébastien et toute l’équipe des ASVP, Roger et Jacques
de la FNACA, Laurence Delvaux du Collège Desrousseaux,
Abdelaziz Kissany du lycée Paul Hazard, Grégory Stéculorum
de l’Institut Nicolas Barré, Florence de la Voix du Nord, Evelyne du Vélo de Suzon, Stéphane du Terminus, Maryse de chez
Astuces Finances… Bref, ce livre à lui seul n’y suffirait pas et
je tais tous ces visages, même anonymes, qui existent en moi et
qui me relient aux rues, aux quartiers, à la ville toute entière. Ce
que je veux exprimer ici, c’est ce que représente Armentières à
mes yeux. Avant toute chose, une communauté de femmes et
d’hommes, avec leur bon ou leur mauvais caractère, mais tous
ayant choisi cette ville pour, comme moi, y vivre et y travailler.
J’associe à la ville l’extraordinaire tissu associatif qui est le sien.
Quand je me suis installé à Armentières avec mon épouse, il y a
maintenant plus de vingt ans, je ne mesurais pas cette densité associative sur notre territoire. Près de 200 associations coexistent
à Armentières avec de nombreux comités de quartiers, des
centres sociaux, des structures sociales, des associations sportives, culturelles, d’animations… Bref, le paradigme que je me
fais de ma ville n’est pas fait de briques, de murs, de giratoires,
d’aménagements urbains ou d’éclairages publics. Mon paradigme est fait de femmes et d’hommes. Car ce qui compte à mes
yeux c’est la place de chacun. Au-delà de toute autre dimension.
Et ce n’est pas une incantation que je formule. Je considère que
la place que l’on fait à tous dans la cité résulte nécessairement
de la mise en œuvre de politiques qui ne réservent aucune exclusive ni ne jettent d’opprobre sur quiconque. Mais cela n’a de
sens véritable que si l’organisation de la cité permet d’offrir à
chacun la possibilité de vivre sa vie. L’aménagement urbain doit
répondre à cet enjeu d’importance en même temps qu’il doit
permettre de fluidifier les réseaux routiers, d’améliorer le cadre
de vie, de pacifier les quartiers tout en les animant… L’urbanisation doit donc rester un instrument au service de l’humain et
en ce sens, doit répondre à certaines logiques qui ne se calibrent
que par référence aux caractéristiques de la population et de la
ville elle-même.
Aujourd’hui, le constat que je formule en matière d’urbanisme
reste mitigé. Je reconnais comme pertinents de nombreux projets d’aménagements. Je reste au contraire très critique sur
d’autres.
La requalification du quartier de la gare autour d’un projet
global intégrant une médiathèque et un complexe cinématographique, en liaison avec le pôle d’échange multimodal,
est restée absolument structurante pour notre ville en visant
par-delà le quartier lui-même, la revitalisation du centre-ville.
Même s’il faudra encore du temps, la fréquentation du cinéma,
qui ne cesse d’augmenter, démontre que les choix qui ont été
faits sont demeurés opportuns en offrant aux Armentiérois un
cinéma de proximité, d’excellente facture, avec des programmations de qualité. Le pari économique, qui constitue la vraie
finalité de ce projet, sera atteint si l’on parvient à densifier le tissu commercial pour liaisonner la rue Robert Schuman et la rue
de Lille, depuis la gare jusqu’au Beffroi, sans oublier les cellules
commerciales du complexe lui-même. Des aménagements piétonniers devraient renforcer ces développements par l’arrière
avec la réalisation de la deuxième phase des travaux des places
Victor Hugo (Square Victor Hugo) et la constitution d’un véritable mail piétonnier jusqu’à la rue de Comines via la rue des
Nieulles.
De même, la requalification du Rex devrait conforter ces aménagements, même si l’on peut s’interroger sur le choix opéré
par la municipalité d’abandonner dans cette opération l’acquisition de la partie du bâtiment située rue de Lille au profit d’un
bail, le promoteur agençant quant à lui le côté du bâtiment situé
Place Lambin en logements (17 au total).
La vacance des locaux de l’ancien collège Desrousseaux a
constitué par ailleurs une opportunité unique dont s’est saisie
la ville pour constituer un pôle réunissant toutes les activités
artistiques, musicales et culturelles de la ville. Il s’est agi, selon moi, d’une excellente idée. Et ce n’est pas tant parce que
ce rassemblement d’activités rationnalise les coûts de fonctionnements. C’est avant tout et principalement, en raison de la
synergie attendue du regroupement de l’ensemble des champs
disciplinaires (musique, art pictural, photographie, couture…).
Bien évidemment les Armentiérois ont été un temps, décontenancés par ces changements. Ils trouveront avec le temps nécessairement avantage à cette concentration d’activités puisqu’ils
pourront disposer en ce lieu dédié de l’éventail des activités qui
intéressent la culture et qui jusqu’alors étaient disséminées sur
l’ensemble du territoire de la ville de manière éparse. L’Ecole
de Musique, l’Ecole d’Art, les sociétés musicales et toutes les
autres disciplines ou structures ayant pour objet des activités
artistiques et musicales doivent elles-mêmes tirer parti de ce regroupement. Je considère qu’il faut donc saluer ce choix d’organisation de la ville et poursuivre les efforts pour permettre
d’élargir, au fil du temps, l’offre culturelle grâce à des aménagements qui accompliront la promesse d’un service public de
qualité au bénéfice de toutes les Armentiéroises et de tous les
Armentiérois. Le projet d’aménagement de l’ancien collège
reste quoi qu’il en soit plus large puisqu’il intègre par ailleurs la
réalisation de logements, indépendamment du projet d’aménagement qui concernera l’ancienne école Paul Bert.
Je veux insister par ailleurs sur les requalifications successives
des entrées de ville lesquelles participent indéniablement à
l’amélioration du cadre de vie comme à celle des liaisons routières et ce faisant, à la situation générale de l’habitat. Chronologiquement, il est possible d’égrainer – sans aucune exhaustivité – la création de la ZAC du Bizet, la requalification de la Place
Jules Guesde, la réalisation du passage inférieur, la construction
du pont reliant désormais Armentières à Nieppe, la requalification de la rue des Résistants et même le futur projet d’aménagement concernant l’Octroi. Je veux m’attarder un instant sur ce
projet d’aménagement lequel concernera précisément les rues
de l’Octroi, des Déportés, le Complexe sportif Léo-Lagrange
et l’extrémité Ouest d’Houplines, soit en définitive les terrains
autrefois occupés par les filatures Jeanson, Meganissi et Hacot-Colombier. Si l’on s’en tient à ce qui est exposé par la municipalité, ce projet a vocation à recomposer intégralement le
quartier de la Route d’Houplines en investissant un espace foncier aussi vaste que 20 terrains de football. Je salue l’ambition et
il me semble absolument pertinent de vouloir reconquérir ces
espaces fonciers qui ne sont rien d’autres aujourd’hui que des
friches industrielles. En même temps, je m’interroge précisément sur cet investissement qui concentrera une réalisation importante de logements. En effet, quid par exemple du quartier
actuel de la Route d’Houplines, dont personne ne peut minorer
les difficultés qui sont déjà les siennes aujourd’hui ? Je n’ignore
pas les opérations qui visent à la réhabilitation de l’habitat ancien comme par exemple celle du PMRQAD (Programme Métropolitain de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés)
et qui permettront d’améliorer l’existant. Je postule toutefois
que ces opérations ne seront pas suffisantes en elles-mêmes et
que la juxtaposition d’un nouveau quartier, constitué pour partie de logements sociaux, impactera nécessairement la vie des
habitants actuels. Dans le même ordre d’idée, il est possible
de s’interroger sur la capacité des services publics à absorber
ce nouvel afflux de population. La carte scolaire renvoie par
exemple prioritairement les enfants de ce quartier sur l’école
Jean Macé. Cette école sera-t-elle en capacité d’accueillir des
effectifs supplémentaires d’élèves alors que chacun mesure les
contraintes qui sont déjà les siennes et auxquelles elle doit faire
face ?
La propreté de la ville est par ailleurs une préoccupation prégnante des Armentiérois. Comment couvrir de nouveaux territoires alors que les services sont déjà en tension pour préserver
la ville actuelle de la pollution urbaine ? Ce sont ces questions
– et bien d’autres – qui doivent être posées sans nécessairement
remiser le projet en lui-même qui mérite qualitativement des
attentions au regard de la création d’un contournement nouveau de la ville (via l’arrière de l’EPSM), et de sa proximité avec
l’écrin naturel des bords de Lys, comme avec celle de la salle des
sports Jean Zay et du nouveau collège Desrousseaux.
Je veux évoquer à la faveur de ces développements le projet
Euraloisirs. Le rapport d’enquête publique, tel que disponible
pour quiconque, reprend dès l’origine, les orientations d’aménagements du dit projet avec d’une part, la constitution de logements (notamment sur le secteur d’entrée du quartier Salengro)
et avec d’autre part, et peut-être surtout, l’implantation d’activités de sports, de détente et de loisirs. Dans cet environnement,
il est notamment prévu, toujours suivant le rapport de l’enquête
publique, l’implantation d’un bowling, d’une aire de jeux pour
enfants, d’un mini parcours de golf, d’un espace Fitness/santé/
bien-être, d’un Futsal, de commerces liés aux loisirs, d’espaces
antiquités, d’un pôle artisanal, d’un pôle restauration, d’une
halle de sports municipale, d’un parcours sportif, d’un circuit
BMX et d’un mur d’escalade. Je trouve personnellement ce projet particulièrement ambitieux et parfaitement structurant pour
notre ville. Adossé à l’Eco-quartier qui émerge sur l’ancienne
friche Dufour, je considère ce complexe en devenir comme une
vraie chance pour le quartier Salengro. Il permettra en effet à ce
quartier de relever la tête indépendamment de la création d’emplois potentiels et de l’attractivité métropolitaine, voire même
régionale que pourrait présenter ce projet dans l’avenir. Le raccordement à l’A25 comme la réalisation de la nouvelle entrée de
la Base des Prés du Hem par la jonction de la Lys, constituent
pour moi au demeurant des atouts indéniables. La seule difficulté à laquelle ce projet reste confronté, – et cette difficulté
n’est pas des moindres – repose sur le fait que l’ensemble de
ces aménagements relèvent exclusivement de l’initiative privée.
Or, et de l’ambitieux projet initial qui a été présenté aux élus,
il ne reste aujourd’hui qu’une programmation de logements
sans aménagement particulier alentour, ni réhabilitation spécifique de la malterie. Pire, est évoquée l’implantation d’une zone
commerciale dont chacun sait qu’elle pourrait fragiliser notre
commerce local, indépendamment du fait qu’elle ne répondrait
pas à la commande du « loisir » en tant que tel. Les déceptions
sont dès lors légitimes dans un contexte où il reste parfaitement
difficile de forcer l’investissement privé dont le seul objectif demeure à court et moyen terme, la rentabilité financière.
L’implantation d’un véritable site de loisirs autour de la malterie
Motte-Cordonnier, si elle constitue en soi, une belle idée, porteuse d’un avenir pour la ville, créatrice d’emplois et d’un cadre
de vie rénové pour les habitants, n’a existé véritablement aujourd’hui que sur le papier. Faut-il pour autant baisser les bras ?
Absolument pas. S’il faut reconnaître que les cartes principales
ne sont pas dans les mains des élus, qui auraient d’ailleurs tort
de vouloir revendiquer la concrétisation du projet lui-même, il
faut tout entreprendre pour favoriser cette requalification, laquelle nécessitera du temps et un travail de conviction de longue
haleine, incompatible avec une quelconque promesse électorale
mais justifiant l’appui de tous.
Ce tour d’horizon très rapide met en lumière le fait que les entrées de ville méritent des attentions particulières, précisément
parce qu’elles demeurent stratégiques. Comment comprendre
à partir de là l’implantation d’un supermarché dans la descente
de la rue Albert de Mun alors qu’il s’agit précisément d’une
entrée principale pour Armentières, pour ne pas dire d’une véritable vitrine pour notre ville ? Le projet rejeté par la commission départementale de l’aménagement commercial (CDAC)
puis par la commission nationale (CNAC), suite au recours de
la commune, verra tout de même le jour. La raison en est le
sous-dimensionnement du projet initial afin d’éviter le filtre
de cette instance réunissant pourtant élus locaux, représentants
des consommateurs et représentants du conseil d’architecture, d’urbanisme et d’environnement. En passant de plus de
1000 m2 de surface commerciale à moins de 1000 m2, le projet
échappe ainsi à l’avis de cette instance et permet à la commune
d’aménager comme elle l’entend le site, quitte à décider dans
quelques années un agrandissement sans aucune autorisation
complémentaire. Un tour de passe–passe qui reste absolument
regrettable pour notre ville. Et je veux m’en expliquer.
Ce que je critique ce n’est pas l’aménagement lui-même. C’est
le projet. Si l’EPSM a trouvé un avantage financier à céder une
partie de son patrimoine foncier dans le cadre de ce projet, je
trouve qu’il aurait été bien plus pertinent, tant pour l’hôpital
que pour la ville, d’imaginer l’implantation d’une structure
en lien avec le monde de la santé. La logique doit être à mon
sens celle-là. Que ce soit un établissement de formation, une
maison de cure, une maison de retraite… autant de possibilités qui trouvaient là une vraie cohérence d’implantation avec la
présence de l’EPSM en assurant des possibilités de développement qu’un supermarché ne sera jamais en capacité de générer.
Et je fais abstraction de toutes les critiques architecturales qui
avaient été celles de la Commission nationale, laquelle évoquait
notamment la démolition d’un « bâtiment qui fait état d’une
architecture remarquable (…) ; que l’insertion architecturale du
bâtiment projeté n’est pas qualitative (…) ; que, malgré la plantation de trente-huit arbres, le projet entraîne la suppression
de beaux et anciens arbres ». L’entêtement manifesté dans ce
dossier reste dommageable et je regrette vraiment qu’il ait été
choisi de faire fi de ces remarques.
Aujourd’hui d’autres projets sont en cours ou programmés. Il
serait possible d’évoquer la nouvelle entrée de la Base des prés
du Hem, le réaménagement du Pont de l’Attargette ou la réalisation de logements sur l’ancienne friche Delobelle qui créera
des voies nouvelles en desserrant tout le quartier nord des Prés
du Hem. Des projets qui permettent à la ville de mieux se structurer et qui me semblent favorables à l’avenir d’Armentières.
Selon moi, la priorité doit désormais être portée sur les quartiers. Le réaménagement de la Grand Place entre 2008 et 2010
(que l’on soit critique ou non sur son résultat) restait nécessaire
au développement de la ville. A-t-on le souvenir de ces parkings de voitures qui s’étalaient sans fin tout autour du beffroi ?
Aujourd’hui, il est toujours possible de critiquer les aménagements qui ont été réalisés (fontaine, puits, espace vert à l’arrière
de l’Hôtel de Ville …etc.) mais il faut reconnaître que notre ville
méritait cette refonte de son cœur de ville.
A partir de là, il me paraît impératif désormais de porter une
attention particulière aux quartiers. Parce que des difficultés existent et qu’il faut les prendre à bras le corps. Je ne citerai que l’exemple du secteur de l’impasse des jardiniers/allée
saint Georges/allée des Fossés/rue de Metz. Les habitants n’en
peuvent plus. Des faits de petits trafics sont dénoncés malgré
des interventions multipliées des services de police quand il ne
s’agit pas de regroupements de jeunes qui squattent littéralement les lieux. La MEL est intervenue pour grillager le terrain
laissé en pâture. Mais cela ne résout rien et aucune solution
concrète n’est, à court ou moyen terme, proposée. A bout d’argument on indique qu’un projet existe bien mais qu’il faut patienter, que des contingences administratives obligent à ne rien
précipiter, qu’il faut encore attendre que cet habitant de la rue
quitte son logement… En tant qu’adjoint à la Tranquillité publique j’ai multiplié les rendez-vous avec les habitants, reçu des
pétitionnaires exaspérés, organisé du porte-à-porte, favorisé un
projet avec les habitants et l’association Antidote… tout cela
en supportant les critiques légitimes de tous, exaspérés par ce
« no man’s land républicain ». Ma conviction est qu’il est crucial
à cet endroit (comme dans beaucoup d’autres) de prioriser les
aménagements, sans remiser aux calendes grecques la volonté
politique qui seule peut bousculer les choses. Et cela est vrai
pour d’autres quartiers. Je pense à Salengro et aux arrières de la
Résidence Jean-Baptiste Lebas par exemple. Certains habitants
ont le sentiment parfois d’être des citoyens de seconde zone. Ils
s’en ouvrent. Ils souffrent de ces situations. Il faut l’entendre.
Et il faut tout faire pour apporter les réponses d’aménagement
qui conviennent. Précisément parce qu’ainsi que je débutais
mon propos liminaire, l’aménagement urbain en tant que tel
n’a de sens que s’il se réalise au profit de l’Humain, depuis la
réfection la plus modeste jusqu’à la requalification entière d’un
quartier. C’est pour moi une priorité qui rejoint cette idée que
j’ai déjà développée d’une politique proche des gens, à l’écoute
des problèmes très concrets qui sont les leurs, loin des blablas
et des promesses éternelles. Une politique en somme, pragmatique, efficace et opérante pour les gens. C’est l’enjeu urbain
de demain selon moi, lequel devra nécessairement arrimer à lui
plusieurs objectifs d’amélioration du cadre de vie des habitants,
de favorisation des commerces, d’animation des quartiers, d’intégration de la dimension écologique et environnementale,
d’intégration des différents tissus urbains, de réhabilitation des
bâtiments existants, de liaisons des quartiers entre eux à travers
notamment les modes de déplacements doux, de sécurisation
du cadre de vie… Autant d’objectifs qui doivent être conjugués et qui témoignent d’équations complexes qu’il convient
de mettre en œuvre au bénéfice de tous, quels que soient les
quartiers, c’est-à-dire, sans oublier quiconque.

Une ville durable est une ville désirable

Soyons francs. La question écologique n’est jusque-là jamais
parvenue à s’imposer. La démission en août 2018 du très symbolique ministre de la transition écologique et solidaire (Nicolas
Hulot pour ne pas le citer) est restée très symptomatique de ce
constat. Cela n’est plus possible et il nous faut en prendre pleinement conscience. Je ne reviens pas sur le désastre annoncé du
réchauffement climatique pour notre planète et sur la responsabilité de l’Homme à ce fait. Les conséquences sont connues :
fin de la diversification, catastrophes naturelles, migrations
humaines avec 250 millions de réfugiés climatiques à l’aube de
2050, basculement de près de 100 millions de personnes dans
l’extrême pauvreté…etc. La communauté scientifique la moins
pessimiste nous pronostique le pire à l’horizon des cinquante
prochaines années. Autant dire que les inerties qui sont les
nôtres aujourd’hui impacteront directement la vie de nos enfants et de nos petits-enfants. Malgré cela, nous agissons, collectivement, comme si cela n’existait pas.
Les questions du chômage et de la croissance sont, quelles que
soient les couleurs politiques des gouvernements en place, priorisées et en cela prennent le pas sur toutes autres considérations.
Les gouvernements passent et nous constatons que leurs actions
n’ont qu’un objectif : réanimer une économie moribonde qui est
pourtant à l’origine de tous les maux écologiques et environnementaux que nous connaissons. Face à cela, que faisons nous ?
Rien ou quasiment rien, ce qui revient à la même chose. Malgré
les réquisitoires les plus implacables nous restons aveugles de
l’avenir désastreux que nous léguerons aux générations futures.
Je sais que les immédiats économiques préemptent toutes les
actualités et toutes les urgences. Je sais que les efforts écologiques ont un coût sans effet immédiat mesurable pour nos
concitoyens. Notre responsabilité pourtant nous commande
désormais d’ouvrir les yeux. Collectivement.
Durant la dernière campagne présidentielle, j’ai soutenu, par
discipline de parti, plus que par conviction je dois l’avouer, le
candidat Benoit Hamon. J’ai voté pour lui au premier tour de
l’élection présidentielle alors que plusieurs de ses idées n’étaient
absolument pas les miennes. Je pense en particulier à l’instauration d’un revenu universel qui va à l’encontre de la conception
que je me fais du travail et de la justice sociale… Mais là n’est
pas mon sujet, et si j’ai aussi voté pour le candidat Hamon, c’est
parce que les mérites de son programme étaient surtout écologiques. Il y était en effet question de rénovation urbaine et
thermique, de développement de la sobriété énergétique, de développement des énergies renouvelables, de lutte contre l’artificialisation des sols, de sortie progressive du nucléaire, de constitutionnalisation des communs, de promotion de l’économie
circulaire, de création d’un conservatoire des terres agricoles,
de la défense du bien-être animalier… Aucun autre candidat
n’a su porter mieux que ce candidat la question écologique au
sein du débat public au cours de cette élection, avec pourtant
les résultats électoraux désastreux que l’on sait… C’est dire le
chemin qu’il nous reste collectivement à accomplir.
Et si nous sommes tous d’accord pour considérer que les efforts doivent être portés, mesurons ensemble que ces efforts
ont un coût qui n’engendre pas nécessairement d’immédiat en
termes de résultats. Cela est d’ailleurs si vrai que les politiques
– soyons francs – survolent la question. Dans un article du journal « Le Monde » en date 28 août 2018, Daniel Boy, Directeur
de recherche émérite au Cévipof et spécialiste de l’écologie politique, rapportait le propos suivant :
« Ils parlent vaguement d’écologie depuis trente ans, mais
jusqu’à présent aucun parti politique, ni de droite ni de gauche,
n’a intégré le problème du réchauffement climatique. A droite,
il est minoré. [L’ex-premier ministre] François Fillon ne disait rien sur le sujet, et le président des Républicains, Laurent
Wauquiez, affirme qu’il ne veut pas d’écologie politique. A
gauche, le Parti socialiste sous-traite le problème aux Verts depuis des années, et le Parti communiste français s’en est longtemps totalement désintéressé. Jean-Luc Mélenchon est l’un
des seuls qui semblent prendre cet aspect en compte dans son
programme. Mais il défend une écologie radicale n’ayant plus
rien à voir avec le développement durable, qui consiste à trouver des accords avec les entreprises. Cela convient à une partie
des écologistes, mais pas à tous. Quant à l’écologie politique,
c’est-à-dire les Verts, ils sont aujourd’hui dans une position très
réduite (…) ».
Bref, pour éviter ces écueils, qui sont liés à des considérations
strictement électoralistes (et c’est là le drame…), je pense qu’il
faut au niveau de la ville et sur toutes ces questions, associer les
habitants au plus près de la décision politique, soit par la mise
en œuvre d’une politique participative d’envergure, soit encore,
par le recours au référendum citoyen. N’ayons pas peur du débat et de l’expression des opinions, même si nos points de vue
divergent, même si cela n’est pas conforme à nos aspirations et
que l’opposition trouve là le moyen d’y faire son nid. Je pense
que la démocratie peut nous aider à trouver les chemins et les
solutions pour la sauvegarde de l’intérêt général. Je suis de ceux
qui pensent qu’il faut faire confiance aux gens, à leur bon sens,
et que le fait d’être élu n’interdit surtout pas de pouvoir se tourner vers les habitants si cela le justifie.
Et les questions environnementales et de transitions écologiques sont celles qui justifient le plus à mes yeux ce type de
consultations. Essentiellement parce que le citoyen doit aussi
pouvoir arbitrer à cette occasion le coût induit de la dépense,
et partant le renoncement qu’il y a à mener telle ou telle action
en raison de cet effort budgétaire favorable à l’écologie. Je ne
citerai qu’un exemple pour illustrer ma pensée. Le Maire s’est
engagé à la réalisation d’un terrain synthétique pour la pratique
du football. Un engagement qui n’a pas été honoré au cours du
mandat 2008-2014 et qui a déterminé – à raison – de nombreuses
déceptions de la part de la JAA. En tant qu’ancien adjoint aux
finances je sais que l’année 2019 permet à la ville de retrouver
un certain nombre de marges de manœuvres grâce à l’arrivée
à échéance d’un emprunt important qui avait été souscrit par
la ville. A la faveur de cette bouffée d’air, et via le concours financier d’autres partenaires, le terrain synthétique devrait être
réalisé en septembre 2019 (si l’on s’en tient à ce qu’a promis la
municipalité lors de l’assemblée générale de la JAA en décembre
2018). Une date qui n’est pas innocente si l’on mesure que les
élections municipales se dérouleront en mars 2019… Si l’on
peut regretter que la volonté politique de voir aboutir ce projet
reste électoraliste, l’on ne peut que se féliciter de sa concrétisation tant ce projet a été par le passé remisé malgré les promesses qui avaient été formulées année après année. Le montant
total des travaux s’élèvera donc à 1 570 800 euros TTC, une
dépense qui sera supportée par des subventions à hauteur de
66 % dans des configurations qui restent principalement les
suivantes : 31,4 % par la MEL, 23% par le Conseil départemental du Nord, 7,6% par la Région des Hauts-de-France, 4,6 %
par la Fédération française de football (Cf. La Voix du Nord du
21 décembre 2018). Il restera donc à la commune une dépense
voisine de 690 152 euros TTC laquelle pèsera nécessairement
sur les finances de la ville pour les prochaines années (surtout
s’il est recouru à un nouvel endettement pour la ville). Dans ce
dossier, l’important demeure en tout état de cause, au-delà de la
politique sportive et des considérations politiques que j’ai évoquées, la qualité du revêtement choisi puisque l’on sait, depuis
l’enquête du magazine Envoyé spécial, que des risques sanitaires existent sur ce type d’équipement. La potentialité toxique
de ces terrains a d’ailleurs déterminé que plusieurs villes américaines, dont New-York, renoncent à ces revêtements constitués
de granulés de caoutchoucs issus de pneus recyclés. La ville de
Paris elle-même a refusé la réalisation de plusieurs terrains pour
ces mêmes raisons. Si l’on s’en tient à ce qu’évoque la municipalité (et il n’y a pas de raison de ne pas la croire), le revêtement
choisi pour le terrain synthétique d’Armentières, répond à des
normes qui écartent tout risque sanitaire. Le principe de précaution suppose que l’on reste ce faisant prudent et qu’en tout
état de cause la population soit parfaitement rassurée, précisément parce que la santé de nos enfants est en cause. Compte-tenu de ces enjeux sanitaires et écologiques, l’on avait à mon sens
tout à gagner à associer les Armentiéroises et les Armentiérois
plus en amont, pour permettre à chacun d’être partie prenante à
la décision finale et d’être parfaitement rassuré. C’est en tous les
cas une méthode qui aurait eu ma préférence et qui me semble
avoir du sens tant les questions me paraissent importantes pour
la ville et pour tous ceux qui utiliseront le terrain synthétique.
Mais ce n’est là qu’un exemple isolé et la question de la « durabilité » de la ville dépasse de beaucoup les enjeux qui peuvent
exister çà et là sur nos territoires.
En effet, et à ce jour, la ville d’Armentières limite ses actions
à la mise en œuvre d’un Agenda 21 et au souhait qu’elle émet
de vouloir développer une éco-responsabilité. Le premier outil vise à collecter un certain nombre de mesures favorables à
l’environnement qu’il conviendrait d’appliquer. Le second outil vise à sensibiliser aux bons réflexes à adopter en matière de
développement durable. Mon avis est que ces dispositifs restent
absolument insuffisants par rapport aux enjeux qui sont devant
nous et qui impacteront l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. La ville durable ce n’est pas l’addition de dispositifs, car précisément la question du développement durable, de
la transition écologique et de la protection de l’environnement
doit nécessairement s’aborder de manière « systémique », c’està-dire globalisée, en intégrant l’ensemble des politiques qui
sont mises en œuvre sur le territoire.
Je voudrais citer à cet égard l’exemple de la ville de Lomme.
A l’occasion des législatives de 2017, Roger Vicot m’a sollicité
pour diriger et coordonner sa campagne électorale. Le premier
travail auquel je me suis attelé en tant que directeur de campagne a consisté à décrypter les politiques qui étaient mises en
œuvre sur Lomme, l’idée poursuivie étant de m’approcher au
plus près des aspirations du candidat et de pouvoir décliner avec
lui un programme cohérent sur la circonscription. C’est à la faveur de cette recherche que j’ai pris connaissance de la politique
« Ville en Transitions ». Une politique en 4 axes visant à inscrire
individuellement et collectivement les habitants et forces vives
du territoire sur des thématiques intéressant respectivement :
l’écologie et l’environnement, l’économie et l’emploi, l’éducation et la citoyenneté et enfin, le numérique. Au travers de ces
grands items, la ville de Lomme traite de la question de « la ville
durable » en évoquant l’habitat, l’alimentation, les transports,
les mobilités, les modes de consommations, l’économie, le logement, la citoyenneté, la santé… etc., toujours par le prisme
de la transition et dans une logique de mieux vivre et d’amélioration du cadre de vie. C’est de cette façon-là, me semble-t-il,
qu’il faut à Armentières aborder ces questions, c’est-à-dire de
manière transversale et globale, en lien avec tous les habitants
et tous les acteurs de la ville (associations, commerçants, entreprises, artisans…).
Ce que je veux exprimer c’est surtout la nécessité de voir aborder la question de la ville durable au travers de toutes les politiques qui sont mises en œuvre dans la ville et non pas seulement
en égrenant, ici et là, quelques mesures pour se donner l’alibi
d’être respectueux de l’environnement et de sa sauvegarde. Il
serait d’ailleurs possible en amont d’organiser une sorte d’audit
de notre territoire en associant le maximum d’acteurs et avec
l’ambition de dresser un état des lieux de tout ce qui se fait en
la matière dans notre ville. A partir de ce Grenelle armentiérois,
qu’il conviendrait d’organiser le plus largement qui soit, il serait possible de fixer collectivement des objectifs pour la ville,
avec un calendrier clair et partagé, identifiant toutes les mises
en œuvre possibles sur lesquelles s’accorderaient l’ensemble des
acteurs. De cette manière-là, nous serions capables de fédérer
les énergies et plus que cela, de faire culture commune en suscitant un effet d’entraînement. Et cette méthode me paraît en
l’occurrence essentielle. Car la ville durable (d’une manière générale), dès lors qu’elle nous concerne tous et qu’elle nécessite
les efforts de tous, doit associer le plus grand nombre pour être
comprise et acceptée. Cela me paraît absolument essentiel.
Mais là encore, seule la volonté politique peut permettre de
donner l’impulsion. Car ainsi que j’ai voulu intituler le présent
chapitre, la ville durable c’est avant tout une ville désirable. Cela
signifie que la volonté politique demeure indispensable et qu’il
ne sert à rien de s’émouvoir sur le sort de notre environnement
si, en tant qu’élu, cette question n’est pas priorisée. Et l’on ne
peut pas dire que l’on priorise cette question quand on propose
par exemple aux Armentiérois de supprimer l’espace vert à l’arrière de l’Hôtel de ville pour y refaire un parking.
La ville durable c’est donc avant toute chose, une volonté. Celle
qui consiste à vouloir intégrer la dimension écologique et environnementale à toutes les politiques qui sont mises en œuvre,
et principalement, ainsi que j’ai déjà pu l’indiquer, à celle de la
politique de l’habitat. En effet, la superposition de programmes
de logements, qu’ils soient sociaux ou non du reste, n’est précisément pas la meilleure des réponses à la question environnementale. Il conviendrait d’ailleurs et dans ce cadre d’agir à deux
niveaux.
En premier lieu, il faut tout faire pour favoriser les initiatives
qui seront celles des bailleurs pour améliorer l’habitat existant.
Un exemple existe – mais ce n’est pas le seul – celui de la réhabilitation spectaculaire de la résidence Ile de Flandre située rue
du Pont de bois. Les habitants profitent au final d’une isolation
renforcée avec notamment le remplacement des menuiseries
extérieures, des systèmes de ventilation, du mode de chauffage
collectif électrique, et des mises aux normes qui concernent les
installations électriques et les réseaux de distribution d’eau potable. Le résultat est, qui plus est, directement profitable aux
locataires en termes d’économies de charges.
En second lieu, il convient de contrecarrer l’urbanisation galopante qu’a connu la ville ces dernières années, en trouvant
désormais des respirations dans les quartiers par des aménagements de parcs sécurisés, de squares ou de zones végétalisées
permettant, au-delà des bénéfices environnementaux, de desserrer les tensions urbaines, d’améliorer le cadre de vie des habitants et d’alléger les services publics pour les rendre plus efficients qu’ils ne le sont. Des exemples existent à Armentières. Il
est possible de citer dans le quartier des Prés du Hem, l’espace
qui relie la rue de Messines et la rue Marceau lequel a été végétalisé et sécurisé. Il faut dès lors, et plutôt que de multiplier sans
fin les logements, offrir désormais des aménagements de ce type
pour les familles qui pourraient y trouver du mobilier urbain,
des aires de jeux destinés aux enfants et tout ce qui rend la vie
plus agréable et la ville plus belle. Cela fait sens et correspond à
un réel besoin pour Armentières et pour les Armentiéroises et
les Armentiérois.
Mais tout cela ne peut s’inscrire que sur du long terme et impose
beaucoup de pédagogie. Cela nécessite enfin, et je n’y reviens
pas, une gouvernance partagée associant le plus grand nombre à
la réussite d’un objectif qui nous est commun, car la ville, pour
n’être la propriété de personne (et cela me semble important de
le rappeler), est avant toute chose, la propriété de tout le monde.

Le stationnement, enjeu de pédagogie

Ce livre veut dire « voilà ce que je suis et voilà ce que je pense ».
Mais il veut dire aussi « voilà la situation de notre ville et voilà
ce qui me semble être bon à sa destinée ». En matière de stationnement il serait extrêmement facile et confortable de critiquer
et de se mettre, comme l’on dit de manière familière, « du bon
côté du manche ». Ce n’est pas là ma conception de la politique et je ne veux ni dévoyer ma pensée ni céder à la facilité.
En abordant la question du stationnement je veux donc dire
que je suis absolument favorable au stationnement réglementé
à Armentières. Mais cela mérite d’être expliqué, d’autant que
le sujet reste extrêmement passionnel et qu’il donne lieu à de
fausses-vérités comme à des mythologies de tous genres, même
parmi les élus et c’est là le pire.
Préalablement à toute chose il me semble important d’insister
sur le fait qu’en matière de stationnement, il reste essentiel de
n’opposer quiconque à personne. En l’occurrence, il est indispensable de ne pas renvoyer dos à dos les commerçants, les
riverains, et les usagers. Précisément parce que la question du
stationnement rejoint celle du partage de l’espace public lequel,
pour n’appartenir à personne, appartient à tout le monde. Tout
le monde doit donc pouvoir en profiter et il est normal que des
règles existent pour l’organiser si cela se justifie.
Qui plus est, il est primordial à mon sens de rappeler quelques
évidences. La première est qu’en 1960 le nombre de voitures en
France était de 6 240 000. En 1970, ce nombre était de 13 710
000, puis en 1980, de 20 990 000 et au 1er janvier 2017 de 39 140
000. A ce constat se surajoute un autre qu’il n’est pas vain de
rappeler : les rues sont les mêmes depuis des décennies. A partir
de là, la place de la voiture dans la ville s’est posée au fil des ans
avec acuité et ce qui n’était pas un sujet il y a cinquante ans,
l’est désormais. Cela peut paraître anecdotique ou même simpliste de le rappeler. Ce n’est pourtant pas le cas et les pouvoirs
publics ne se sont finalement saisis de la question du stationnement que très récemment pour permettre à chacun, et donc à
tous, de partager l’espace public.
Par ailleurs, et cela me semble tout aussi important à rappeler, les
problématiques de stationnements sont diverses et les réponses
doivent à chaque fois pouvoir s’adapter alors que la réglementation reste, en elle-même, unique. Ce faisant le stationnement du
cœur de ville n’est pas le même que celui qui existe aux alentours
de la gare, ni le même aux abords des établissements scolaires de
la ville. Or, il n’est pas possible d’organiser une rupture d’égalité
entre les citoyens. Il est donc fondamental de mettre en œuvre
une réglementation qui permette de répondre au plus près de situations qui peuvent pourtant restées très éloignées les unes des
autres.
Il est enfin indispensable – et le mot n’est peut-être pas assez fort
pour l’exprimer – de rester au contact de la population sur cette
question pour écouter, dialoguer et expliquer les solutions retenues ou les amender en lien avec les Armentiéroises et les Armentiérois. En parcourant les réseaux sociaux, je suis toujours
très surpris par les passions qui s’expriment et les raccourcis qui
sont faits par les uns et par les autres en matière de stationnement,
sans réelle connaissance du sujet du reste et au prix de nombreuses
caricatures. Cela mine notre démocratie et altère la perception
même du stationnement dans l’esprit des Armentiérois.
Ces préalables étant fixés, je crois que pour appréhender la
problématique du stationnement, il reste pertinent d’aborder
la question dans sa chronologie. Initialement le stationnement
était à Armentières gratuit. Intégralement. Le nombre de voitures l’autorisait comme je viens de l’indiquer. La configuration
des places du centre-ville constituait par ailleurs un réservoir
naturel pour stationner les véhicules. Trois larges places goudronnées s’étalaient aux pieds de l’Hôtel de Ville. Chacun se
souviendra qu’il n’y avait plus d’arbres à cette époque et que les
voitures avaient fini par dominer très largement l’espace public.
Un temps, et même si cette mer de voitures n’était pas forcément très heureuse en termes de cadre de vie, les Armentiérois
se sont satisfaits de cette situation. Peu à peu néanmoins, les
places sont restées enkystées par des voitures ventouses et des
mécontentements se sont fait connaître. Le Maire de l’époque,
Claude Hujeux, a alors décidé de régler ce problème. Et il a eu
raison. L’idée qui prévalait était celle du commerce local qu’il
fallait absolument soutenir et qui restait pénalisé par ces phénomènes. Parce qu’une voiture ventouse fait perdre nécessairement une opportunité de stationnement pour un consommateur potentiel. Il était dès lors impératif de trouver une solution.
C’est de cette manière-là que les zones bleues sont apparues
à Armentières. Déjà à l’époque, cette mesure pouvait paraître
impopulaire. Car cette réglementation, pour être respectée,
nécessitait des contrôles et donc de potentielles amendes. Et
personne n’aime à s’acquitter d’une amende. A ce titre, démasquons immédiatement une idée reçue qui avait déjà cours : si
la municipalité assumait la responsabilité du stationnement,
l’Etat était le seul à encaisser le fruit des amendes. Autrement
dit, le mécontentement des automobilistes verbalisés était nécessairement pour les élus et eux seuls. La mise en œuvre de
cette réglementation procédait donc d’une responsabilité politique pour sauvegarder l’intérêt général. Jamais, il ne s’est donc
agi dans l’esprit de la municipalité de faire de la question du
stationnement, un enjeu de recettes. C’est la raison pour la-
quelle, et considération prise de la détermination du Maire pour
soutenir les commerçants, la mesure restait intrinsèquement
courageuse tant les humeurs défavorables contre le stationnement réglementé étaient, déjà à cette époque, nombreuses.
Par la suite, et personne ne l’ignore, la requalification des places
du centre-ville, à compter de 2008, a déterminé que l’on aménage les places pour créer sur l’une d’entre elles une fontaine
et sur l’autre un espace vert. La troisième place a conservé
sa dimension de parking dans des configurations contenues.
Nombre de personnes regrettent ces aménagements. Je ne partage pas cet avis. Si le choix d’une fontaine peut être discuté
(surtout si l’on mesure l’utilisation véritable qui en est faite
tout au long de l’année, c’est-à-dire extrêmement résiduelle),
je pense, contre l’avis général, que l’espace vert à l’arrière
de l’hôtel de ville, végétalise notre cœur de ville et reste préférable à un parking. Peut-être pourrions-nous envisager
de mieux organiser cet espace de gazon pour permettre aux
Armentiérois de davantage se l’approprier et éviter par
ailleurs qu’il ne devienne un « crottoir ». Pour autant, la place
de l’homme reste selon moi toujours préférable à celle des voitures, surtout si l’on mesure que notre Hôtel de ville est classé
au patrimoine mondial de l’UNESCO et inscrit à l’inventaire
du patrimoine historique. On ne peut pas non plus prétendre
vouloir favoriser l’environnement, la santé des Armentiérois
et n’avoir à proposer que de remettre des parkings aux pieds
de la mairie (surtout si l’on peut le faire en proximité immédiate, comme avec la percée entre Foch et Delattre de Tassigny).
D’ailleurs, cela reviendrait à revivre la situation telle que nous
l’avons connue auparavant avec une étendue de voitures. Je
crois sincèrement que cela n’embellirait pas notre ville, ni ne favoriserait véritablement le commerce local comme je l’explique
plus loin. Il conviendrait cependant d’imaginer des solutions
pour que les Armentiérois s’approprient davantage ces espaces,
le cas échéant en organisant des aménagements profitables aux
familles comme aux jeunes et moins jeunes… mais là n’est pas
l’essentiel de mon propos et je veux rester centré sur la question
du stationnement.
Le choix qui a donc et quoi qu’il en soit été fait par le Maire
après la requalification des places du centre-ville, est demeuré celui du stationnement payant. Précisément parce qu’il était
nécessaire de renforcer les rotations, toujours dans cette perspective de soutien au commerce local et au nom de l’attractivité de notre cœur de ville. J’ai déjà exprimé que ma conviction première était que la difficulté du commerce local restait
très directement connectée à la paupérisation de la population.
Avec un taux de pauvreté à Armentières de 23,9 %, soit presque
près d’un Armentiérois sur quatre, il y a nécessairement moins
de pouvoir d’achat et cela se ressent inévitablement auprès du
commerce local. Le véritable levier de la revitalisation de notre
commerce n’est donc pas le stationnement contrairement à ce
que les uns et les autres prétendent. Pour autant, nul ne peut
contester qu’il s’agit là d’un outil parmi d’autres destiné à améliorer les rotations en centre-ville et dès lors, qui favorise le
commerce.
Ce stationnement payant est pourtant mal né à Armentières.
Et il faut avoir la mémoire de ces années d’implantation pour le
comprendre. Le stationnement payant en effet s’est inscrit dans
un moment qui est resté pénible pour les commerçants lesquels
avaient subi pendant presque deux années des travaux conséquents liés à la réalisation des nouvelles places du centre-ville.
Personne ne peut contester que c’était, au final, pour un mieux.
Mais personne ne peut minorer les difficultés auxquelles sont
restés confrontés les commerçants pendant une période qui est
restée très importante. Il faut entendre cette vérité là et le fait
que c’était un moment particulièrement difficile générant des
pertes d’exploitation pour les commerçants. La clientèle ellemême a dû composer avec ces travaux. Une accessibilité restreinte ne favorise pas les déplacements et on ne peut minorer
l’impact des travaux sur l’état d’esprit général des clients qui
finissaient aussi par renoncer à se rendre à Armentières pour
éviter les tracas rencontrés alors en centre-ville. C’est humain et
cela se conçoit. Or, c’est à l’issu de ce long processus de travaux
(qui s’est déroulé pendant presque deux années) que le stationnement payant a été implanté en ville.
Les commerçants, les premiers, ont alors mal vécu ce basculement au payant, entretenus dans ce sentiment par le discours
des usagers qui ne percevaient pas la logique de cette réglementation ou n’en percevait qu’un côté négatif lié au fait de devoir
désormais mettre la main au porte-monnaie. Les riverains euxmêmes étaient amenés à alimenter ces craintes avec la mise en
œuvre d’obligations nouvelles qu’ils ne mesuraient pas nécessairement. Ajoutez à cela quelques contraventions et une crise
économique qui s’est durablement installée, et le stationnement
payant est très rapidement devenu le coupable idéal de tous les
maux. Ce sont ces raisons qui ont pollué le débat dès l’origine et
l’information donnée par la ville, pour n’être que descendante,
a fini par déterminer des levées de boucliers et une pétition qui,
à l’époque, a fait grand bruit malgré les interprétations qui ont
pu en être faites par la suite…
Ce que je retiens, c’est une perception du stationnement payant
qui demeure encore aujourd’hui tronquée, alors même que les
tarifs restent très largement inférieurs à ceux qui sont pratiqués
dans d’autres villes de la même strate qu’Armentières. Les usagers continuent par ailleurs de ne pas comprendre la pertinence
du dispositif alors que les rotations sont pourtant effectives et
favorisent inévitablement la consommation en direction des
commerces armentiérois tandis que les riverains profitent d’une
gratuité pour leur véhicule.
Malgré des assouplissements importants, avec notamment la
gratuité du stationnement après 15 heures le samedi puis sa gratuité dès 12h depuis la fin de l’année 2018, et la baisse des tarifs
depuis le 1er janvier 2018 à la faveur de la mise en œuvre de la
réforme légale du stationnement payant, les passions sont encore importantes, et beaucoup d’Armentiérois associent les difficultés du commerce local à la mise en œuvre du stationnement
réglementé. Je ne partage pas cet avis pour les raisons que j’ai
déjà développées. Je relève du reste que les commerçants euxmêmes ont parfaitement compris que la rotation des véhicules
restait profitable à leurs activités. Certains, qui étaient d’ailleurs
d’accord avec le stationnement payant, évoquent désormais la
possibilité d’un retour à la zone bleue. Je suis d’accord pour
que cette solution soit collectivement réinterrogée et même expérimentée. Toutefois je reste dubitatif en raison des contournements que cette réglementation engendre et qui ont déjà été
constatés par le passé.
Mais l’important n’est surtout pas d’avoir raison ou tort en la
matière. L’important c’est la pertinence d’un dispositif qui préserve l’intérêt général et qui soit accepté de tous. Cela suppose
du dialogue, de la concertation et de la démocratie. Et j’affirme
qu’il est encore temps de renouer le lien avec les commerçants,
les usagers et les riverains sur cette question déterminante du
vivre ensemble. Il faut surtout s’en donner les moyens et accepter de considérer que la vérité reste nécessairement partagée. C’est-à-dire qu’il faut considérer que des modifications
peuvent être apportées et que rien n’est figé dans le marbre en la
matière. C’est de cette manière-là que nous parviendrons à faire
face aux difficultés et non pas en restant crispé sur l’application
de règles intangibles, ou à l’inverse en proposant des solutions
populistes qui desserviront au final l’intérêt général. C’est là ma
conviction profonde.
Il reste, en périphérie du centre-ville, des zones en tension dont
il faut nécessairement se préoccuper. Ces zones sont restées gratuites mais réglementées par la mise en œuvre de zones bleues
(avec toujours le système de cartes pour les riverains). Par capillarité certains problèmes de stationnement se sont donc peu à peu
reportés. A certains endroits, le stationnement est un vrai cassetête. Les rues Jules Lebleu et Massennet en sont des exemples
aigus. Mais ce ne sont pas les seules rues qui sont en difficulté
en matière de stationnement. Plusieurs phénomènes se coagulent. L’étroitesse des rues avec une juxtaposition de maisons de
type « 1930 » aux façades étroites, des établissements scolaires
concentrés, des équipements aux populations en proximité, une
concentration de foyers avec plusieurs voitures, certaines maisons qui ont été transformées en plusieurs appartements sans
affectation de place de parkings… A chaque fois, il faut pouvoir
offrir à tous la possibilité d’un stationnement favorable et, sachons le reconnaitre, les règles mises en œuvre, si elles sont censées répondre à la préservation de l’intérêt général (et du plus
grand nombre) ne sont pas satisfaisantes pour tout le monde.
En tant qu’adjoint au maire délégué au stationnement j’ai souvent été interrogé en périphérie du cœur de ville et dans ces zones
en tension, principalement par les riverains. Je n’ai jamais refusé
le dialogue. Bien souvent il m’était demandé par plusieurs habitants un changement de réglementation. Je choisissais alors de
rencontrer l’ensemble des habitants de la rue concernée par cette
demande. Même si cela peut paraître évident, il s’est toujours
agi pour moi d’une démarche qui s’effectuait « a priori » et qui
dès lors sous-entendait que l’on n’ait pas délibéré en conseil
municipal sans s’être inquiété de l’opinion des habitants. J’ai
souvenir du quartier des écoles, en bordure du centre-ville, qui
a donné lieu à des évolutions importantes comme par exemple
avec la rue Paul Hazard qui a basculé en zone de stationnement
réglementée alors que jusque-là elle était absolument gratuite.
Mais la concertation ne suppose pas automatiquement la modification de la réglementation. Ainsi, et par exemple, rue Butin,
la majorité des riverains n’avait pas souhaité de modification et
manifestait vouloir conserver la gratuité qui s’appliquait à leur
rue. C’est en écoutant les gens et en tenant compte de leur opinion que l’on parvient à faire accepter les règles du stationnement et l’expérience a montré que cette méthode était la bonne.
En septembre 2018, un changement de réglementation dans
le quartier Saint Roch (notamment rue Mahieu) a soulevé un
véritable tollé de la part des riverains. Précisément parce qu’à
mon sens, les habitants n’avaient pas été concertés en amont
de la modification de la réglementation. La seule information
qui leur avait été réservée, était demeurée postérieure au changement de réglementation. Cela ne pouvait que susciter le rejet
de la part des riverains qui, du jour au lendemain, ont vu apparaître une zone bleue dans leur rue sans avoir été consultés.
Cela témoigne une nouvelle fois du besoin d’écoute et de pédagogie que suppose ce type de réglementation. D’ailleurs, les
riverains ont des demandes parfois très précises. Ils souhaitent
par exemple que l’on examine les conditions par lesquelles il est
possible d’obtenir une carte de stationnement supplémentaire,
ou simplement que l’on considère le fait qu’ils ont un garage
mais plusieurs véhicules… Je suis personnellement ouvert à
toutes les solutions. Mais je pose une seule et unique condition : la préservation de l’intérêt général. Cela suppose de ne pas
craindre de savoir dire « non » à quelques intérêts particuliers.
Mais là encore, il faut faire confiance aux gens. Car ils comprennent l’ordre des choses. Même quand cela peut contrarier
leur propre intérêt.
Un autre endroit de la ville qui pose singulièrement difficulté en
matière de stationnement est celui du quartier de la gare. Et le
problème se pose avec acuité dans la mesure où l’accès au parking relais est désormais réservé aux usagers de Transpole et de
la SNCF. Ce mode de fonctionnement qui est loin d’être satisfaisant car il pénalise les riverains et tous ceux qui sont amenés
à devoir se rendre dans ce quartier, notamment pour y travailler.
A cet endroit précis, il est essentiel et primordial d’obtenir de
la MEL, qui est propriétaire des terrains, l’aménagement d’un
second parking relais sur l’ancien site Unéal qui s’achève rue de
l’Abbé-Doudermy. Un parking jumeau aurait pour moi plusieurs avantages. Il permettrait d’absorber la problématique
du stationnement (ce qui est essentiel), tout en constituant une
protection naturelle contre les bruits des trains et en offrant un
aménagement de qualité sur un site qui est souvent sujet à des
dépôts sauvages importants. La solution évoquée d’un parking
goudronné – dans le prolongement de celui existant – serait un
moindre mal mais, à mon sens, une moins bonne solution qu’un
parking relais sécurisé pour les raisons que je viens d’évoquer.
Après un comptage réalisé par les services de la Métropole, qui
a identifié un besoin de 2000 places dans le quartier, la MEL
vient de valider le principe d’un prolongement du parking relais
existant. Mais l’on ne sait pas quel aménagement sera finalement retenu, 350 places étant a priori réservées (Cf. La Voix du
Nord du 28 décembre 2018). Il faut donc rester actif sur ce dossier. Cela concerne surtout les élus communautaires de notre
ville qui doivent se mobiliser pour obtenir que ce nouveau parking réponde aux attentes légitimes des Armentiéroises et des
Armentiérois.
Quels que soient les quartiers et les rues concernées, la question
demeure néanmoins la même : comment dans le contexte que je
viens de rappeler, pouvons-nous améliorer les choses ? Je pense
qu’il faut en premier lieu retourner au contact des habitants,
des commerçants et des usagers. Il faut renouer avec chacun le
dialogue. L’essentiel à mes yeux consiste à se montrer à l’écoute
des gens et dans un état d’esprit permettant de considérer qu’il
est possible de modifier la réglementation. Il ne faut en la matière éluder aucune expérimentation car rien ne doit procéder
d’une posture d’opinion. J’ai été, encore récemment, interpellé
sur la possibilité d’obtention de deux cartes de stationnement
pour les riverains, ou même sur la possibilité d’obtention d’une
carte si l’on est propriétaire d’un garage. Il faut repositionner
les sujets et concerter les citoyens, encore et encore, pour le cas
échéant faire évoluer la réglementation si cela s’avère opportun
et conforme à l’intérêt général. Ma conviction est que, quelles
que soient les décisions prises, une réglementation concertée
(au vrai sens du terme) reste nécessairement une réglementation
plus acceptée.
Il faut en deuxième lieu, refaire de la pédagogie quant à la proximité de certains parkings gratuits. Parfois, et cela est exact, il
n’est pas possible d’être trop loin du commerce pour lequel on
vient en ville. Parce que l’on a des enfants en bas âges, parce que
l’on est en situation de handicap, parce que tout simplement on
a du mal à se déplacer… Quelquefois, il n’est pas possible de
se garer loin de chez soi parce que l’on a des courses dans son
coffre et qu’il faut les décharger. Je suis d’accord avec tous ces
exemples. Mais si l’on accepte d’être sincère avec soi-même, il
est des cas où l’on peut marcher quelques minutes en acceptant de se garer un peu plus loin. On ne peut pas tout à la fois
revendiquer vouloir une ville verte et durable, respectueuse de
l’environnement et, dans ce même trait de temps, ne pas accepter de faire quelques mètres à pied. Il nous faut collectivement
rester cohérent et accepter de changer ses habitudes. Cela me
semble essentiel.
Reste une troisième mesure qui me semble devoir être envisagée : consigner le montant des recettes du stationnement payant
pour, une fois les frais de fonctionnement du dispositif amortis, flécher les éventuelles recettes des horodateurs et du forfait
post-stationnement, en direction d’actions visant à revitaliser le
commerce armentiérois. La loi a changé la donne et l’autorise
désormais. Pourquoi ne pas en profiter et dans ce cadre ne pas
adresser tout ou partie de ces fonds à l’association des commerçants pour favoriser des actions en direction du commerce local
? Une façon efficace de démontrer que le stationnement payant
n’est pas un enjeu de recettes et qu’il doit très directement profiter aux commerçants. J’ai la conviction que c’est en soutenant nos commerçants et en comprenant leur réalité que l’on
peut les aider mieux. C’est le B, A, BA. Et nous devons avoir
cette même analyse à l’égard des riverains. Je suis convaincu
qu’en appliquant ces propositions, c’est-à-dire en concertant,
en informant mieux et en fléchant tout ou partie des recettes de
stationnement sur la vitalité du centre-ville, le stationnement
réglementé pourra être mieux compris et donc mieux accepté.
Mais je le ré-affirme, il faut penser ce type de politique en replaçant au cœur de toute chose l’intérêt de la ville et des Armentiérois, sans succomber aux sirènes de la facilité, aux petits
calculs électoralistes ni même aux petites phrases relayées sur
les réseaux sociaux, ou encore aux solutions populistes que l’on
peut entendre. Cela suppose, au-delà du courage politique des
décisions qu’il faut assumer pour préserver l’intérêt général, un
travail de fond très important pour rester au contact de la population, non pas dans la posture de celui qui sait à l’égard de celui
qui ne saurait pas, comme le maître le ferait avec l’élève ; tout
au contraire, en adoptant une attitude d’humilité et en écoutant
précisément ce que les Armentiéroises et les Armentiérois, sur
ces questions, ont à dire. Parce que les élus sont au service des
habitants et que ce n’est évidemment pas l’inverse.

De la politique du logement dépendent les équilibres

J’ai déjà évoqué les difficultés qui étaient celles de la ville et la
position qui était la mienne par rapport aux programmations
multipliées de logements qu’Armentières a connues ces dernières années. Je considère que notre responsabilité est aujourd’hui de freiner et de contrôler la construction de logements
sociaux pour anéantir le phénomène de ghettoïsation dont sont
victimes certains quartiers de la ville. Cela signifie qu’il nous
faut inverser la tendance actuelle qui priorise la réalisation de
logements sociaux au détriment de l’accession à la propriété. Je
considère, parce que la configuration de l’habitat le justifie aujourd’hui, que nous devons véritablement « retourner la table »
et construire moins de logements sociaux et permettre plus
d’accession à la propriété. Cela nous permettra, à plus ou moins
long terme, de retrouver des équilibres et de concentrer nos efforts sur les populations en difficulté dans nos quartiers. C’est
de cette manière-là que nous pourrons renouer avec la mixité
sociale et que nous pourrons revitaliser, économiquement et
socialement, la ville.
Je sais tout l’émoi que suscitera cette position. J’en accepte l’augure. Parce que faire de la politique, selon la conception qui
est la mienne, c’est avant toute chose, faire œuvre de clarté, de
vérité et de responsabilité. Or, notre ville connaît un taux de
pauvreté sans précédent et Armentières s’en trouve aujourd’hui
singulièrement fragilisée. Près d’un Armentiérois sur quatre
est en situation de pauvreté. Notre responsabilité consiste à affronter cette vérité honnêtement avec de vraies solutions pour
y faire face. Et je considère que démultiplier les logements
sociaux dans des proportions importantes n’est absolument
pas responsable, notamment par rapport aux Armentiérois qui
sont déjà dans la difficulté et qui doivent pouvoir compter sur
le déploiement de politiques sociales et familiales d’accompagnement qui n’auront de sens que si nous sommes capables de
les mettre en œuvre. Or, nous ne pouvons pas circonscrire les
difficultés si nous ne contenons pas les productions de logements sociaux ni ne rétablissons certains équilibres. Personne
ne peut croire que donner un logement résout tout. Cela reste
essentiel, je n’en disconviens pas. Mais sans les moyens d’une
politique favorable nous échouerons et tout ce qui aura été fait
n’aura servi à rien. Il faut rester lucide et avoir le courage de
l’affirmer. C’est de cette manière-là que nous trouverons des
solutions aux problèmes qui se posent.
Et je le dis d’autant plus facilement qu’à Armentières, nous
avons absolument le droit de cette opinion. Nous dépassons
en effet très largement les seuils de 20% prévus par la loi en
termes de logements sociaux. Dans ce même trait de temps, il
faut relever qu’en 2015, la ville d’Houplines était à 13% de logements sociaux, la ville de la Chapelle à 14% et la ville d’Erquinghem-Lys à 13%. On ne peut pas considérer que les efforts
soient, dans ces conditions, les mêmes entre les communes. Et
cela entame le vivre ensemble, la cohésion sociale et la mixité que promeut pourtant la République. Qui plus est, si nous
sommes la ville qui dispose du plus grand nombre de logements
sociaux, nous sommes surtout la ville qui connaît le plus de demandeurs de logements sociaux. Il nous faut donc retrouver
certains équilibres que ce soit sur notre territoire et au sein de
notre canton. Je n’ignore pas en la matière les objectifs dans lesquels la ville reste inscrite au titre de la Convention intercommunale d’équilibre territorial, de la Charte métropolitaine de
relogement et du Plan partenarial de gestion de la demande de
logement social et d’information du demandeur, qui restent des
documents cadres adoptés par la MEL, opposables en ce sens
à Armentières mais également aux autres communes du bassin. Précisément, je relève au travers de l’examen de ces documents, notamment au titre de la Convention intercommunale
d’équilibre territorial, que sont fixées d’une part les conditions
d’un meilleur accès au logement des ménages prioritaires et que
d’autre part, et surtout, est revendiqué un rééquilibrage territorial des attributions à l’échelle métropolitaine et par ricochet
de tous les territoires. C’est dire combien reste cohérent mon
propos qui ne vise pas à exclure, mais précisément, à éviter que
notre ville ne concentre toutes les difficultés et qu’une meilleure
répartition des logements sociaux soit assurée sur l’ensemble
des territoires. Car sans juste répartition il n’est pas de mixité.
Il nous faut donc respecter la loi en terme de seuils au titre de
l’offre de logements sociaux, et tout faire pour obtenir que les
communes en proximité y parviennent également. Il faut savoir que la Convention intercommunale d’équilibre territorial
permet d’appréhender les équilibres d’occupation à une échelle
fine (quartiers et résidences), et s’intéresse à l’ensemble des
demandeurs d’un logement social. En fonction de la fragilité́
des quartiers, qualifiée grâce à une analyse précise du profil des
ménages y résidant, des objectifs d’attributions sont fixés selon les ressources des ménages. Il faut donc s’appuyer sur ces
objectifs pour accorder les offres et les occupations. Mais nous
devons le faire de manière partagée, c’est-à-dire en relais des
autres communes qui nous sont immédiatement voisines. C’est
de cette manière-là que nous parviendrons à développer du logement social dans les secteurs les moins pourvus et à diversifier
l’offre dans les quartiers et les villes. L’accompagnement social
pourra surtout être plus concentré et donc plus efficace. Je suis
convaincu que par cette méthode, nous parviendrons à préserver le vivre ensemble, à favoriser la mixité́ et la cohésion sociale, et même à satisfaire les demandes d’accueil formulées par
tout demandeur de logement social, en partageant et en harmonisant la gestion des attributions des demandes de logement social à l’échelle de notre bassin. Je mesure que cela demandera du
temps. Je mesure que nous n’avons à Armentières aucune prise
sur les décisions des villes voisines. Mais je sais que les volontés
existent sur nos territoires et que les mentalités évoluent favorablement. J’ai confiance en l’intelligence collective de tous même
si je n’entends pas minorer les difficultés qui sont devant nous.
Et en disant tout cela, je veux que l’on ne s’y trompe pas, mon
ambition est surtout de favoriser les conditions d’une insertion
durable des ménages armentiérois qui vivent des difficultés prégnantes. Et je le fais avec ma conviction d’homme, c’est-à-dire
avec la certitude que si nous continuons dans la direction que
nous avons prise, nous ne serons plus capables d’être efficaces
pour ceux qui en ont le plus besoin et nous fragiliserons encore
davantage notre ville. Et cela, je m’y refuse.
Je veux aussi dire que des personnes sans difficulté particulière
peuvent bénéficier de logements sociaux. Je n’associe pas le logement social (ou économiquement accessible) à des difficultés
sociales. Un étudiant, une mère isolée… ne vivent pas des difficultés sociales justifiant un accompagnement particulier. Ces
catégories de personnes occupent ce type de logements parce
que leurs conditions de ressources le justifient. Mais je relève
que des familles en fragilité vivent dans des logements sociaux
et qu’il faut s’adresser à ces familles pour assurer un accompagnement global alliant l’insertion économique, la santé, l’éducation… Et nous ne pourrons assurer l’efficacité de nos politiques
que si nous parvenons à concentrer nos efforts sans nous éparpiller sans fin. J’en ai l’intime conviction.
Se surajoutent, à des problèmes de mixité sociale, des problèmes
de mixité ethnique qu’il faut dénoncer. La composition de certaines résidences en témoigne. Cela n’est pas digne de notre République et ne peut nécessairement que renforcer les difficultés
en cultivant un communautarisme exacerbé ou pire, en stigmatisant une partie de la population. Olivier Faure lui-même, premier secrétaire du Parti socialiste, évoquait en octobre 2018 sur
les ondes radio un phénomène de « colonisation à l’envers ».
Il indiquait alors précisément : « La difficulté ne tient pas aux
étrangers, mais à la politique du logement, à la façon dont on
a conçu les politiques. On a créé des ghettos où la mixité ethnique n’existe plus. La question, c’est comment est-ce qu’on
organise les choses, comment on ne laisse pas le terrain s’organiser tout seul, car ça donne le sentiment de regroupements
qui ne sont pas maîtrisés ». Il nous faut absolument être attentif
à ces phénomènes pour les enrayer. Même si cela demandera
du temps. Le tout est de ne pas les ignorer et d’accepter de regarder ces réalités en face. Et l’enjeu de mixité et de cohésion
sociale est d’autant plus important que nous ne parvenons plus
à convaincre certaines couches de la population de rester sur
Armentières. Depuis 2008, date à laquelle j’ai été élu la première
fois, le constat que je fais en matière de politique de logement
est le même : 500 dossiers constituent le fond de roulement du
service logement de la ville. Un nombre invariable qui ne cesse
d’être le même alors que le nombre de logements ne cesse de
croître et que la population stagne, voire diminue sur Armentières. On dénombrait 25993 habitants en 2012, 25978 en 2013,
25362 en 2014, 25066 en 2015. Quelle conclusion devons-nous
en tirer ? Elle peut être de deux ordres en définitive. Soit il s’agit
des mêmes demandeurs, circonstance peu probable en dix ans,
soit l’offre de logements sociaux ne permet pas d’absorber les
demandes. Mais alors, pour quelle raison la ville a vu, durant
cette même période, le taux de pauvreté augmenter de manière
aussi significative ? Il ne peut être fait qu’une conclusion à ces
constats : la part du logement social augmente tandis que la
part des logements du parc privé diminue, ce que confirme en
outre l’indicateur des droits de mutations qui reste relativement
important et qui révèle un nombre significatif de transactions
immobilières. La raison en est que la primo-accession reste importante en raison de l’attractivité des prix de cession, mais que
la ville ne séduit plus les ménages pour qu’ils choisissent de s’y
installer durablement. Après une première acquisition en effet,
les personnes vendent leur bien et, force est de constater qu’ils
rachètent ailleurs. Cela renforce les déséquilibres. Il faut donc
changer cette situation et convaincre les personnes qui ont fait
le choix de notre ville en y investissant une première fois, de le
faire pour toute la vie. Et nous n’y parviendrons que si nous
sommes capables de préserver le vivre ensemble et la cohésion
sociale en inscrivant les Armentiéroises et les Armentiérois
dans un véritable parcours résidentiel.
A partir de là, que devons-nous faire ? En premier lieu, temporiser certaines programmations. C’est une évidence. Peutêtre même faudra-t-il renoncer à certaines d’entre elles ? C’est
une question qui mérite d’être posée tant la situation semble
critique. Mais le fait est que nous ne pouvons pas non plus
tourner le dos à la construction de logements sur Armentières.
Notre ville, en tant que ville centre du canton, doit rester attractive en terme d’habitat pour les raisons que tout le monde
comprend. Au-delà de ce constat, il nous faut qui plus est, anticiper le vieillissement de la population qui ne cesse de croitre
et identifier qu’une large part des Armentiérois ne pourra disposer, dans les prochaines décennies, que du minimum vieillesse, c’est-à-dire d’un strict minimum en termes de ressources.
Toutes les études le démontrent et il indispensable d’anticiper
cette situation pour en assurer la maîtrise. Nier cette évolution
serait absolument irresponsable pour les générations futures.
Aussi, les programmations de logements collectifs que nous
devons d’ores et déjà calibrer doivent contenir un volant important de logements en accession à la propriété et ménager
une partie congrue de logements sociaux dont une réserve doit
être consentie aux personnes âgées. Pour que l’on comprenne
bien mon propos je m’autorise à préciser des proportions qui
peuvent à gros traits être les suivantes : 70% en accession à la
propriété, 30% en logement social dont 15 % fléchés sur du
logement réservé aux personnes âgées (PLAI Ressources). C’est
une négociation que la ville doit avoir avec la MEL en partenariat avec un bailleur identifié porteur du projet. Par ce biaislà, nous inverserons la tendance actuelle (qui, au contraire de
mon propos, maximise la part des logements sociaux à hauteur
bien souvent de plus de 60%). En conclusion, et en inversant les
tendances dans les configurations que je viens d’exposer, nous
retrouverons nécessairement des équilibres de mixité sociale
et de générations, tout en anticipant sur les besoins prégnants
auxquels nous devrons faire face dans les prochaines années.
Qui plus est, nous continuerons – dans des proportions maîtrisées – à faire face aux demandes de logements, considération
prise par ailleurs d’un parc existant très important. C’est cette
politique de l’habitat qui à mon sens doit désormais être mise
en œuvre sur la ville car elle me semble salutaire pour l’avenir
d’Armentières au titre de toutes les raisons que je viens d’exposer. Prendre conscience de cela c’est redonner un avenir à la
ville. J’en ai la conviction très intime.
A cette logique de la politique de l’habitat doit en correspondre
une autre consistant en la réalisation de maisons individuelles.
C’est une offre qui n’a pas été suffisamment développée sur
notre ville. Le plus signifiant projet est selon moi la création de
la ZAC du Bizet dont le succès a prouvé qu’il répondait à un véritable besoin. Et nous devons ré-imaginer ce type d’habitat sur
la ville pour renforcer plus encore la mixité et inscrire l’habitant
dans un véritable parcours résidentiel, depuis le logement collectif jusqu’au logement individuel. Et là aussi nous devons apporter du soin à nos programmations pour permettre à la ville de
demeurer attractive. Bien évidemment nous ne disposons pas de
réserve foncière et la ville doit sans cesse se recomposer sur ellemême. C’est une vraie difficulté qui engendre des problématiques nombreuses (déconstruction, démolition, dépollution…).
Pour autant, il est fondamental de pouvoir réimplanter ce type
d’habitat à Armentières pour étoffer notre offre de logements et
offrir des perspectives différentes de celles d’aujourd’hui.
En tout état de cause, l’enjeu qui doit être le nôtre ne doit
pas être celui de l’exclusion. Bien au contraire, nous devons,
par la politique maitrisée de notre habitat, retrouver une mixité
sociale et par là même, conforter nos quartiers. Et nous devons
le faire tout en anticipant les besoins de demain, notamment en
termes de vieillissement de la population. Mais tout est dans
tout. La politique du logement rejoint la politique du commerce
de centre-ville qui rejoint la politique du stationnement qui
rejoint la politique de la tranquillité publique… etc. Il ne sert
à rien de vouloir segmenter les politiques en pensant que telle
ou telle mesure sera en elle-même suffisante pour résoudre les
difficultés. C’est évidemment une vision plus globalisée et plus
articulée des politiques qui permettra à notre Armentières de
se grandir encore davantage. La seule attitude qui vaille n’est
donc pas celle de la posture, mais celle de la conscience des
difficultés. C’est la condition sine qua non de notre réussite
commune. C’est à partir de là que nous pourrons corriger ce qui
doit l’être. Et la politique de l’habitat, parce qu’elle configure
l’avenir de notre Armentières, doit impérativement emprunter
un chemin différent de celui d’aujourd’hui. Et cela passe nécessairement par une prise de conscience.

La dimension plurielle de la culture

La culture revêt par essence une dimension plurielle. Car elle
renvoie à des disciplines multiples qui, sans concurrence entre
elles, nourrissent l’Homme, le font grandir et l’émancipe.
En créant un pôle culturel sur Armentières, la municipalité
a porté l’ambition première de concentrer en un lieu unique
l’ensemble des disciplines qui participent à la politique
culturelle armentiéroise. Cela est resté pour moi une véritable
bonne idée.
Au-delà même de la praticité souhaitée de ce lieu unique
pour les familles, c’est surtout une forme d’effervescence culturelle qui est attendue pour la Ville et pour les
Armentiérois. Et cela ne peut qu’être profitable au service
public. Aussi les Armentiérois retrouvent là, l’école de
musique, les associations musicales (Les Trompettes Dévouées
et l’Harmonie du Commerce pour ne pas les citer) et la section
photos du Club Léo Lagrange. Rejoindront bientôt l’école
d’Arts, l’école de couture et bien d’autres activités encore. Tout
cela va donc dans le bon sens.
Mais quand j’évoque la pluralité de la culture, je veux aussi
indiquer que celle-ci ne l’est que si elle n’oublie pas l’expression
populaire qui doit également demeurer la sienne. Et je regrette
à cet égard les programmations – trop confidentielles – de notre
Vivat. Dans une ville comme la nôtre, où l’expression de la fête
est un fait majeur de l’identité armentiéroise, la culture doit
savoir demeurer populaire. Précisément parce que notre ville
est populaire. Dans ses quartiers comme dans son Histoire,
l’ADN de la ville est celui-là. Je n’entends pas renvoyer dos à
dos « les cultures ». Cette expression est d’ailleurs pour moi,
une ineptie. Parce qu’il n’est évidemment qu’« une culture » et
que la concurrence ne peut pas exister entre Anselm Kiefer et
Jean-Baptiste Poquelin dit Molière. L’un peint par saturation
des matériaux pour souligner la défiguration du monde. L’autre
a exploité la farce et la comédie pour dénoncer les mœurs de
ses contemporains. Leurs publics étaient différents et ce n’est
pas tant parce que ces deux artistes ne sont pas du même siècle.
Mais ensemble, ils ont indiscutablement ouvert (et ouvrent encore) le regard qui est le nôtre sur le monde. Alors, oui, je plaide
pour élargir le prisme, pour capter de nouveaux publics et fêter
la vie plus encore que nous ne le faisons depuis ces dernières
années. Parce que la culture c’est cela. La vie qui danse, qui
chante, qui « théâtre ». Et nous devons comprendre l’importance que cela revêt pour notre ville, pour les Armentiéroises
et pour les Armentiérois. Si l’on tend bien l’oreille, si l’on sait
écouter et que l’on prend le temps de regarder, il est perceptible que notre Armentières est devenue morose. Le mot peut
paraître fort. Pourtant, il ne l’est pas. Le sentiment qui prédomine c’est que notre Armentières s’est éloignée d’une identité dont elle ne perçoit plus aujourd’hui que des bribes venant
du passé. La nostalgie d’une certaine quiétude, d’un vivre ensemble joyeux et d’un temps jadis protégé du monde, a gagné
les esprits. Et les difficultés économiques, environnementales,
sociétales, démocratiques… que nous vivons confortent ce
sentiment et cette impression de glissement que nous vivons.
Or, à notre échelle, à Armentières, la culture peut nous aider
à reconquérir les cœurs. J’en suis très intimement convaincu.
Cela doit nous permettre de nous retrouver comme nous savions le faire et comme nous savons encore le faire. Rudy Gruson, avec le concert organisé par Mona FM, a montré que notre
ville pouvait accueillir des artistes à grands succès. Il faut que
le Vivat suive cet exemple et ouvre grandes les portes. Les Armentiéroises et les Armentiérois en seront reconnaissants, j’en
suis absolument certain. Et cela permettra de retisser un lien qui
semble aujourd’hui s’être délité en raison de discussions sans
fin sur la nouvelle configuration des places du centre-ville, le
stationnement payant, les difficultés du commerce local, la promesse pendant plus de 10 ans d’un terrain synthétique… Toutes
ces circonstances qui dans le quotidien, ont incontestablement
dégradé la relation que pouvaient avoir les Armentiéroises et les
Armentiérois avec leur ville. Il faut rétablir ce lien. Et si nombre
de politiques doivent être redéployées pour retrouver certains
équilibres ainsi que je l’ai déjà exprimé, la culture, sans aucun
conteste, doit prendre toute sa part dans cette reconquête du
lien qui unit la ville à ses habitants. Et le Vivat doit jouer un rôle
majeur à ce titre. Cela me paraît essentiel. Bien évidemment je
n’ignore rien des contingences administratives qui lient la ville
au titre de la gestion du Vivat. Mais la ville, important financeur
de cette structure (plus de 400.000 euros en moyenne chaque
année) doit pouvoir avoir son mot à dire dans le conventionnement qui la lie à la DRAC (Direction Régionale des Affaires
Culturelles). Cela ne signifie pas que la ville s’immisce dans telle
ou telle programmation. Cela signifie qu’elle puisse demander
d’élargir l’horizon de la programmation et qu’elle veille à une
démocratisation de la culture. Et si la contractualisation avec
la DRAC permet d’aspirer d’autres subventions d’importance
– en provenance de la Région, de l’Etat et de l’Europe – cela ne
doit pas signifier que ce regard de la ville n’existe pas. Nous
devons tout faire dès lors pour envisager des entre-deux et, si
le conventionnement ne peut être amendé, envisager d’autres
solutions pour obtenir des équilibres financiers permettant de
conjuguer une culture « cultivée » à une « culture de masse »
dans le dessin d’une culture plurielle, n’excluant personne et
ouvrant les bras au plus grand nombre. Mais là encore, seule la
volonté politique peut dénouer les choses et il faut en finir avec
« les petites phrases » que les uns et les autres se réservent dans
le seul objectif d’obtenir d’avoir raison. Seul doit compter l’intérêt des Armentiéroises, des Armentiérois et d’Armentières.
Je veux profiter de ce propos pour dire combien je suis triste
que Dany Boon, enfant d’Armentières qui a enthousiasmé des
millions de personnes à travers le monde, n’ait jamais pu revenir
dans sa ville autrement que pour rendre visite à sa famille, c’està-dire discrètement. Je suis persuadé pourtant que sa seule présence permettrait de fédérer les Armentiérois, de les rendre plus
fiers encore d’appartenir à cette terre d’Armentières. Parce que
Dany Boon fait partie de notre famille et que l’on vit forcément
moins bien de ne pas pouvoir recevoir ses enfants. Cet exemple
n’est pas anecdotique. Il est symptomatique d’une époque révolue et dont chacun peut regretter qu’elle ne soit plus. Je veux
pour la ville et pour les Armentiérois que des artistes populaires
retrouvent le goût de venir se produire à Armentières. Et je le
veux sans effacer les programmations existantes qui ont une
pertinence incontestée qu’il est fondamental de ne pas railler.
Parce que chacun a sa place et que la gaîté de la ville est également plurielle et composite.
Armentières est une ville de culture. Il est exact que certaines
municipalités font d’autres choix et notamment, celui d’éradiquer les crédits réservés à la politique culturelle ; ces municipalités considèrent sans réserve que la culture reste anecdotique pour ne pas dire marginale dans la vie de nos concitoyens.
Ce n’est pas ma conception. La culture est démocratie. Elle
fait vivre les expressions et offre à tous, un autre regard sur le
monde. Elle permet l’émergence d’une pensée libre et critique,
hors laquelle il n’est pas de véritable citoyenneté. En ce sens la
culture est un vecteur extraordinaire d’émancipation et d’ouverture au monde.
Et à Armentières nous avons déjà su montrer la voie. Le formidable exemple de notre médiathèque en témoigne. Cet équipement, de premier ordre est, au-delà de l’extraordinaire qualité
architecturale de l’ouvrage, ouvert gratuitement à tous les Armentiérois qui trouvent en son sein des activités nombreuses
autour de l’univers du livre. Nous devons nous enorgueillir de
ce service public et de cette fenêtre ouverte sur la culture pour
toutes les Armentiéroises et pour tous les Armentiérois. Et si
la médiathèque reste accessible gratuitement pour les Armentiérois, je pense que nous devons réinterroger les tarifications
que nous mettons en œuvre en direction des équipements qui
participent aux politiques culturelles de la ville. Précisément
parce que nous sommes aussi – et de manière personnelle –
en manque de culture. Ce délitement est un constat que nous
mesurons tous à mesure que nous constatons les fantastiques
intrusions dans la vie de nos enfants des téléphones portables,
des ordinateurs, des réseaux sociaux, des séries télévisées, des
jeux vidéo… Et cela doit nous contraindre à prendre la mesure
des choses pour démocratiser plus encore qu’elle n’est, par
exemple, notre école de musique en rejointoyant certaines fractures culturelles que nous pouvons aussi constater. Nous avons
la chance d’avoir des enseignements d’excellence au sein de
notre école de musique, grâce notamment à la qualité des enseignants. Nous devons cependant et également nous interroger
sur les offres musicales que nous portons. Au-delà, c’est la tarification elle-même qui doit être remise à plat. Là encore, notre
responsabilité est d’élargir nos offres et de permettre l’accès des
musiques et de la musique à toutes les Armentiéroises et à tous
les Armentiérois, quels que soient les revenus des publics. Et ne
nous mentons pas. Les enfants des quartiers populaires ne sont
pas ceux qui en priorité frappent à la porte de notre école de
musique. Des freins existent et nous devons les lever. D’ailleurs
d’autres collectivités territoriales en ont pleinement conscience.
Pour résoudre ce type de déséquilibre, la MEL a par exemple
mis en place un dispositif socioéducatif visant à lever les obstacles liés à la pratique musicale pour certaines familles. C’est
de cette manière-là que le projet DÉMOS (Dispositif d’Éducation Musicale et Orchestrale à vocation Sociale) a vu le jour et
qu’Armentières a pu en profiter. Il faut démultiplier ce type de
dispositifs de démocratisation culturelle car ils s’adressent en
priorité à des enfants issus de quartiers relevant de la politique
de la ville, lesquels sont intrinsèquement et statistiquement plus
éloignés de la culture. Et pour que ces dispositifs restent cohérents et pertinents, il est donc essentiel de réexaminer les conditions tarifaires de notre école de musique. Car c’est là encore
que se jouent des enjeux de mixités et de cohésions sociales.
C’est la raison pour laquelle il faut considérer la tarification,
non pas comme un enjeu de recettes et de gestion budgétaire,
mais au contraire comme une levier politique puissant de démocratisation de la culture. Si je ne nie pas la difficulté de l’exercice, j’indique ce faisant que la révision de la tarification n’est
qu’une idée parmi tant d’autres et, si cela n’est pas possible, qu’il
nous faut, en tout état de cause, nous mobiliser pour rendre la
culture plus accessible encore qu’elle n’est aujourd’hui en mesurant l’enjeu que cela représente. Et, dans cet objectif culturel
d’élargissement, il faut n’oublier ni l’école, ni les associations
qui ont elles aussi un rôle majeur à jouer dans le développement
de la politique culturelle. Citons comme exemples les liens qui
existent déjà entre les classes élémentaires et les maternelles
avec la médiathèque ou les activités périscolaires dont j’ai déjà
évoqué l’opportunité qu’elles pouvaient représenter comme
porte d’entrée sur la culture pour nos enfants. Et citons également la chance que nous avons de disposer d’espaces muséaux
comme celui réalisé par l’UACA, rue des Capucins, qui permet
des visites de classes travaillant sur la première ou la seconde
guerre mondiale. Oui, la culture est plurielle, dans son offre,
dans ses dimensions, dans les publics et les générations à qui elle
s’adresse. Et oui, la culture mérite nos efforts pour toutes les
raisons que je viens d’évoquer. Parce qu’il n’existe, en somme,
aucune fatalité pour qui le veut réellement.
Mais, et je l’exprime à nouveau, les politiques à mettre en
œuvre sur notre territoire restent un tout indissociable, car tout
compte et rien n’est anodin. Et nous devons tout faire pour
nous retrouver. C’est-à-dire, pour que d’une part, les Armentiérois retissent de manière positive le lien qui les lie à leur ville,
et que d’autre part, Armentières retrouve une mixité sociale qui
n’efface personne ni ne stigmatise quiconque dans une forme
d’inégalité de destin. Cela passe nécessairement, et je l’ai indiqué plus avant, par des prises de conscience et des décisions
courageuses au nom desquelles il conviendra de « mettre le paquet » pour retrouver une véritable cohésion sociale. La dimension de la culture revêt dès lors une place capitale qu’il est fondamental de ne pas mésestimer. Parce qu’au-delà de l’ouverture
au monde et de l’émancipation qu’elle offre à chacun, la culture
permet de retrouver de la proximité et de la confiance : entre les
Armentiérois et leur ville, d’une part, mais également, et d’autre
part, entre les Armentiérois eux-mêmes. Il faut donc politique
culturelle qui, dans la continuité de ce qu’elle est, s’élargisse
davantage pour devenir plus populaire et plus accessible encore qu’elle ne l’a été jusque-là ; une politique culturelle qui
étende son offre son offre et s’ouvre à davantage de publics. Tels
sont les objectifs que nous devons en la matière assigner à la
politique culturelle. Et ce sans donner le spectacle de fades
pugilas et de « petites phrases » entre les élus, qui donnerait
à penser que la culture est instrumentalisée. L’enjeu est trop
important pour le rabaisser à ces attitudes qui desservent la
démocratie et les Armentiérois. Ensemble pour une culture
plurielle vecteur de cohésion et de réconciliation. Telle est
l’ambition qui doit nous animer pour permettre le ressaisissement auquel les Armentiéroises et les Armentiérois peuvent
légitimement prétendre.

Dynamiser les activités économiques de la ville

Contrairement à une idée reçue, le développement économique d’une ville ne relève pas de sa compétence propre. En ce
qui concerne précisément Armentières, cette compétence relève directement de la MEL, laquelle a élaboré à ce titre un
Plan Métropolitain de Développement Economique. De manière raccourcie, ce plan a pour principal objectif d’adapter des
solutions liées aux besoins quotidiens des entreprises en termes
de création, d’implantation et de développement.
Pour des raisons que tout le monde comprend, la commune ne
peut pas pour autant se considérer comme étrangère à cet ordre
des choses. En effet les politiques publiques périphériques
– intéressant l’aménagement du territoire, l’offre de services
publics, les connexions numériques… – améliorent nécessairement l’attractivité de la ville et partant, impactent le développement économique de celle-ci en favorisant l’implantation des
entreprises et donc l’emploi sur le territoire. Le liaisonnement
d’Armentières à l’autoroute A25 grâce à la création d’un viaduc
en est une illustration parfaite. Aucune décision n’est dès lors
innocente, précisément parce qu’en elle-même, elle concourt au
développement économique de la ville.
Riche de son histoire industrielle, la ville accueille sur son
territoire des entreprises d’importance dont le rayonnement est parfois européen sinon même mondial. Malgré ces
réussites bien ancrées sur notre territoire, avec le déclin de
l’industrie brassicole et du textile c’est le secteur du tertiaire qui
prédomine désormais, augurant d’une nouvelle préfiguration
des activités économiques de la ville. Nous accueillons par
ailleurs sur la zone d’Eurolys, une ruche d’entreprises et une
couveuse. La Ruche des 2 Lys est parmi les plus grandes de
France (si ce n’est la plus grande) et propose des locaux jusqu’à
300 m², ce qui permet de capter sur notre territoire des entreprises qui ne trouvent pas d’équivalent sur la métropole
lilloise. C’est indéniablement un atout puisque l’emploi s’en
trouve forcément favorisé (même si les Armentiérois ne sont pas
nécessairement les personnes qui sont les plus recrutées).
Je pense que la ville aurait tout intérêt à cultiver, plus qu’elle ne
le fait aujourd’hui, ses relations avec les entreprises. Pour mieux
les comprendre et ainsi favoriser ce qui pourrait l’être. Bien évidemment, certaines questions échappent à la compétence communale en tant que telle et on ne peut non plus priver la démocratie représentative de son pouvoir de décision. Mais on aurait
tort de ne pas écouter ceux qui les premiers ont choisi notre
ville pour s’y implanter et développer leur entreprise. J’ai à cet
égard toujours été très surpris par les perceptions que certains
peuvent avoir de l’entreprise en tant que telle. Si j’estime que la
place de l’Homme est supérieure à toute autre considération,
je tiens l’entreprise comme une richesse et la clé de voute de
l’emploi. Je n’ai donc aucune vision manichéenne du monde de
l’entreprise que je connais par ailleurs pour le rencontrer dans
mon métier d’avocat. Le dialogue ne peut que nous renforcer,
la ville ayant besoin de toutes les forces vives de son territoire
dont les entreprises font incontestablement partie.
Mais le développement économique ne se réduit pas à l’entreprise. Il concerne également l’artisanat et le commerce local. L’Etat prend lui-même sa part sur ces questions et dédie
par exemple des fonds à l’instar du Fisac (Fonds d’Intervention pour les Services, l’Artisanat et le Commerce) pour soutenir l’artisanat et le commerce local. Pour autant est-ce suffisant pour séduire les 63 000 habitants qui constituent la zone
de chalandise actuelle de la ville ? La réponse est assurément
négative, raison pour laquelle la ville a déployé plusieurs dispositifs pour soutenir le commerce local. Elle s’est ainsi dotée d’un
manager de centre-ville et multiplie ses actions de soutien aux
artisans et commerçants par la mise en œuvre de manifestations
multiples sur la ville. Ainsi en témoigne l’organisation concertée (avec notamment l’Union commerciale) de manifestations
ciblées comme les fêtes des mères et pères, le marché de noël ou
ponctuellement certaines braderies. Ainsi en attestent encore
les actions de communication spécifiques sous le label désormais bien connu « Osez Armentières » et repris sur de nombreux supports familiers des Armentiérois (set de restaurant,
sacs de courses…). Tout cela, avouons-le, même si cela va dans le
bon sens, ne permet pas d’obtenir de résultats significatifs. Je ne
reviendrais pas sur ce que j’ai déjà exposé et qui tient à l’extrême
paupérisation de la population armentiéroise, raison endémique
selon moi des difficultés de notre commerce local. Qui plus est,
et dans ce contexte rapporté, nos commerçants et nos artisans
locaux subissent de plein fouet la concurrence des jungles commerciales, et par ailleurs les effets d’une crise économique dont
la déflagration a concerné tous les secteurs économiques et bien
des cœurs de ville de notre strate. Certaines enseignes inscrites
dans des logiques de groupes ont abdiqué au nom de logiques
d’actionnaires peu regardants sur le contexte local. Il faut ajouter à cela des loyers commerciaux exorbitants, la consommation par Internet qui s’est démocratisée dans les conditions que
l’on sait, mais aussi l’attraction qu’opère le Bizet belge grâce à
des produits détaxés (tabac et alcool principalement). Tous ces
éléments mis bout à bout attestent de difficultés importantes.
Certains commerçants parviennent à tirer leur épingle du jeu et
c’est tant mieux. Mais combien ont dû renoncer ? Il en résulte
des vacances commerciales qui, elles-mêmes, ne rassurent pas le
chaland, ni ne l’encourage à se déplacer. Un article du « Journal
des Maires » de novembre 2017 – n° 160 – rapportait que le taux
de vacance commerciale moyen était passé de 6,1% en 2001 à
10,4 % en 2015. Un pourcentage qui ne s’est pas amélioré depuis et qui prouve que le ressort commercial d’un centre-ville,
quel qu’il soit, repose sur des équilibres extrêmement fragiles
et un contexte qu’il faut nécessairement prendre en compte si
l’on veut parvenir à revitaliser le cœur commercial et artisanal
de la ville.
J’entends que certains veulent miser sur la proximité et la qualité des produits et des services. C’est effectivement du bon sens.
Mais cette proximité et cette qualité existent déjà. Qui plus est,
en affirmant cela, on fait peser sur les commerçants – et eux
seuls – la responsabilité de la réussite du cœur de ville. Or, la
ville a nécessairement sa part à prendre dans la revitalisation du
centre-ville.
La question reste donc entière : que doit-on faire pour ramener de l’activité en centre-ville ? Avant toute chose, je l’ai indiqué, il faut changer radicalement la politique de l’habitat pour
anéantir la paupérisation de la population et retrouver certains
équilibres de mixité. Cela prendra du temps. J’en ai parfaitement conscience. Mais c’est un impératif sans lequel toute action investie serait nécessairement vouée à l’échec. A partir de
là il conviendra de conjuguer plusieurs mesures qui, ensemble,
permettront de résoudre la difficile équation de la revitalisation
de notre cœur de ville. Cela suppose de ne pas instrumentaliser
par populisme la réglementation du stationnement dont personne ne peut minorer qu’elle permet d’assurer une rotation
des véhicules. Les commerçants en sont désormais les premiers
convaincus. Il est possible d’ailleurs d’envisager de convertir les
recettes du stationnement pour les flécher pour le commerce
et l’artisanat local. C’est là une piste de réflexion qu’il faut exploiter et qui a le mérite de ne pas déformer la perception de la
finalité du stationnement réglementé. Par ailleurs, il faut que
la ville prenne toutes les mesures réglementaires et fiscales qui
permettront de faire levier. Je pense à tout ce qui pourrait favoriser la rénovation des locaux, leur mise en accessibilité, l’embellissement des vitrines et même la sécurisation des magasins.
Certaines communes modulent ainsi à la baisse les droits d’occupation du domaine public pour inciter l’exploitation des terrasses, tandis que d’autres intercommunalités minorent la cotisation foncière des entreprises pour attirer les commerçants.
Toutes les mesures de ce type doivent être évoquées et favorisées. Qui plus est, il est essentiel d’attirer à nous des enseignes
nationales dont personne ne peut nier qu’elles ont un effet de
locomotive commerciale. Un démarchage peut être envisagé en
ce sens comme par exemple à l’occasion du salon annuel des
Franchises qui se déroule sur Paris. Ensuite, il est important
d’imaginer une programmation annuelle avec les commerçants
sur l’ensemble des manifestations qui ont cours à Armentières.
Cette coordination aura surtout pour avantage d’éviter que
les événements ne se cannibalisent entre eux. Mais là encore,
il nous faut déterminer ce que nous souhaitons en termes de
politique commerciale : soit une multitude d’actions – dont
certaines reposeraient alors nécessairement sur le bénévolat
associatif armentiérois –, soit un choix moindre de manifestations pour lesquelles il serait décidé de miser sur la qualité des
actions. Et cet arbitrage doit être partagé. C’est l’une des raisons pour lesquelles, et peut être avant toute autre mesure, il est
fondamental à mes yeux de renouer le dialogue avec les commerçants. On peut feindre de ne pas le voir et même se réfugier
derrière l’association des commerçants pour considérer que
tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. La requalification des places du centre-ville, comme le contexte d’instauration du stationnement payant, et par-delà, quelques épisodes
comme le souhait de mise en œuvre de la rue de Dunkerque en
sens unique, ou des installations de chalets lors des festivités de
noël sans réelle concertation…, ont abimé la relation qui unit
la ville à ses commerçants. Certains ont opportunément soufflé
sur les braises pour en obtenir un avantage électoral. Personne
n’en est dupe. Ce n’est à mon sens pas très glorieux. Parce que
les premiers pénalisés sont les Armentiérois. Quoi qu’il en soit,
ne pas reconnaître que la relation entre la municipalité et les
commerçants s’inscrit dans une histoire parfois restée compliquée, enkystera selon moi encore davantage les difficultés. Je
considère au contraire que rien n’est indépassable et que personne ne peut minorer l’importance que chacun a pour l’autre.
La ville ne peut faire sans ses commerçants et les commerçants
ont besoin de leur ville. Des collaborations ont d’ailleurs été
renouées, comme par exemple à l’occasion de la fête des mères.
C’est un bien, pour tout le monde. Mais ces collaborations
sont-elles opportunes ou fondées sur une véritable et féconde
dynamique d’actions communes ? J’ai personnellement ma réponse et je veux, pour Armentières, les Armentiéroises et les
Armentiérois, que l’on reparte d’une page blanche. C’est l’intérêt de tous et la condition sine qua non selon moi de la reconquête de notre commerce et de notre artisanat local. Parce qu’il
faut que chacun se sente impliqué et cela ne sera possible que si
nous partageons le même état d’esprit. Il est donc absolument
nécessaire de se remettre autour d’une table dans un esprit de
collaboration et d’écoute constructive pour remettre à plat ce
qui doit l’être. Et je sais que tout cela est possible, principalement parce qu’au fond, nous voulons tous la même chose :
que cela fonctionne. Il nous faut donc prendre conscience que
les difficultés sont nombreuses et que les équilibres demeurent
extrêmement fragiles. Et il est impérieux de faire face ensemble.
C’est une évidence aussi sûrement qu’une nécessité de notre
réussite pour Armentières, les Armentiéroises et les Armentiérois. Je ne prétends pas ici à l’exhaustivité des mesures à mettre
en place. Il pourrait être encore évoqué le développement d’un
portail e-commerce sur le site de la ville (dont les prémices
existent déjà du reste), la réactualisation du règlement publicitaire, la création de nouveaux parkings (entre Foch et Delattre
de Tassigny notamment), la (re)sonorisation du cœur de ville,
l’incitation commerciale des Armentiérois à consommer localement… Il y a tant à faire pour ne pas se perdre en conjectures.
Il nous faut donc, ensemble, renouer avec une dynamique favorable pour Armentières. C’est de cette manière-là que nous
parviendrons à anéantir les statistiques et à favoriser notre commerce et notre artisanat local.

Le levier de la démocratie participative

La démocratie participative est une politique relativement récente qui n’a en effet que quelques années derrière elle. Il faut
comprendre que pendant longtemps les priorités restaient
ailleurs. Soit parce que la situation méritait que l’on priorise
d’autres politiques (reconstruction d’après-guerre par exemple
ou crise économique après les chocs pétroliers), soit parce qu’au
contraire rien ne justifiait que l’on ait recours à la démocratie participative tant la situation paraissait satisfaisante à tout
le monde (période des 30 Glorieuses notamment). Ajoutons à
cela une certaine défiance de la démocratie représentative pour
le partage de la décision et l’on comprend pourquoi il faut attendre le début du XXIème siècle pour que l’on mesure l’intérêt d’associer le plus grand nombre aux décisions politiques. Si
je devais personnellement fixer une date au Carbonne 14 de la
véritable naissance de la démocratie participative, je la fixerais
en France en mai 2007, date à laquelle la candidate à l’élection
présidentielle du parti socialiste (Ségolène Royale pour ne pas la
citer) portait un projet politique dont le cœur battant était celui
de la démocratie participative. Etait-ce une stratégie politique
visant à parer la candidate d’une véritable modernité tout en reléguant l’establishment politique de l’époque au dernier plan ?
Il était possible de le penser. Mais cet entichement des foules
pour cette thématique a démontré qu’il y avait là un début de
réponse à « la crise du politique » et il n’était pas un candidat
en 2008 aux élections municipales qui n’évoquait dans son programme la démocratie participative.
Elu en 2008, ma première délégation en tant qu’adjoint au
maire fut précisément celle de la démocratie participative (et de
la jeunesse). C’était absolument enthousiasmant. Tout était à
construire et je mesurais l’extraordinaire opportunité qui m’était
offerte de faire vivre la démocratie à l’échelle d’une ville telle
qu’Armentières. Je ne partais pas cependant d’une page blanche
puisque sous la précédente mandature de Claude Hujeux, avait
été créé le Conseil Local de Concertation (CLC) – dont j’avais
été membre en tant qu’habitant de la ville -. Le dispositif, pour
avoir le mérite d’exister présentait toutefois un inconvénient
majeur : il ne permettait pas de véritablement libérer la parole
ce qui, précisément, était un comble pour une instance de démocratie participative. L’instance était en effet constituée d’une
soixante de personnes qui, réunies autour d’une table dressée
dans le salon d’Honneur de l’Hôtel de ville, étaient invitées à
échanger. Devant un tel aéropage, auquel se joignaient du reste
quelques élus dont le Maire de l’époque, l’exercice n’était assurément pas facile. J’ai retenu de cette époque une leçon essentielle : la démocratie participative ne peut vivre que dans des
conditions de proximité.
Avec les quatre conseillers délégués de quartier (Michèle Lebleu,
Martine Dubreu, Laurent Deronne et Jean-Louis Merten), nous
nous sommes alors mis à l’ouvrage. Les premières réunions
étaient difficiles et nous partions un peu dans tous les sens. Pour
autant, nous avancions. Nous n’avions aucun moyen précis sur
le déploiement de cette politique et ne pouvions compter que
sur un seul agent, en la personne de Bernadette Duytschaver
avec qui j’avais plaisir à travailler. Autant dire qu’il nous fallait une sacrée dose d’imagination et une foi inébranlable dans
la réussite de ce projet. Sans doute l’enthousiasme de mes premiers pas d’élu est-il resté salvateur pour moi…
Au terme de plusieurs réunions, nous sommes arrivés à la
conclusion qu’il était impératif de permettre une information
ascendante et descendante entre la municipalité et les habitants.
Il fallait traduire politiquement cette idée. C’est-à-dire créer
des dispositifs qui permettraient d’être à l’écoute des besoins
des habitants et en même temps obtenir de pouvoir aviser les
citoyens des avancées des politiques mises en œuvre à leur profit. Le tout dans des configurations qui libèrent la parole. C’est
de cette manière-là que sont nés les Ateliers de quartiers (devenus par la suite les ateliers d’initiatives citoyennes), constitués
dans quatre grands secteurs de la ville (1. Centre-ville 2. Saint
Roch Route d’Houplines 3. Salengro Prés du Hem 4. Bizet Léo
Lagrange). Composés chacun des ateliers de seize membres, ils
se réuniraient chacun de leur côté pour travailler sur des sujets
différents, et finiraient par se réunir en assemblée générale pour
rendre compte des avancées de chaque atelier. Le nouveau CLC
était par là même constitué. Ces dispositifs (Ateliers et CLC),
s’ils permettaient de faire remonter des projets et d’identifier
des besoins dans les quartiers, ne permettaient pas néanmoins
de restituer aux habitants ce qui était entrepris par la municipalité. C’est de cette manière-là qu’est né le dispositif de l’Assemblée de quartier du Maire. Chaque trimestre, et à tour de rôle
dans les quartiers, le Maire était amené à présenter les évolutions
notables du quartier et à répondre aux questions qui lui étaient
soumises. J’aimais particulièrement ce dispositif car c’était une
démocratie à ciel ouvert qui se jouait à chaque fois, au sens
athénien du terme puisque chacun pouvait poser la question
qu’il souhaitait, le premier magistrat de la ville étant contraint
d’apporter devant tout le monde la réponse. La démocratie était
donc source de transparence et faisait œuvre de pédagogie. J’ai
maintenu tant que j’ai pu ce dispositif, et en tout état de cause,
tout le temps durant lequel je suis resté chargé de la démocratie
participative. Ce dispositif s’est pourtant perdu par la suite et, à
mon grand regret, ne s’est plus réuni que de manière épisodique
au début du dernier mandat (2014-2020). Quoi qu’il en soit, la
démocratie participative s’était développée sur Armentières et
ce n’était pas fini. La création du Conseil municipal des enfants
est demeurée pour moi un vrai bonheur et en même temps un
vrai casse-tête. J’avais la conviction que pour que le dispositif
réussisse, celui-ci devait réunir tous les enfants de la ville, sans
exclusive. Cela supposait de s’adresser à l’ensemble des écoles et
collèges d’Armentières, tant dans le secteur public que dans le
secteur privé. Je me heurtais ce faisant à quelques réflexes partisans et étais invité à organiser des réunions distinctes entre les
Directeurs d’établissements scolaires selon qu’ils étaient dans le
public ou dans le privé. Je refusais et mesurais les voltes faces
de certains. Au final le Conseil municipal des enfants était une
vraie réussite et un exemple de démocratie participative dont
tout le monde se félicitait. Aujourd’hui, personne n’imaginerait
de modifier la composition de ce dispositif et c’est, très intimement, une très grande fierté pour moi. Cette configuration
de la démocratie participative (Ateliers d’initiatives citoyennes,
Conseil Local de Concertation, Assemblée de quartier du maire,
Conseil municipal des enfants et aussi permanence hebdomadaire des délégués de quartier), est encore actuelle même si les
dispositifs ont pu à évoluer. Je me dis dès lors, et très modestement, que nous avons bien travaillé. Des développements auraient pu être imaginés lors du dernier mandat avec par exemple
la création d’un Conseil municipal des Jeunes ou même d’un
Conseil municipal des sages. Mais cela n’a pas été envisagé et il
faut admettre que toutes les instances de démocratie participative obligent à des attentions particulières qu’il faut savoir gérer.
Ajouter d’autres dispositifs pourrait par ailleurs éparpiller les
débats et cela ne serait peut-être pas opportun. Je pense qu’il
faut mener sur ce point une réflexion et ne rien exclure pour
permettre le cas échéant à toutes les générations de disposer
d’un point d’entrée au sein de la démocratie participative.
Quoi qu’il en soit, le déploiement de la démocratie participative entre 2008 et 2014 a fini par nous jouer des tours puisque
la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du
21 février 2014 a imposé la mise en place de Conseils citoyens.
S’il s’agissait d’une instance ayant pour objectif la participation
active et directe de l’ensemble des habitants et des acteurs des
quartiers, dans l’élaboration et la mise en œuvre des contrats
de ville, il s’agissait surtout pour Armentières d’une instance
de plus qui pouvait faire doublon avec les ateliers de quartier.
Au final, et avec le recul, le dispositif a fonctionné même s’il a
semblé s’essouffler.
Lors du dernier mandat le fait majeur de l’évolution de la démocratie participative à Armentières est resté lié à la dotation en
2018 d’une enveloppe de 50.000,00 euros permettant à chaque
habitant de déposer un dossier d’initiative citoyenne pour autant que ce projet soit d’intérêt général, plafonné à hauteur de
12.500,00 euros et techniquement retenu par les services de la
ville dans le cadre d’une étude de faisabilité. Je reste réservé sur
cette évolution. De prime abord si l’on ne peut que rester séduit
par une idée qui permet à quiconque dans la ville de proposer la réalisation d’un projet au bénéfice de tous, je retiens que
cette idée n’est pas neuve et que jusque-là, la municipalité n’a
jamais tourné le dos à ce type d’initiative. Les mises en place des
Fonds de participations des habitants et de travaux urbains en
sont d’ailleurs de parfaites illustrations, avec cet avantage qu’il
s’agissait de fonds publics émanant de la Région sur lesquels
la ville abondait. Or, et au cas présent il s’agit d’une dépense
sans recette associée, ce qui peut interroger quand l’on mesure
les efforts budgétaires qui sont demandés chaque année pour
trouver des économies au titre de la construction budgétaire.
J’avoue très clairement que je préférerais quant à moi flécher
une telle enveloppe de dépenses sur une politique éducative,
sociale ou économique, plutôt que sur la démocratie participative qui à mon sens a surtout besoin d’écoutes, de dialogues
et d’échanges. Les bonnes idées émergent en toutes hypothèses
d’elles-mêmes et trouvent nécessairement un écho dans l’action
publique, la municipalité ayant systématiquement soutenu les
projets qui paraissaient utiles et opportuns à l’intérêt général.
Qui plus est la démocratie représentative est la seule qui doit
répondre à mon sens de la commande publique car elle est la
seule à engager sa responsabilité face aux citoyens. Mais comme
en toutes choses, je n’ai pas peur de changer d’avis, ni d’avoir
tort si des arguments meilleurs que les miens me sont opposés.
Il faut donc laisser une chance à cette initiative pour valider sa
pertinence si ce n’est pour jauger de sa valeur ajoutée, notamment si l’on compare ce qui pourrait être fait avec une telle dépense dans telle ou telle école de la ville, ou pour favoriser le
commerce local ou encore mettre en œuvre telle ou telle politique sociale et familiale.
Ce qui est certain c’est que la démocratie participative doit désormais être remise complétement à plat. Et à ce titre il faut faire
le constat que la mise en œuvre d’une politique de proximité
en 2014 a changé la donne en remisant toutes les logiques. Cela
est d’ailleurs si vrai que la frontière entre la démocratie participative et la politique de proximité est restée parfois difficile
à établir. La raison en est qu’il s’agit toujours de politiques de
citoyenneté. Qui plus est, la mise en œuvre d’une politique de
proximité a permis d’identifier les besoins des habitants mieux
que ne l’avait fait jusque-là la démocratie participative. Avec la
politique de proximité les Armentiéroises et les Armentiérois
ont en effet trouvé un point d’entrée naturel à la résolution de
leurs problèmes (alors que jusqu’alors ils utilisaient la démocratie participative pour exprimer un besoin et formuler une requête).
Mais à l’inverse la politique de proximité ne permettra jamais
l’émergence d’un véritable projet citoyen. Il faut donc repenser
l’ensemble des dispositifs pour articuler ce qui doit relever de la
concertation en tant que telle, et de la logique de projets stricto
sensu. C’est selon moi essentiel pour retrouver une forme de
logique à ces politiques qui semblent parfois « se marcher sur
les pieds ». Peut-être faudra-t-il imaginer de dissocier le Conseil
local de concertation des ateliers d’initiatives citoyennes, pour
permettre au premier de devenir l’outil spécifique de la concertation et aux seconds de proposer l’élaboration de projets citoyens. Le CLC revisité pourrait être composé d’habitants de
chacun des quartiers et imposer une représentation en fonction
des générations citoyennes les plus représentatives. De cette manière-là, les ateliers d’initiatives citoyennes continueraient leurs
travaux mais ne seraient plus nécessairement concernés par les
concertations à mettre en œuvre dans la ville. Mais là encore, il
conviendrait de repenser le découpage des quartiers pour permettre aux dynamiques des ateliers d’initiatives citoyennes et
au Conseil citoyen de s’harmoniser pour ne pas donner le sentiment de dispositifs travaillant l’un à côté des autres, mais bien
ensemble et dans la même logique de démocratie participative.
Convenons d’ailleurs que les citoyens peuvent aujourd’hui ne
plus se retrouver dans ce foisonnement de dispositifs. Or la
démocratie participative doit nécessairement rester accessible
et compréhensible. C’est essentiel pour les raisons que tout le
monde comprend. Mais là encore, il faut repenser l’ensemble
des dispositifs pour permettre de les rendre plus lisibles dans
leurs objets et leurs articulations, les uns avec les autres.
Je veux dire un mot sur le sens qu’il faut donner à la concertation
et l’importance qu’elle revêt. Dans mon esprit, la concertation
ne se conçoit que si elle reste un préalable à la mise en œuvre de
telle ou telle politique pour laquelle il serait demandé l’avis des
citoyens. La concertation suppose donc que l’on n’ait, en tant
qu’élu, aucun a priori quant aux questions que l’on soumet à la
concertation. Sinon à quoi bon ? Si un projet d’aménagement
est soumis à la concertation et qu’une large part d’habitants s’y
oppose, il faut accepter de revoir sa copie. Pour autant, il faut
également entendre que la démocratie participative n’est pas la
démocratie représentative qui, en toutes hypothèses, doit toujours disposer du dernier mot. Mais nul doute que le dialogue
désamorce bien des difficultés et que ce mode de fonctionnement, s’il n’est pas galvaudé, permette de tisser un lien privilégié avec les habitants, en évitant les crispations épisodiques
qui peuvent exister çà et là en raison d’un défaut d’information
préalable. Qui a la mémoire de ce qui s’est passé pour l’aménagement de la place Victor Hugo, comprend nécessairement le
sens de mon propos.
Enfin, il est pour moi essentiel de donner à la concertation un
plus large rayonnement. Il faut à ce dernier titre trouver l’outil
qui permettra de démultiplier les expressions sur les politiques
qui sont à mettre en œuvre. La réforme du CLC peut être cet
outil. Mais l’on peut imaginer un autre dispositif. L’important
est pour moi de trouver un point d’entrée spécifique pour la
concertation à l’effet de dynamiser les dialogues et de trouver
des solutions favorables à l’intérêt général, dans la transparence
et la pédagogie. J’ai déjà évoqué la politique du stationnement
réglementé comme sujet de concertation possible. Je sais ce sujet sensible. C’est précisément pour cette raison qu’il faut remettre celui-ci sur la table. Parce qu’il faut que le stationnement
règlementé ne soit plus perçu comme punitif mais comme utile
à notre ville. Je suis convaincu que la concertation sur ce point
restera essentielle et qu’elle permettra de passer d’une logique
d’affrontements à une logique de compréhension. Mais ce sujet
n’est évidemment pas le seul à pouvoir être passé au tamis de
la démocratie participative. Les projets d’aménagements de la
ville peuvent faire l’objet de concertations et, en définitive, tous
les sujets qui impactent le quotidien des Armentiéroises et des
Armentiérois. Je pense par exemple, aux déplacements doux en
ville, aux heures d’ouverture et de fermeture des services publics, aux organisations des braderies, à la requalification d’une
rue, à l’aménagement d’une place… Bien évidemment, certains
sujets échappent à la compétence de la municipalité et qui relèvent de la responsabilité des autres collectivités territoriales
dont principalement la MEL. Il ne sera pas possible dans ce
cadre d’obtenir chaque fois des modifications ou des inclinaisons. Cela n’empêchera pas la concertation et l’émission d’avis
en direction des collectivités compétentes, qu’il s’agisse de la
MEL, de la Région ou du Département par exemple.
Le point ultime de la concertation est pour moi le référendum local. C’est un processus décisionnel qui a été instauré
par la loi et qui, faut-il le constater, est peu mis en œuvre par
les communes. Il s’est agi à chaque fois de situations particulières comme le déplacement d’un monument aux morts (à Englancourt dans l’Aisne), d’une implantation d’éolienne (à Malons-et-Elze dans le Gard), d’un projet de construction d’un
commerce local (à Banvou dans l’Orne), …etc. Les raisons de
cet insuccès relatif du référendum local sont aussi bien financières que politiques. Financières parce que l’organisation du
dispositif reste à la charge de la collectivité locale qui le met en
place, ce qui n’est pas neutre si l’on mesure les coûts induits par
de telles mises en œuvre (personnel mis à disposition, moyens
d’impressions, coûts des fluides pour les bâtiments…). Politiques
surtout, parce que les Maires ont souvent l’impression qu’un
« non » à la question posée pourrait résonner comme un désaveu personnel à la politique qu’il mène. Je ne partage absolument pas cet avis et je crois que nous ne devons jamais avoir
peur de la démocratie. Le référendum local permet au corps
électoral de se substituer au conseil municipal pour prendre une
décision, aux conditions néanmoins que la moitié au moins des
électeurs ait pris part au scrutin et qu’il réunisse la moitié des
suffrages exprimés. A défaut, le référendum local n’a qu’une
valeur consultative. Il me semble que sur des questions intéressant le développement durable, notre responsabilité doit être
d’associer le plus grand nombre, surtout si la mise en place de
telle ou telle politique impacte les Finances publiques de la ville.
Or, il ne faut pas jouer de naïveté en la matière. Si l’on interroge les citoyens sur la nécessité de préserver l’avenir de nos
enfants et sur la nécessité de prendre d’ores et déjà des mesures
pour préserver l’environnement, tous y seront favorables. J’en
suis absolument convaincu. On ne peut pas être contre une politique visant à résorber la pollution atmosphérique alors que
l’on sait que les particules fines inhalées tuent désormais autant
que l’alcool, soit en France une moyenne de 130 personnes par
jour (Les échos.fr 09 décembre 2016). Pour autant, personne ne
peut ignorer que l’éveil des consciences peut aussi s’arrêter aux
portes du porte-monnaie. Je n’ignore pas que l’écologie peut
revêtir une autre dimension que punitive ou moralisatrice. Pour
autant, elle impose, par ses alternatives, des coûts supplémentaires et il ne faut, en la matière, duper personne. C’est la raison
pour laquelle, j’estime que sur des sujets aussi sensibles que celui-ci, le référendum local peut trouver sa pleine et entière justification, et constituer un moment démocratique permettant aux
Armentiéroises et aux Armentiérois de prendre directement en
main leur destin. La démocratie est un bien précieux qui ne demande qu’à vivre. Il est de la responsabilité des élus de la mettre
en mouvement aussi souvent que cela semble possible, principalement parce qu’il faut faire confiance aux citoyens.

Le sport comme enjeu d’émancipation

J’ai longtemps pratiqué le judo. J’ai initialement perçu cette
discipline comme tous les jeunes enfants qui s’inscrivent dans
cette pratique. Il s’agissait pour le jeune garçon que j’étais d’un
sport de combat à part entière. Il m’a fallu du temps pour comprendre qu’il n’en était rien et que le judo était avant tout un
art martial et bien plus encore, une école de la vie qui reposait
sur un code moral dont les maîtres-mots étaient la politesse, le
respect, l’honneur, le courage, le contrôle de soi, la modestie, la
sincérité et l’amitié (Code moral authentique, Fédération Française de Judo), autant de valeurs qui sont véhiculées par bien
des sports et bien des éducateurs. Le sport reste en ce sens et
de manière indéniable un formidable vecteur d’apprentissage et
d’émancipation de l’individu. C’est dès lors un incroyable enjeu d’éducation. Mais cette vision-là du sport peut paraître trop
restrictive car, par-delà l’éducation, le sport demeure un enjeu
de santé publique mais également de cohésion sociale et d’épanouissement personnel et collectif. Et il n’est pas un âge où l’on
ne soit pas concerné par le sport. Comme il n’est pas une seule
discipline qui concentrerait sur elle-même tous les mérites du
sport et ce, quelles que soient les pratiques, en loisir ou en compétition. A partir de ce constat, chacun comprend l’importance
de mettre en place une politique sportive cohérente et efficace
sur le territoire.
A mon sens, le premier axe sur lequel doit reposer la politique sportive doit être celui de l’aide au développement des
associations sportives. Cela suppose la mise à disposition
d’équipements permettant à chaque discipline de se déployer.
A Armentières, nous parvenons à couvrir presque en totalité
les activités et les offres sportives qui peuvent exister. Cela n’est
pas sans difficulté car en tant que ville principale du canton,
nous concentrons toutes les dépenses de centralité et offrons
le panel le plus large qui soit en termes d’activités sportives.
La Lys comme la Base des Prés du Hem nous offrent par ailleurs des possibilités nautiques qui sont exploitées par nos
clubs avec le succès que l’on sait. Aussi est-il possible de nous
enorgueillir des activités qui sont les nôtres en termes d’équipements sportifs sur notre territoire même si, et cela est exact,
l’on peut relever des problématiques spécifiques sur certaines
salles et certains équipements. A la marge, deux dossiers sont
restés brûlants sur Armentières ces dernières années : celui
du terrain synthétique de football et celui du stand de tirs.
Dans l’un et l’autre cas, la municipalité a promis un certain
nombre de réalisations qui au final n’ont pu voir le jour ou
n’ont éclos qu’à l’avant veille des élections municipales, sans
que personne ne soit dupe. C’est cette parole politique qui a
déterminé les humeurs des uns et des autres car les déceptions
sont restées nombreuses. S’agissant du projet de stand de tirs
intercommunal qui devait être mutualisé entre les villes d’Armentières, de Nieppe et de Bailleul, le volte-face d’une ville partenaire a été déterminant de l’abandon du projet en 2014. Si les
adhérents du club de tirs armentiérois sont restés les premières
victimes de cette décision, je considère que notre commune en
est restée également victime. Personne ne pouvait prévoir qu’à la
faveur d’un changement de majorité politique lors des élections
municipales, le projet du stand de tirs intercommunal serait purement et simplement retiré. Je peux confirmer que la municipalité armentiéroise s’était très largement impliquée pour faire
avancer ce dossier et qu’elle a, elle aussi, eu le sentiment d’être
abandonnée en rase-campagne. Je reste plus nuancé s’agissant de la réalisation du terrain synthétique dans la mesure où
la municipalité a fait de ce projet une promesse de campagne
et qu’elle s’est très largement, et à plusieurs reprises, engagée
sur cette réalisation. La remise à plus tard et l’entretien des
faux espoirs ont déterminé des agacements qui me paraissent
absolument légitimes. Certes, le projet du terrain synthétique semble désormais sur de bons rails et il faut s’en réjouir.
Mais à quel prix ! Et que de temps perdu ! Il eût été beaucoup
plus pertinent pour les citoyens de ne pas être entretenus dans
ces promesses (qui se sont répétées à l’envie pendant plus de 10
ans) et d’être avisés des réalités financières qui étaient celles de
la municipalité. Je suis convaincu que les citoyens comprennent
ces dimensions pour autant que l’on prenne le temps de leur
expliquer et de leur faire confiance. La vérité est toujours préférable en politique. Absorber une réforme telle que celle des
rythmes scolaires dans des configurations de gratuité pour les
familles ou faire le choix de ne pas augmenter la pression fiscale
pour les Armentiérois, sont des explications qui s’entendent. La
posture de la promesse à répétition est au contraire dévastatrice
pour la parole politique. Elle discrédite d’ailleurs ceux qui en
sont porteurs et je suis absolument convaincu que cela a laissé
des traces dans l’esprit de beaucoup. Ces traces ne s’effaceront
pas par la réalisation du terrain synthétique, surtout à moins
de 6 mois de l’élection municipale. Parce que les Armentiérois
ne sont pas naïfs et qu’ils ont parfaitement mesuré cet agenda
politique. L’important demeure. Le terrain synthétique sortira
enfin de terre et c’est cela qu’il faut retenir.
En tout état de cause, et pour soutenir la pratique de toutes les
disciplines sur notre territoire, il nous faut maintenir un niveau
de subventionnement au bénéfice des clubs. Mais je l’affirme,
il nous faut, comme pour toute association de la ville, établir
des critères objectifs d’attribution des subventions. Cela doit
permettre de rendre plus compréhensives les enveloppes budgétaires allouées, même si à la marge, des efforts seront toujours
consentis pour aider tel ou tel club organisant une manifestation d’importance sur la ville ou participant à une compétition
de grand renom à l’extérieur de nos frontières armentiéroises.
Le deuxième axe de la politique sportive doit, au-delà de la rénovation et du développement du patrimoine sportif de la ville,
permettre de favoriser la pratique du sport pour tous. Cela
suppose de favoriser les accès dans les quartiers de la ville aux
équipements sportifs, tant pour une pratique libre que pour
l’accès aux PMR. Cela suppose d’entretenir et d’aménager nos
équipements tels par exemple les city-stades que l’on retrouve
à côté de la maison du temps libre, du complexe ou de l’école
Léo Lagrange. Il serait d’ailleurs possible d’ambitionner, en lien
avec le Ministère des Sports, la création d’un nouveau city stade
dans le quartier Salengro au niveau de la coulée verte liaisonnant Jean Baptiste Lebas au collège Jean Rostand, le cas échéant
en profitant de la pelouse existante et en aménageant les extérieurs pour limiter l’investissement. C’est une idée qui mérite
d’être exploitée.
Un autre axe de la politique sportive doit porter sur le développement des manifestations sportives. Favoriser une politique événementielle permet à nos Clubs comme à la ville de
rayonner et Armentières, tant à l’échelon métropolitain qu’à
l’échelon national, doit pouvoir en tirer parti pour offrir à ses
habitants des manifestations sportives d’envergure. Cela suppose de mobiliser les Clubs afin qu’ils mobilisent à leur tour
leur fédération avec l’appui de la ville pour l’organisation de ces
événements. Parce que des manifestations d’importance créent
l’attractivité et génèrent des retombées économiques qui favorisent nécessairement notre commerce local. Mais là encore,
l’accompagnement de la ville doit être significatif et intégrer
l’ensemble des problématiques suscitées par de telles manifestations : accueil des publics, hôtellerie, restauration, sécurité,
mutualisation des salles et des équipements, communication
adéquate… Autant de sujets qui méritent des planifications importantes qu’il ne faut absolument pas négliger pour se donner
la chance de réussir pleinement.
Un dernier axe de la politique sportive doit consister en l’animation et l’éducation des jeunes Armentiérois, par la mise en
œuvre d’un programme d’animation périscolaire et extrascolaire diversifié et de qualité, car la politique sportive doit permettre de répondre aux besoins de nos jeunes en contribuant
à leur développement. La mise en œuvre d’un « pass’sport »
permettrait aux clubs d’éviter les tracas assurantiels et éloignerait les risques auxquels ils sont confrontés lors des premières
séances. Cela offrirait à toutes les Armentiéroises et à tous les
Armentiérois la possibilité de tester plusieurs activités en début
d’année sans n’avoir rien à payer. Cette idée mériterait d’être
évaluée et confortée pour être mise en œuvre au bénéfice de
tous. Qui plus est la ville doit continuer à accompagner la communication des clubs grâce aux supports qui sont les siens dont
son site Internet et son journal. Autant d’outils qui doivent permettre la promotion des Clubs et par-delà celles des activités
sportives.
Le sport, c’est la vie. La politique sportive doit donc rester au
cœur des politiques municipales, en appui de celles qui sont
menées pour l’éducation, les familles, les jeunes, les seniors,
la santé… La difficulté reste pourtant à chaque fois la même.
Rester ambitieux et cohérent dans les politiques qui sont à
conduire, dans un contexte contraint où les finances publiques
sont souvent exsangues. Cela suppose beaucoup de patience,
de dialogue et de pédagogie. Armentières dispose d’infrastructures nombreuses dont un complexe sportif et une base nautique, et par-delà d’une richesse associative indéniable. Il s’agit
là de forces et d’atouts indéniables pour permettre de développer une politique sportive en faveur et au service des Armentiéroises et des Armentiérois.

De la jeunesse

Evoquer la jeunesse ce n’est pas seulement renvoyer à une
frange de la population qui se trouverait entre l’enfance et
la vie adulte. Ce n’est pas non plus renvoyer à cette image si
souvent peinte dans les médias d’adolescents ne sachant parler que par monosyllabes ou rivant leur attention constante sur
Instagram, Twitter et autre Facebook, capables en somme de
n’avoir d’intérêts que pour les écrans, la téléréalité et les SMS
mal orthographiés. Evoquer la jeunesse c’est dans mon esprit,
convoquer ce moment de la vie si particulier où se féconde en
chacun le rêve vibrant d’une vie d’adulte réussie. Et la responsabilité qui demeure la nôtre est de tout entreprendre pour que ce
rêve s’accomplisse. Rien n’est pire, quand on est à l’âge adulte,
que de regretter le chemin de sa jeunesse. Il faut donc tout faire
pour que les possibles se concrétisent et qu’aucun jeune ne soit
oublié. Et cela n’est pas facile. Parce que nous ne naissons pas
tous égaux et qu’il est acquis que certains pourront compter
sur ce que la vie leur offre dès la naissance, c’est-à-dire, avant
toute chose, une famille aimante et par-delà, toutes les facilités que l’on peut avoir quand l’on naît « avec une cuillère en
argent dans la bouche ». Les autres ne devront compter que
sur eux-mêmes et sur ce qu’offre la République pour permettre
l’émancipation, l’autonomie et la réalisation. Cela ne donne pas
les mêmes chances et prétendre le contraire n’est rien moins
qu’une insulte à la face de tous ceux qui n’ont pu s’élever que
par la force de leur travail, comme à la face de tous ceux qui,
malheureusement, n’y sont pas parvenus. Au cœur de tout, ce
sont donc d’abord pour moi, quand l’on évoque la jeunesse, les
questions de l’éducation, de la formation et de l’insertion qu’il
convient de traiter. Mais ce sont également celles qui ont trait à
l’accompagnement et à toutes ces politiques qui permettent la
réalisation par le sport, la culture, le logement, la santé…. Parce
que la jeunesse c’est un moment singulier de la vie, fragile et
semé de difficultés, de doutes et de chemins à prendre.
Suivant les chiffres de l’INSEE, le taux de chômage des jeunes en
France est le plus important, avec un bataillon de près de 20,8%
de la population active pour la seule tranche d’âge comprise
entre 15 et 24 ans au deuxième trimestre 2018 (Source www.insee.fr). Et même parmi ces jeunes, il faut encore identifier tous
ceux qui sont sortis des circuits scolaires et cette frange invisible
de la jeunesse française qui, bien qu’ayant accompli des études
supérieures, ne parvient pas à décrocher un emploi. Parce que
si l’on reste capable de trouver des dispositifs aidants pour tous
ceux qui sont en difficulté – comme la Garantie jeune auprès des
Missions locales avec une file active de 269 bénéficiaires au 30
novembre 2018 à Armentières – faisons ensemble le triste constat
que nous n’offrons aucune solution à tous ceux qui, ayant suivi
le chemin d’une scolarité réussie, n’ont quand même pas pu obtenir d’emploi. Ceux-là, se rabattent sur des emplois sous-qualifiés avec ce que cela comporte comme mésestime de soi. Pire,
ceux-là, chassent mécaniquement du marché du travail tous les
jeunes qui, ayant accompli des parcours plus modestes, auraient
pu prétendre à ces emplois. Il en résulte une jeunesse inquiète,
qui souffre de ne pas pouvoir trouver sa place. Dans ce concert
des avenirs incertains, une partie invisible de la jeunesse, celle
dont précisément on ne parle jamais, parvient au bout du chemin
et réussit. Parfois brillamment. Mais cela n’est absolument pas
suffisant. C’est la raison pour laquelle, l’emploi des jeunes (et
celui des plus de cinquante ans) est souvent vécu comme un enjeu
de société justifiant des politiques volontaristes et innovantes.
La commune, même si elle ne peut directement agir, ne peut
rester étrangère à ces constats et a donc une part à prendre sur
ces questions au niveau des responsabilités qui sont les siennes,
même modestement. Mon premier mandat politique est resté lié
à la politique de la jeunesse. Au cœur du programme de 2008,
l’équipe municipale s’était engagée à réaliser un espace dédié à
la Jeunesse. C’est de cette manière-là que le projet de l’Espace
Ressources Jeunesse (ERJ) est né. Jusque-là, il s’agissait d’un
dispositif nébuleux sans affectation véritable, ni lieu attitré.
Sous l’ancienne mandature le projet était initialement projeté
sur la base des Prés du Hem, avant que de transiter un temps au
Centre social Salengro pour finalement atterrir au sein de l’ancienne école située rue de Messine et aujourd’hui démolie. Ce
dossier était une vraie « patate chaude » si l’on m’autorise cette
expression triviale. J’en avais parfaitement conscience. Avec Kathy Pascual, Directrice du Service Jeunesse, nous avons alors
immédiatement pris le taureau par les cornes. Cette énergie
de mes débuts est restée salutaire car une année après, la crise
économique qui a traversé la France – et rattrapé Armentières
– aurait pu remiser aux calendes grecques le projet… Dans l’immédiat, je souhaitais que cet ERJ se construise dans un quartier
qui n’avait jusque-là, pas forcément de structure de proximité
en direction des jeunes. Le quartier Salengro comme celui du
Bizet disposait d’un centre social. Le Club Léo Lagrange développait pour les jeunes des activités nombreuses en centre-ville.
Le Bureau Information Jeunesse (BIJ) était lui aussi en cœur
de ville. Le club de prévention Antidote bénéficiait quant à lui
et principalement d’un agrément sur la Route d’Houplines. Le
choix s’est donc porté assez rapidement sur le quartier des Prés
du Hem qui avait l’avantage d’être populaire et qui méritait
sans conteste toutes nos attentions. S’implanter au plus près des
publics pour demeurer attractif et pertinent. C’était là l’idée.
Il restait néanmoins une difficulté d’importance relative aux
investissements dont nous pouvions disposer pour faire émerger ce projet. Et la réponse était assez simple. Nous disposions
de peu. Grace à Kathy (rendons à César ce qui lui appartient),
l’idée d’implanter des « Trans-locaux » a émergé. Nous avons
alors épuisé quelques recherches et constaté que les pays scandinaves étaient en avance sur l’utilisation de ces structures mobiles qui n’avaient plus rien à voir avec l’idée que l’on pouvait
se faire d’un mobile-home lambda, voir même d’une cabine de
chantier. Nous avons foncé. Et grand bien nous en a pris pour
la raison que j’ai exposée plus haut. Au final, cette structure est
restée une vraie réussite et aujourd’hui, l’ERJ est un dispositif à
part entière offrant de nombreuses animations pour les jeunes
(sport, culture, danse…), en un lieu unique où chacun peut se
retrouver dans des activités ouvertes et organisées sur des temps
périscolaires. Souvent, l’occasion est trop belle pour évoquer
un problème, effacer une difficulté ou aider ceux qui trouvent
là une écoute et des équipes qualifiées pour les accompagner.
A côté de cet outil existait déjà le Bureau Information Jeunesse
que nous avons déménagé sur « Debosque », une structure assurant l’accueil anonyme des jeunes et leur permettant de disposer d’informations sur la sexualité, les MST, la drogue… tout
en offrant différents services comme l’aide à la réalisation d’un
Curriculum Vitae. Ces structures (ERJ et BIJ) sont aujourd’hui
les piliers de la politique jeunesse et c’est encore sur elles que
repose l’ensemble les actions qui sont mises en place pour accompagner et aider les jeunes Armentiérois, avec à chaque fois
des réponses adaptées et spécifiques aux problématiques rencontrées.
Je voulais toutefois aller plus loin et développer autour de ces
structures, des temps forts. Ce fut le Festival de la Jeunesse, le
Salon de l’emploi que nous avions initié sur la Base des Prés du
Hem, ou la manifestation « Vibrations », la journée info tabac,
l’action contre le HIV, le rallye de l’emploi… Les succès étaient
divers, avouons-le, mais j’en acceptais la circonstance. Le Festival de la Jeunesse principalement, était déménagé chaque année
dans un quartier de la ville et j’expliquais que si nous prenions
à chaque fois un risque à nous déplacer, ce n’était pas là le principal. Le confort d’une manifestation réussie n’était pas mon
objectif. Je voulais que tous les jeunes soient au courant de ce
qui était fait pour eux, quels que soient les quartiers de la ville.
Kathy et ses équipes (Julien Grimmelpont et Rodolphe Patou)
se démenaient et j’étais toujours très reconnaissant de ce travail
souterrain des services pour que les actions fonctionnent parfaitement. Il fallait prévoir l’arrivée des fluides, la présence des sanitaires, les configurations d’implantation avec tout ce que cela
engendre en termes de circulation, les coordinations avec les associations… Rien n’était simple. Mais à chaque fois, les services
étaient au rendez-vous (Gestion du Patrimoine, Tranquillité
publique…etc). Ce fut donc la Place Chanzy, la Grand Place, le
quartier de la Gare, la coulée verte, le square Jean Baptiste Le
Bas, le Bizet… Au final, nous y arrivions et cette déportation
perpétuelle du Festival restait pour moi le gage d’une proximité avec les jeunes et les habitants, une manière de dire : « nous
sommes là, avec vous ». C’était là des moments très heureux de
ma vie politique et j’apprenais moi aussi ce qu’était le rôle d’un
élu dans la cité.
A chaque fois je m’étonnais de toute cette jeunesse, de sa diversité, de ses combats, de ses difficultés aussi. Le CLAP (dispositif
animé en lien avec la Région et l’Etat) était pour moi un moment
important. Des jeunes venaient rechercher un point d’appui à la
construction d’un projet qui, s’il était retenu, obtenait un financement. C’était important parce qu’il s’agissait de monter son
entreprise, partir en Afrique pour aider à la construction d’une
école, créer une association… J’étais jeune moi aussi. Je comprenais ce qui se jouait parfois et j’étais admiratif de beaucoup
de ces jeunes. Je m’interrogeais en moi-même. Quelle aurait
pu être ma trajectoire si je n’avais pas eu les mêmes chances ?
Aurais-je eu la même énergie ou me serais-je perdu en route ?
On ne comprend ces choses qu’en y restant confronté. Pour ma
famille, la scolarité était un enjeu d’importance et il me semble
encore aujourd’hui, quand la journée du dimanche tire à sa fin,
entendre la voix de mon père m’interrogeant sur mes devoirs.
Cette voix qui est sans aucun doute celle que j’emprunte à mon
tour quand, la fin du week-end approchant, je pose ces mêmes
questions à mes enfants. Mais ce jeune-là que je venais de rencontrer, avait-il eu seulement un père ? J’ai plaidé devant la
Cour d’assises des mineurs. Je sais que l’on peut ne pas avoir de
père. Parce qu’il est mort bien sûr. Mais ce peut être aussi parce
qu’il est absent, du fait de la vie, de l’alcool, de la Justice, de la
prison… Non, je restais, et reste encore, admiratif de certains
parcours. Intimement, je pense même aujourd’hui qu’il m’arrive de ressentir une forme de gêne pour tout ce que la vie m’a
offert. C’est peut-être à cause de cette créance que je porte en
moi que je me suis investi dans le monde associatif puis plus
tard en politique. Avec cette idée que je reste redevable et que je
dois rendre. Et ma dette est immense.
La politique de la jeunesse doit aujourd’hui poursuivre l’effort
d’animation qui est le sien et au-delà, parvenir, plus que toute
autre politique, à favoriser des transitions avec l’ensemble des
acteurs qui concourent à l’accompagnement des jeunes. C’est
de l’articulation entre ces acteurs que dépend selon moi la pertinence des actions à mener sur le territoire. Mais il faut aller
plus loin en déterminant un axe politique principal permettant
de faire sens par référence aux besoins de notre Jeunesse. De
manière embryonnaire existait le Plan Actions Jeunesse (PAJ),
lequel recensait tout ce qui pouvait se faire sur la ville en matière de jeunesse à la manière d’un catalogue. J’avais développé
quelques années plus tard, sous le label Plan Actions Jeunesse
Armentiérois (PAJA) le concept, avec cette idée de faire conjuguer toutes les énergies des acteurs et structures du territoire.
Le recensement était un premier pas. Faire travailler en cohérence chaque structure ensemble en était un autre. Je dois reconnaître n’avoir pas atteint sur ce point l’objectif que je m’étais
fixé, la fin du mandat me projetant dans une autre délégation et
m’éloignant de la politique jeunesse. Je me souviens notamment
avoir essuyé beaucoup de résistances quand il s’était agi de lisser
l’ensemble des tarifications des structures, chacun campant sur
une logique qui lui restait propre, sans ambition véritable d’en
changer. Plus tard, nous avions décidé de coordonner toutes les
actions menées durant l’été pour permettre à chaque jeune de
trouver chaque week-end une animation. Précisément parce
que beaucoup ne partaient pas en vacances et qu’il était évidemment souhaitable de ne pas concentrer sur un même week-end
plusieurs actions et de n’en avoir aucune sur une autre fin de
semaine. Cela est resté profitable. Le temps a passé, d’autres ont
pris la suite avec des difficultés budgétaires supplémentaires, il
faut bien l’avouer. Aujourd’hui, nous devons renouer avec cette
ambition pour la politique jeunesse. Mais nous devons surtout
axer la politique jeunesse en fonction des besoins qui sont les
siens. Il faut faire sens. Parce que c’est un gage de cohérence et
de pertinence en politique. C’est un chantier qui peut trouver
force et vigueur en fédérant les actions de chacun. Toujours au
bénéfice des jeunes qui sont nos enfants, et plus encore de notre
avenir commun.

L’Europe doit être Fraternité

C’était en 1984. J’avais 10 ans. Et je me souviens très bien de
cette image de François Mitterrand saisissant la main d’Helmut
Kohl, à Douaumont, là où jadis, sur cette terre bigarrée, trempée
de boue et chargée de mémoire, les deux nations s’étaient affrontées. A l’âge qui était le mien, cette image me donnait à penser
que la guerre n’était plus possible. Qu’elle était loin et surtout
qu’elle ne reviendrait plus. J’avais appris à l’école, la CECA,
le traité de Rome, la CEE et mon collège s’appelait Jean Monnet. Plus tard, je vivais par le filtre des informations télévisées
les élargissements de l’Europe à d’autres pays. Je comprenais
que dans l’esprit des uns et des autres, le principal sujet des inquiétudes et des interrogations était surtout la question économique. J’entendais parler d’un plombier polonais et tout cela
me paraissait finalement très loin. En 1992, j’avais 18 ans et je
prenais part pour la première fois à la vie citoyenne lors des
élections sur le Traité de Maastricht. Et je votais « oui ». Parce
que pour moi, l’Europe était un bien commun rapprochant les
hommes plutôt que les divisant. A la faculté, j’étudiais plus tard,
en deuxième année de droit les Institutions Européennes et prenais la mesure des choses avec acuité. Ma vie étudiante m’ouvrait au monde et je devenais peu à peu libre de mes opinions.
Et le temps a passé. Avec lui, l’Europe se dotait d’une monnaie
unique en 1999. J’avais le sentiment que le sens de l’Histoire me
donnait raison. Mais j’entendais peu à peu, et ici et là, poindre
les critiques. L’Europe était pour beaucoup devenue lointaine,
technocratique, perdue dans des réglementations idiotes et incapable de résoudre les difficultés que pouvaient vivre les citoyens dans leurs quotidiens. La crise économique rattrapait la
construction européenne et l’Europe semblait comme détachée
des peuples, inutile, coûteuse et même, source d’affaiblissement
pour les nations. Si je ne minorais pas certaines critiques, je
conservais – comme aujourd’hui – mon âme européenne. Parce
que pour moi l’Europe est le seul horizon de nos possibles. Et
cette idée profonde ne m’a jamais quittée. Je pense d’ailleurs
que les citoyens n’expriment pas ne plus vouloir être européens.
Leurs contestations concernent les institutions européennes et
non l’Europe elle-même. Les résultats des sondages de l’Eurobaromètre en attestent. La réconciliation avec les institutions
européennes et le retour de la confiance, ne seront néanmoins
possibles que si l’Europe parvient à relever les défis qui sont
devant elle.
Le premier d’entre eux concerne bien évidemment le Brexit qui
est resté un mauvais coup (et c’est le moins !) à la construction
européenne. Au-delà de la rupture entre Londres et Bruxelles,
c’est bien l’enjeu des nouveaux partenariats entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni qui est en cause. Par-delà, c’est
notre capacité collective à convaincre chacun que nous pouvons
dépasser ce divorce, et que celui-ci n’ouvre pas pour les autres
membres de l’Union la voie à des replis sur soi. Le moteur franco-allemand a une large responsabilité dans cet avenir commun,
notamment par la régulation de la zone monétaire que la crise
de la dette grecque a très largement obérée. La capacité des Institutions européennes à piloter stratégiquement et politiquement la zone monétaire sera donc déterminante dans les prochaines années et constitue un deuxième enjeu d’importance.
Mais cela suppose également que les peuples eux-mêmes soient
mus par un élan européen nouveau que pourrait permettre une
démocratie retrouvée, rapprochant en somme les citoyens de
leurs Institutions et permettant d’effacer les incompréhensions
et les éloignements. Et c’est là qu’à mon sens les difficultés sont
les plus signifiantes. Les nationalismes exacerbés, comme les
scepticismes de tous poils que confortent les difficultés économiques actuelles, en témoignent. L’arrivée au pouvoir dans
plusieurs états membres de gouvernements souverainistes et
d’extrême droite, reste inquiétante. Je ne crois pas au retour de
la guerre même si je ne minore pas les risques que cela peut engendrer en termes de démocratie. Ces constats signent surtout
des replis sur soi et des égoïsmes qui freinent nécessairement
la construction européenne alors que, contrairement à ce que
beaucoup peuvent penser, il me semble qu’au contraire, nous
avons nécessairement besoin de « plus » d’Europe. Parce que les
enjeux de demain ne se résoudront pas de manière isolée. Qu’il
s’agisse de l’emploi, de l’écologie, de notre positionnement par
rapport aux autres grandes puissances du monde (Etats-Unis,
Russie, Chine), de nos politiques communes concernant l’agriculture, de notre défense européenne… C’est notre capacité à
rester solidaires dans la résolution de ces problématiques qui
demeurera salutaire, au moment même où la première puissance du monde affiche des replis sur elle-même et remet en
cause ses engagements internationaux en laissant croire que
cela pourrait devenir la règle. Un troisième défi qui reste donc
d’abord démocratique mais qui emporte des conséquences sur
les solidarités que nous sommes capables de démontrer entre
nous pour faire face aux enjeux politiques du monde de demain.
Et cette conviction qui est la mienne rejaillit avec force quand
il s’agit d’évoquer la question actuellement prégnante dans nos
actualités quotidiennes, des migrants et du sort qu’il convient
de leurs réserver. Pouvons-nous fermer les yeux sur les drames
qui se jouent chaque jour en Méditerranée et par-delà, sur les
chemins de la migration, notamment en Afrique de l’Est, au
bord de l’Erythrée ou encore aux confins de la Syrie ? Quel
regard d’humanité sommes-nous encore capables de porter sur
ces situations qui interrogent notre propre sentiment de Fraternité ? Chaque fois que l’Aquarius cherche, hagard, un port
pour déverser nos frères humains, l’oraison est-elle encore de
mise à l’heure des décisions ? Et le problème se pose à nous bien
plus que nous pouvons le penser. Même si au sein de l’EPSM un
certain nombre de migrants sont accueillis, Armentières ne fait
pas partie des villes réquisitionnées pour faire face à l’accueil
des migrants suite au démantèlement de la jungle de Calais.
Mais s’il advenait, demain, qu’Armentières soit désignée pour
accueillir ces enfants, ces femmes et ces hommes, quelle attitude
adopterions-nous ? Parce qu’ils fuient la guerre, les inondations, la torture, les persécutions… les migrants sont avant tout
des réfugiés. Derrière ce mot, ce sont des vies, des destins, des
espoirs. Et l’on ne peut pas, au nom de l’entre-soi, de l’identité
univoque ou de nos propres difficultés, tourner le dos à nos responsabilités et à notre humanité. Parce qu’Aylan Kurdi, cet enfant noyé et échoué sur une plage turque en Méditerranée n’est
pas mort pour rien. Parce que ces familles entières qui traversent
l’Europe en file indienne, comme avant eux nos grands-parents
sous les bombardements, en portant dans leur bras tout leur
monde et tout leur désespoir, ne marchent pas pour rien. Face
aux images qui giflent nos consciences, l’émotion ne peut pas
seule guider l’action publique, et ce que nous devons à ces enfants, à ces femmes et à ces hommes, ce ne sont pas seulement
de bons sentiments. C’est avant tout de demeurer responsables.
Certains voudraient « tout fermer » et dès lors fermer les yeux
sur ces réfugiés qui meurent à nos portes. D’autres, à l’inverse
voudraient « tout ouvrir » et par là fermer les yeux sur les réalités
et les difficultés qui sont déjà les nôtres. Les solutions simplistes
n’existent pas et la vérité est à rechercher dans un nécessaire
entre deux. Alors oui, je considère que nous devrions prendre
notre part de responsabilité en imposant avant tout chose, un
accompagnement par des structures spécialisées en ayant l’expérience. Cela supposerait du reste un financement propre de
l’Etat et de l’Europe pour ne pas impacter le budget communal
et déterminer des pressions fiscales supplémentaires. Enfin, il
conviendrait de nous accorder sur un nombre raisonnable de
personnes à accueillir pour respecter nos propres équilibres. Ce
sont là et à mes yeux, les conditions sine qua non d’un accueil
digne, et responsable ne donnant prise ni aux démagogies ni
aux populismes ni à des efforts inconséquents pour les Armentiéroises et pour les Armentiérois. Je fais en toute hypothèse
confiance à Armentières, ville profondément européenne, jumelée aux villes de Stalybridge, Osterode et Litomérice, et profondément solidaire dans son Histoire, pour ne pas tourner le
dos à ces situations.
L’Europe doit en tout état de cause régler cette question et c’est
là son quatrième défi. Le règlement de Dublin, qui laisse la
charge des migrants au premier pays d’arrivée dans l’Union européenne tout en insistant sur la protection des frontières, doit
continuer à s’appliquer. Mais cela n’est possible que si l’Europe
est également capable d’organiser entre chaque Etat membre
des quotas d’accueil qui répartiront, avec équilibre et de manière juste, ces réfugiés. La Grèce et l’Italie (les pays les plus
concernés) ne doivent pas être les seuls Etats à devoir absorber
l’arrivée en nombre des migrants au prétexte de leurs proximités géographiques. L’Europe doit donc parler d’une seule voix
et coordonner ces accueils de manière juste. Au nom de notre
Fraternité et je l’affirme sans vouloir être dithyrambique, au
nom de notre Humanité.
On le voit, les défis de l’Europe s’inscrivent dans une complexité inouïe du monde, avec des difficultés économiques qui
engloutissent tous les raisonnements et sur lesquels font leurs
lits les populismes et les démagogies. La conscience européenne
s’en trouve nécessairement abimée et met de facto en fragilité
la construction européenne. Et c’est peut-être là que se jouera demain l’avenir de l’Europe, avec cette idée qu’il nous faut
aussi, en tant que citoyen, comprendre que la construction
européenne, si elle passe par des évolutions des Institutions et
des politiques à mettre en œuvre, repose aussi sur notre capacité collective à intégrer cette nouvelle dimension européenne.
Cela suppose des prises de consciences et des efforts de chacun pour dépasser les difficultés actuelles en poursuivant la
construction d’une Europe fraternelle, capable de fonder un
destin commun des peuples européens.

Armentières, ville santé

La santé reste une politique spécifique qui en tant que telle
échappe à la compétence naturelle des municipalités. Tenant
compte des fragilités de la population et de la présence sur son
territoire de deux hôpitaux, la municipalité armentiéroise a
toujours porté une ambition politique importante en matière
de santé publique, au point d’être notamment reconnue « ville
OMS » (label de l’Organisation Mondiale de la Santé). Il faut
s’enorgueillir de cette volonté politique qui a permis l’émergence d’un service public dédié au sein de la collectivité (Service « Promotion Santé et Handicap ») lequel développe tout au
long de l’année de multiples actions par l’interface de plusieurs
outils (dont l’Atelier Santé Ville et le Plan Local de Santé Publique), en lien avec des partenaires reconnus du monde de la
santé, dont les structures associatives, l’Etat, l’ARS (Agence Régionale de la Santé), les acteurs de la santé du territoire…. L’enjeu est celui d’une réduction des inégalités en matière sanitaire
et sociale, notamment dans les quartiers placés en politique de
la ville. Le tropisme de cette politique s’étend à la santé des enfants et des jeunes dans le cadre de la prévention au sein des
établissements scolaires (alimentation et activités physiques, hygiène, prévention des accidents domestiques, prévention des addictions – écrans, drogues…-). Mais il est également possible de
citer la politique de promotion du dépistage de certaines formes
de cancers, ou encore du plan défibrillateurs qui a été déployé
sur le territoire avec l’installation de près de 41 appareils via
le financement de fonds publics et privés… La pertinence de
cette politique est incontestable même si elle trouve nécessairement une limite dans certaines opérationnalités puisqu’il faut
comprendre qu’une municipalité n’est pas un acteur naturel du
monde de la santé. Sachons à cet égard saisir la richesse que
procurent nos deux hôpitaux à notre territoire pour faire de
celui-ci un territoire où la santé publique sera prise en compte à
tous les âges de la vie et sera accessible à tous.
L’EPSM est spécialisé en santé mentale et le CHA en soins
généraux (médecine, chirurgie, obstétrique). Nul ne l’ignore.
Mais mesurons ensemble que l’un a plus de 400 ans d’existence (l’Etablissement Public de Santé Mentale) et l’autre 600
ans d’existence (Centre Hospitalier d’Armentières) Qui le sait ?
Et qui sait qu’ils emploient à eux deux plus de 3000 professionnels (médecins, sages-femmes, infirmiers, aides-soignants,
agents des services de gestion, psychologues,…) ? Personne ne
parierait sur ces chiffres. Cet héritage a permis de faire vivre à
Armentières deux hôpitaux en les maintenant au meilleur niveau de l’accueil et des soins, et cela malgré les catastrophes de
l’Histoire dont notamment la première guerre mondiale. Peu
importe la date de naissance de ces hôpitaux (1482 pour le CHA
et 1615 pour l’EPSM), ce qui compte c’est la démonstration de
la volonté de la population Armentiéroise de soutenir « sa »
communauté hospitalière qui en retour, constitue un fondement solide pour la ville et ses habitants par ses valeurs morales
et professionnelles. Aux professionnels du secteur hospitalier,
il convient aujourd’hui d’associer plus largement le secteur des
prises en charge libérales en proximité de la population et en
extension significative. Cette couverture enracinée sur le territoire assure aux Armentiéroises et aux Armentiérois une qualité
de soins et une réponse en santé très positives.
Le CHA répond aux besoins de santé polyvalents d’une population d’environ 180.000 habitants. Il a reçu une mission, une
vocation territoriale marquée pour la Flandre Intérieure. Il est
sensiblement bien doté, notamment en matériel d’imagerie (un
scanner, deux IRM). Ces équipements sont suffisants et opérationnels. Cependant l’activité n’est pas au rendez-vous pour
atteindre une rentabilité pérenne pour cet hôpital. Cette situation résulte de la concurrence que se font les établissements et
professionnels de la métropole lilloise, avec un taux de fuites
important qu’accélère l’actualité du CHA, en prise avec de
graves difficultés financières qui ont conduit à sa mise sous administration provisoire en novembre 2018. Pourtant la qualité et la sécurité des soins sont particulièrement bien construits
en chirurgie ambulatoire. L’hôpital, en interne, est organisé en
pôles d’activités qui ont remplacé les services. Les pôles sont
au nombre de sept (chirurgie, médecine, gériatrie, femme-mère
et enfant, urgences-réanimation SMUR, anesthésie, imageriepharmacie-laboratoire). Cette organisation offre au CHA un
dynamisme significatif. En externe, le CHA est engagé dans de
nombreux partenariats y compris avec l’EPSM : contrats, GHT
(Groupement Hospitaliers de Territoires) et GIE (Groupement
d’Intérêt Economique) avec le secteur libéral pour l’IRM. Ces
coopérations restent toutefois déséquilibrées et certaines méritent incontestablement d’être revues.
L’EPSM d’Armentières a construit une Direction commune
avec l’EPSM des Flandres à Bailleul. Cette association propulse ces établissements à la troisième place de tous les établissements hospitaliers Français spécialisés en Santé Mentale et
Psychiatrie. Gérant dix secteurs et inter secteurs de soins psychiatriques, l’EPSM d’Armentières couvre une population de
640.000 habitants, son activité augmente régulièrement de façon importante ce qui reste le signe d’un hôpital à la pointe de
sa médecine. De Nieppe à Neuville en Ferrain, de Deulemont à
Mouchin, l’EPSM gère plus de 80 structures (15 centres médico
psychologiques, 19 équipes mobiles, 4 centres de consultations
spécialisées, 1 centre intersectoriel d’accueil de crise, 4 structures
d’appartements thérapeutiques, 1 centre de post cure psychiatrique, 11 hôpitaux de jour, 14 centres d’accueils thérapeutiques
à temps partiel…etc.). A l’assemblée Nationale en séance du 25
juillet 2013, un député avait pu s’exprimer ainsi : «… inspirons
nous de l’exemple de l’EPSM Lille Métropole, qui applique depuis des années les recommandations de l’OMS et qui a réussi à
ouvrir complètement le service d’hospitalisation sur la ville… ».
Au Ministère de la santé, la Direction Générale de l’offre de
soins constate que « …l’EPSM est un établissement renommé,
repéré comme en pointe et disposant d’une certification ISO.
L’absence de postes vacants atteste de la relative attractivité de
l’hôpital pour les personnels … ». Accueillant le seul centre collaborateur de l’OMS en France, l’EPSM jouit d’une excellente
réputation au niveau national et aussi dans de nombreuses institutions étrangères.
On le comprend, ces deux hôpitaux fonctionnent à des échelles
différentes, dans des univers médicaux différents, avec des situations budgétaires différentes. Ils ont franchi ensemble les siècles
en rencontrant tour à tour des difficultés qu’ils ont su dépasser.
Nul doute que demain il en sera de même. C’est pourquoi, et
selon moi, l’avenir de ces deux hôpitaux passe nécessairement
par celle d’un partenariat renforcé entre les deux structures.
C’est la meilleure solution qui s’offre à nous pour parvenir à
résoudre certains déséquilibres financiers et par-delà, à faire de
ces différences, une force au service d’un accueil et d’une offre
de soins étendue au bénéfice de tous. Bien que l’EPSM soit
engagé dans un groupement hospitalier de territoires psychiatrique et de santé mentale, et que le CHA se trouve lui-même
lié à un groupement hospitalier de territoires de soins généraux,
avec comme établissement support le CHRU de Lille, il faut,
pour les Armentiérois, que leurs deux hôpitaux développent
leurs partenariats pour une nouvelle efficience et une nouvelle
ambition partagée. La mutualisation des fonctions supports
(cuisine et blanchisserie) a déjà produit des résultats d’économies pour le service public hospitalier. Mais ce succès partagé
doit être étendu par conventionnement à d’autres activités, y
compris médicales, telles que la psychiatrie infanto-juvénile, les
consultations psychiatriques dans le pôle femme-mère-enfant…
Les thèmes, soins et qualité des soins, système d’informations,
développement durable, relations humaines, conditions de vie
au travail… sont autant de sujets que ces deux établissements
peuvent aborder dans une démarche de coordination et d’optimisation. Et ni une coopération bilatérale, ni un partenariat
dans le territoire armentiérois ne sont interdits. L’essentiel est
d’atteindre au final une amélioration de la sécurité et de la qualité des soins au profit de la population armentiéroise. L’arsenal législatif et règlementaire n’interdit pas, loin s’en faut, une
telle démarche. Bien sûr, personne ne peut affirmer que cette
démarche est facile. Des freins existent. Le passé récent a démontré que le chemin des dynamiques positives et participatives reste ardu. L’échec de la mise en place du syndicat inter-hospitalier entre les deux établissements en 2002 – malgré
l’appui de l’ARS (Agence Régionale de Santé) – en est la plus
éclatante démonstration. Ce rendez-vous manqué doit cependant nous éclairer en même temps que nous devons mesurer les
avantages que procurerait cette dynamique pour les hôpitaux
eux-mêmes et le développement des offres de soins. Et je suis
convaincu qu’aucun obstacle n’est infranchissable si on le veut
vraiment. Le tout est de le vouloir en dépassant certains clichés
de concurrence qui n’ont pas leurs places dans une réflexion
visant à conforter le service public de la santé.
Il faut donc le faire. Mais la question du comment demeure entière. Quelle peut être d’ailleurs la responsabilité des élus locaux dans cette évolution ? Précisons tout d’abord que l’article
L6141-1 du code de la santé publique est ainsi rédigé au paragraphe 3 : « les établissements publics de santé sont dotés d’un
Conseil de Surveillance et dirigés par un Directeur assisté d’un
Directoire ». En 2009, à l’occasion de la réforme hospitalière,
le Conseil d’Administration a cédé sa place au Conseil de Surveillance, et partant, a modifié le périmètre des compétences de
cette instance, en la dirigeant vers des orientations de stratégie et
de contrôle permanent de la gestion de l’établissement. A partir
de là, les représentants des collectivités territoriales, qui composent le tiers des Conseils, ont nécessairement un rôle à jouer
et ils ne peuvent absolument pas en minorer l’importance ; surtout en ce qui concerne le Président du Conseil de Surveillance
qui est élu parmi les représentants des collectivités territoriales
et les personnalités qualifiées. Dans la majorité des cas, c’est le
Maire de la collectivité, siège de l’hôpital, qui est choisi. C’est
le cas à Armentières pour les deux établissements publics, ce
qui induit une responsabilité d’importance ainsi qu’il est aisé
de le comprendre tant les attributions du Conseil de Surveillance sont elles-mêmes fondamentales pour les orientations
stratégiques de l’hôpital et sa gestion. Ainsi et de par la loi, le
Conseil de Surveillance reçoit le rapport annuel du Directeur et
communique à l’Agence Régionale de Santé ses observations.
Il opère à tout moment les vérifications et les contrôles qu’il
juge opportuns. Il formule ses observations sur les comptes. Il
délibère sur le projet d’établissement et donne son avis sur la
politique d’amélioration de la qualité. Les responsabilités du
Conseil de Surveillance sont donc extrêmement importantes et
au sein de cette instance la voix des élus, et notamment celle
du Président, est prépondérante. Il est donc essentiel que le
Conseil joue son rôle et que les représentants des collectivités
territoriales, sous la coordination du Président, soient totalement impliqués. A défaut, la Direction de l’hôpital se trouve
nécessairement fragilisée et en prise avec des difficultés qu’il est
aisé de mesurer. Que l’on me comprenne bien, la loi ne crée pas
un pouvoir d’ingérence mal placé, mais une possibilité d’infléchir la Gouvernance des établissements et par là d’impulser la
meilleure stratégie qui soit en contrôlant l’efficience de la gestion de l’hôpital. Cela exige des élus une large implication et un
souci constant de représentation des citoyens, en ayant un seul
objectif : l’amélioration de la qualité des soins à la population.
On ne peut pas à cet égard, faire semblant d’ignorer la situation particulière du CHA dont le déficit dépasse le supportable.
L’EPSM pourrait être inquiet d’une stratégie qui consisterait à
« déshabiller Pierre pour habiller Paul ». Cette inquiétude, sans
être totalement justifiée, pourrait être confortée par la politique
nationale qui n’a pas toujours un regard positif à l’égard de la
psychiatrie et la relaie au second plan par rapport à la médecine de soins généraux, considérée, sans justification véritable,
comme plus « noble ». Tant que notre regard ne changera pas
sur ces conceptions, nous ne parviendrons pas à résoudre les
équations qui se posent à nous. Il est donc essentiel que les projets d’établissements de l’EPSM et du CHA soient contractualisés dans un esprit « gagnant- gagnant ». Les Conseils de surveillance pourraient d’ailleurs être une force de proposition pour
créer ensemble, et par exemple, un Comité d’orientation stratégique sous le patronage de l’ARS. Ce Comité d’orientation
stratégique aurait pour mission de travailler après inventaire,
à la mise en œuvre d’actions concrètes pouvant être mutualisées entre les deux hôpitaux, en cohérence avec les logiques de
chaque établissement, dans une ambition commune de réussite
et d’élargissement des prises en charge des patients.
J’insiste : il ne s’agit pas dans mon esprit, d’ingérence ou d’entrisme, mais d’une volonté de mutualisation des actions de chacun des deux établissements. On peut prendre un exemple positif pour le démontrer, comme la politique menée par l’EPSM
concernant le maintien dans l’emploi et le recrutement des
personnes handicapées (Voix du Nord du 23/11/2018). L’expérience de l’un peut servir à l’autre et, dans ce cadre, faire levier
à la politique de l’emploi des agents. On peut également considérer que les deux établissements mènent de concert des actions
spécifiques de prévention et de santé publique qu’il pourrait
être opportun d’unifier dans le cadre d’une communication mutualisée, toujours au service de l’offre de soins et des patients.
L’on peut de même développer des réflexions sur la formation
et la recherche, sur l’efficacité des achats, etc… Enfin, sans être
exhaustif, il est possible de construire une analyse globale des
actions à mener, en s’appuyant sur la volonté d’améliorer la
qualité de toutes les prestations servies aux usagers, patients et
proches sur le désir de performance sociale et d’amélioration
des conditions de vie au travail, et enfin sur l’efficience pérenne
dans tous les actes d’investissement et d’achat. Les exemples
sont donc légions et il serait remarquable que cette dynamique
soit désormais mise en œuvre, toujours dans un esprit partagé
d’efficacité et d’amélioration des services publics.
Les enjeux, on le comprend, sont colossaux et primordiaux,
tant pour notre territoire que pour les patients, avec en fond
de scène, des choix politiques qui s’opèrent par d’autres au
nom de concurrences économiques et de stratégies d’emprises
qu’il ne faut absolument pas minorer. A partir de là, il faut dès
aujourd’hui, inscrire nos deux hôpitaux dans une logique de
regroupement, et par-delà, comprendre les places qu’ils ont à
prendre au sein même de la cité. Cela signifie très précisément,
l’intégration des politiques hospitalières aux politiques publiques, sinon leurs transversalités, pour permettre à nos deux
établissements, en ce début du XXIème siècle, de devenir – selon
la formule du Docteur Gro Harlem Brundtland, ancienne première Ministre Norvégienne et ancienne Directrice de l’OMS
– des « hôpitaux citoyens » piliers des politiques du développement durable. Telle est la dynamique qui me semble profitable à
notre territoire, aux Armentiéroises et aux Armentiérois.

Du vieillissement et des seniors

Les progrès de la médecine comme l’amélioration des conditions d’existence ont eu pour effet premier un allongement de
la vie. Cet allongement a eu des répercussions sur notre société et entrainé des conséquences qui touchent l’ensemble des
politiques publiques. L’offre de soins est bien évidemment le
premier domaine impacté par le vieillissement de la population.
Mais cela concerne bien d’autres secteurs comme le logement,
le transport, l’économie…
Suivant l’INSEE, les Armentiérois âgés de 60 à 74 ans étaient
3191 en 2015 contre 2843 en 2010. De même, les Armentiérois
âgés de 75 ans ou plus étaient au nombre de 1896 en 2015 contre
1978 en 2010. La balance de ces chiffres démontre une augmentation de 5,5 % de ces classes de la population, soit une
augmentation de plus d’un point par an en cinq ans. Ce constat
témoigne d’une évolution importante pour cette frange de la
population qui représente en 2015 pas moins de 20,3 % de la
population Armentiéroise (https://www.insee.fr/).
Nous ne pouvons ignorer ces chiffres ni mettre sous le tapis les
conséquences démographiques qu’ils emportent et auxquelles
nous serons confrontés dans les toutes prochaines décennies. Et
ces projections doivent nécessairement se coupler à la paupérisation actuelle de la population qui oblige par exemple à penser
la politique logement en intégrant le vieillissement d’une partie
de la population qui ne serait pas parvenue à sortir de l’ornière
de la pauvreté. Si nous n’intégrons pas aujourd’hui ces dimensions, si nous ne sommes pas capables de penser les politiques
d’aujourd’hui par ces équations, nous remisons nécessairement
l’avenir de la ville, des Armentiéroises et des Armentiérois. Je
crois d’ailleurs que ces préoccupations peuvent constituer des
opportunités en termes économiques. J’ai déjà évoqué mes réticences par rapport à l’implantation d’un supermarché adossé
à notre EPSM sur l’une des principales entrées de la ville. Je
pense qu’une meilleure solution aurait été de favoriser l’amarrage d’une maison de retraite à cet emplacement ou, de tout
autre équipement pouvant faire lien avec l’hôpital à l’instar d’un
centre de formations pour des personnels de santé. Le besoin
d’une maison de retraite existe sur notre territoire et le parc intérieur de l’EPSM aurait pu rester mutualisé à cet équipement.
Le sens de cette implantation aurait nécessairement constitué
une force, tant pour l’hôpital que pour ladite maison de retraite,
en répondant à un besoin actuel de la population Armentiéroise
et des autres villes du canton. Les partenaires en la matière sont
d’ailleurs légions et je ne doute pas que nous aurions pu trouver des investisseurs intéressés par un tel projet qui ne remisait
pas les logiques hospitalières et, mieux confortait les prises en
charge. Je n’y reviens pas. C’est un regret et une opportunité de
perdue pour la ville. Gageons que d’autres possibilités s’offriront à nous et que nous saurons les saisir.
Le vieillissement en tant qu’enjeu est donc un sujet préoccupant
qui intéresse toutes les situations et toutes les familles. En vieillissant, tout un chacun peut se retrouver par exemple confronté
au handicap sensoriel. Mais combien osent le faire ou pensent
à s’informer sur les aides ou les droits auxquels ils peuvent prétendre ? La problématique de la communication est récurrente.
Si les structures spécialisées à Armentières font un excellent travail, il paraît opportun de se montrer plus ambitieux en allant
à la rencontre de cette population âgée, peu habituée à recevoir de l’aide. De plus souvent ces générations peuvent légitimement rester orgueilleuses d’une vie indépendante qui n’est
plus. Ces personnes n’osent tout simplement pas solliciter un
conseil, une aide, un accompagnement en pensant que la société
à mieux à faire que de se préoccuper d’elles. Des grands-parents inquiets pour l’avenir de leurs petits-enfants qui sont sans
emploi, peuvent être gênés de mobiliser des services publics en
pensant dans leur for intérieur que d’autres priorités existent. A
ce constat s’ajoutent les replis sur soi que favorise l’âge avancé
et qui constituent en tant que tels un frein à l’accès aux services
publics. Et cela est d’autant plus vrai que la personne se trouve
isolée et seule dans son logement. Et il est encore possible
d’évoquer la dématérialisation des services publics comme facteur d’isolement ou l’impossibilité – a contrario – de l’accès aux
services publics si aucun accompagnement aux nouvelles technologies n’a été mis en œuvre. Des initiatives existent en la matière. Je pense au Club du Bel âge qui se coordonne avec le Club
Léo Lagrange par exemple pour permettre à nos Seniors d’appréhender les outils informatiques. Malgré ces apprentissages,
combien sont encore marginalisés par rapport à l’informatique
et aux nouvelles technologies ? La réponse est aisée et même si
l’informatique s’est très largement démocratisée, beaucoup de
personnes âgées restent – légitimement – réfractaires à ces outils qui n’ont émergé dans notre société qu’à la fin du XXème
siècle. Il est bien normal dans ces conditions que nombre de ces
personnes, à l’heure où la pendule d’argent s’accélère, ne se préoccupent pas de ces modernités du monde. Nous devons donc
rester absolument vigilants sur ces questions et multiplier les
initiatives pour permettre un accès facilité des services publics à
ces générations. L’isolement est donc à lui seul un sujet.
L’on a longtemps pensé qu’il restait pertinent de regrouper certains logements pour personnes âgées à l’effet de favoriser une
forme de quiétude pour les habitants. Des quartiers concentrent
dès lors ces logements sans qu’aucune autre génération ne se
retrouve en proximité. Il est possible d’évoquer la Résidence
du Pont Bayard, coincée entre la Lys et le quartier Denis Cordonnier, mais également la Résidence Raymond Lis, enclavée
entre la rue du même nom et le quartier Louise Michel, ou encore la Résidence Parmentier, absolument isolée en contre bas
du pont supérieur, et même la Résidence Jules Lebleu, dont les
immeubles en recul forment un ilot dans le quartier. Ces résidences sont aujourd’hui fragilisées par des réflexes de renfermements que l’autarcie a précipités. Les personnes peuvent ne
plus ouvrir leur porte et vivre dans un sentiment d’insécurité
propice aux fantasmes de la peur de l’autre avec les dérives que
cela peut engendrer. Je pense en ce qui me concerne qu’il faut
aujourd’hui développer d’autres politiques et, dans des proportions réfléchies, favoriser le brassage des générations pour que
nous puissions retrouver certains équilibres et une forme d’homogénéisation des quartiers propres à favoriser toutes les mixités. Cela suppose de la bienveillance et un retour à cette forme
de solidarité que l’on pouvait avoir à certaines époques de notre
Histoire commune. Le service de médiation pourrait d’ailleurs
jouer un rôle important dans ces rapprochements, en favorisant
des dispositifs de proximité qui confortent toutes les solidarités
et l’entraide naturelle que nous devrions tous avoir les uns envers les autres. Cela prendra nécessairement du temps et je mesure les changements de mentalités qu’obligent ces solutions.
Mais je suis convaincu que cela reste possible. Les virages pour
demain se prennent en toute état de cause nécessairement aujourd’hui et il est fondamental d’intégrer aux programmations
de demain ce type de réflexions qui semblent malheureusement
ne plus faire partie des équations actuelles.
De même, la mobilité doit être facilitée. Actuellement, le service
Acacia fonctionne bien mais doit pouvoir être développé et accessible à l’ensemble de la population en situation d’isolement
ou de handicap. La Citadine ne rentre pas nécessairement dans
tous les quartiers à cause de la taille des autocars accordéons
mis à disposition par la MEL. Un travail doit dans ce cadre être
entrepris avec la MEL pour obtenir des véhicules plus petits
et moins polluants. La politique tarifaire pourrait de même
être revue en fonction de la durée des trajets à l’instar de ce qui
existe déjà à Lille avec le métro, et même donner lieu à une gratuité à l’instar de ce qui a été décidé par la Communauté urbaine
de Dunkerque en 2018 ; ce en raison des problèmes évoqués
mais également par bénéfice pour le développement durable et
économique notamment. Cette décision appartient néanmoins
à la MEL et nous en restons tributaires.
Pour aider à vaincre l’isolement et faciliter l’échange intergénérationnel il faut donc être en capacité de mixer les générations dans les quartiers en diffusant l’information au cœur de
ces lieux de vie, via, pourquoi pas, les LCR (Locaux Collectifs
Résidentiels) qui sont sous utilisés. Ceux-ci sont actuellement
réservés au Club du bel âge ce qui demeure profitable. Pour autant, ces lieux pourraient être exploités davantage surtout si l’on
mesure qu’ils restent d’un entretien très couteux. Ces locaux
pourraient par exemple accueillir des permanences de certains
services municipaux ou donner lieu à des échanges entre les
écoles, les établissements spécialisés, les associations d’entraide
et les populations. Il faut donner envie aux habitants de sortir
de chez eux et c’est ce à quoi s’emploie la municipalité en organisant par exemple des manifestations comme « Les journées
Bonheur » dont le succès est véritable. De même, il faut saluer
les initiatives portées par le club du Bel âge, et les repas qui sont
organisés par les comités de quartiers de manière régulière et de
manière absolument bénévole. Cela favorise le vivre ensemble
et permet de trouver des moments d’évasions dont les seniors
ont nécessairement besoin à mesure que la vie avance, pour les
raisons que tout le monde comprend.
Le vieillissement pose par ailleurs la question difficile de l’accompagnement. Parce que l’on peut finir par perdre son autonomie et rencontrer le handicap. Cette situation n’est pas forcément semblable à celle des personnes en situation de handicap qui vivent le vieillissement. Car une personne en situation de
handicap est déjà coutumière de l’accompagnement qui reste
une prolongation adaptée dans sa vie. Les personnes qui découvrent le handicap au cours de la vie doivent d’abord accepter le principe de l’accompagnement ce qui est toujours difficile
en raison des renoncements qu’il occasionne. In fine, ce qui
reste essentiel, c’est la nécessité d’être aux côtés des personnes
âgées au moment où la vie le rend nécessaire, sans que cela soit
vécu comme un renoncement mais plutôt comme un nouveau
départ. Le foyer logement a cette vocation avec des déclinaisons
d’autonomie qui permettent de rester au plus près des besoins
des personnes. Les possibilités d’accueils sont toutefois limitées
et ne permettent pas de répondre à toutes les situations. Les
professionnels, les familles et les décideurs publics, face à ces
enjeux doivent bien évidemment converser pour orienter les
personnes vers les accompagnements les plus adaptés avec ce
constat que les conditions de ressources restent déterminantes
des solutions à mettre en œuvre. De même que peut se surajouter à cela le cas des personnes en situation de handicap qui ne
disposent pas forcément des mêmes conditions de ressources et
peuvent être livrées à la bonne volonté des structures d’accueils.
Ainsi et par exemple, pour les personnes dont le taux d’incapacité permanent est compris entre 50 et 79%, l’AAH cesse définitivement d’être versée à l’âge légal de retraite (62 ans depuis
2017). Pour les personnes dont le taux d’incapacité permanent
est d’au moins 80%, l’AAH continue d’être versée à condition
que le plafond de ressources ne soit pas atteint. Sans ressource,
les foyers d’hébergements ne sont donc plus dans l’obligation
d’accueillir les résidents. Si ceux-ci n’ont pas de famille ou
si la famille ne peut pas assumer l’accueil de leur(s) parent(s), la
plupart des associations, ont pris la décision, faute de solutions,
de garder les résidents dans leurs foyers en attendant de trouver
une orientation : maison de retraite, EHPAD (lorsque les conditions financières le permettent…). A Armentières de nombreux
anciens travailleurs d’ESAT se retrouvent à leur retraite à la résidence Françoise de Luxembourg, mélangés aux autres résidents,
c’est-à-dire, souvent des personnes grabataires ou en fin de vie…
On le constate, les situations sont diverses et les fragilités multiples. La responsabilité de la collectivité est double. Il lui incombe de mettre en place une politique d’animations de la vie de
nos seniors et de mettre en mouvement tous les services publics
possibles pour accompagner les personnes qui se retrouvent
confrontées à des difficultés qu’elles ne peuvent plus surmonter
du fait de l’allongement de la vie. Cela suppose une vigilance
constante et un dialogue attentif, notamment avec l’ensemble
des partenaires publics qui sont en charge de ces questions.

Comme des étoiles dans la nuit

Dans ce monde où les appareils politiques ne cessent de se
conspuer entre eux au nom d’une vérité qu’ils pensent être les
seuls à détenir ; dans ce monde où certains ont fait de la haine
des institutions leur seul projet politique ; dans ce monde où
la violence et le populisme semblent régner en maître ; dans ce
monde où les hommes politiques semblent bien plus préoccupés par leur image sur les réseaux sociaux que par la défense
des intérêts des citoyens ; dans ce monde où le travail n’est plus
un vecteur de reconnaissance et où beaucoup attendent leur
heure en cultivant l’immobilisme ou la démagogie (suivez mon
regard…), il est un monde silencieux et souterrain qui œuvre au
quotidien pour les autres sans jamais donner prise aux concurrences stériles, aux cumuls des mandats ou aux égos exacerbés.
Ce monde n’a rien à vendre et n’espère rien pour lui-même.
Ce monde n’a qu’un étendard, celui des autres. Ce monde est
celui des associations.
Je me souviens de mes premiers pas à Amnesty International.
J’étais étudiant. Janine Taillé était responsable de l’antenne
d’Armentières. Janine m’a accueilli avec un large sourire et personne ne pouvait résister à cela. Tous ceux qui connaissent Janine le savent. Elle m’a expliqué ce que je devais faire. Ecrire,
écrire et écrire. Souvent à l’adresse des gouvernements et de la
communauté internationale pour rappeler les Droits fondamentaux qui sont les nôtres, ceux des droits de l’Homme. Alors j’ai
écrit, lancé moi aussi ces bouteilles à la mer en espérant très fort
qu’elles finiraient par toucher au but. Parce que nous finirions
par être entendus. Nous étions trop nombreux. Cela ne pouvait
pas en être autrement. J’avais la sincérité et la naïveté de ma jeunesse. Je ne suis pas resté longtemps à Amnesty, happé quelques
temps plus tard par ma réussite à l’examen du barreau, puis
par mon militantisme politique qui débutait. Je ne voulais pas
m’éparpiller. Malgré ce temps très court, j’ai gardé un excellent
souvenir de cette première expérience associative et quelques
années plus tard, devenu adjoint à la Citoyenneté, j’ai eu beaucoup de bonheur à faire participer Amnesty à certaines actions
sur la ville dont notamment « Ville pour la vie, Ville contre la
peine de mort ». J’avais gardé le souvenir de ces bénévoles animés par le seul souci de faire vivre une cause juste. Plus tard, j’ai
intégré le conseil d’administration du centre social Salengro et
surtout, l’association DEFI (Droit à l’Emploi, à la Formation et
à l’Insertion) dont j’ai occupé rapidement la responsabilité de
Président. Ce fut – et c’est encore – une fantastique aventure.
En 2007, l’association DEFI fonctionnait difficilement et ses
équilibres restaient précaires. Il a fallu tout reprendre à zéro et,
avec les membres du conseil d’administration, réorganiser toute
la structure. Les salariés nous ont fait confiance et aujourd’hui
je pense qu’ils peuvent témoigner des bienfaits de ces changements. Une fois les équilibres financiers retrouvés pour l’association intermédiaire, nous avons adossé une structure sœur
pour développer des chantiers d’insertion en plaçant au cœur
de tout l’accompagnement des personnes que nous recevions
via des professionnels que nous avons recrutés (Conseillers en
Insertion professionnelle). En effet un accompagnement professionnel était indispensable pour permettre aux publics d’espérer un emploi durable. Et nous y sommes arrivés. Les succès de
l’activité nous ont permis par la suite d’embaucher de nouveaux
salariés et d’augmenter les rémunérations, de refaire les façades
de l’immeuble, de nous porter acquéreurs d’un autre bâtiment,
d’un véhicule, de construire une nouvelle image en changeant
notre communication et en élaborant notre journal…, toujours
pour mettre en avant la structure et les publics. Beaucoup reste
à faire. Mais pour l’essentiel, DEFI est aujourd’hui une structure reconnue sur le territoire dans le domaine de l’insertion, et
après dix années de présidence, j’ai décidé qu’il était temps de
passer la main : une association n’appartient à personne et il faut
savoir transmettre. L’association profitera d’un nouveau souffle
et se développera encore, j’en suis convaincu. Même si j’entends
rester administrateur de DEFI, j’ai dans le domaine associatif,
d’autres projets. Et je sais que ma route se poursuivra ailleurs.
Il y a tant à faire.
Armentières foisonne d’associations. Dans tous les domaines
possibles et imaginables. Que ce soit dans le domaine culturel,
sportif, de la santé, du loisir, du logement, de l’insertion, de la
solidarité… Les bonnes volontés sont partout. Ce qui manque
aujourd’hui à ces structures ce n’est pas tant les subventions
qu’elles sont capables de rechercher auprès de telle ou telle
collectivité ; c’est avant tout un accompagnement juridique et
administratif. Parce que les associations n’échappent pas aux
réglementations sur la sécurité, sur le droit du travail, sur l’accessibilité…, et qu’elles connaissent, elles aussi, des problématiques
telles que l’on peut les rencontrer dans le monde de l’entreprise.
Le recours à l’avocat reste cher et aucune aide juridictionnelle
n’est en la matière possible. Les bénévoles ne sont par ailleurs
pas forcément à même de gérer dans le quotidien, certains tracas
ni certaines difficultés auxquelles sont confrontées les associations. Il faut permettre à ces associations de trouver une porte
d’entrée auprès des services de la collectivité, non pas pour suppléer les associations dans la résolution des problèmes mais pour
les orienter au mieux. Nous disposons d’un Point d’accès aux
droits sur Armentières avec des permanences juridiques multiples. Il faut mieux connecter ce lieu avec les associations, en lien
avec le service municipal dédié aux associations.
Mais là ne sont pas les seules difficultés et il faut admettre que
certaines structures sont aujourd’hui à bout de souffle, au point
que certaines d’entre-elles s’interrogent sur leur propre devenir. La vérité est que le bénévolat s’épuise et que beaucoup de
structures ne trouvent plus les moyens humains suffisants pour
fonctionner comme il le faudrait. A l’heure des replis sur soi,
des égoïsmes et des individualismes, force est de constater que
la cause associative n’est plus aussi attractive qu’elle l’était par
le passé. Les comités de quartiers en sont un parfait exemple et
il faut reconnaître que bien souvent, ces associations ne fonctionnent que grâce à quelques bénévoles dont le départ finirait par mettre en danger l’existence même de ces comités. Il
faut redorer l’image de ces associations auprès de la population.
Aujourd’hui, ces structures donnent qui plus est beaucoup à la
municipalité. Sur elles reposent plusieurs manifestations dont la
fêtes des Nieulles ou la parade de noël. Mais il est possible aussi
d’évoquer les repas de quartiers que ces comités organisent tout
au long de l’année et toutes les actions qu’ils mènent pour cultiver la solidarité, comme le colis réservé aux ainés – notamment
au moment de Noël – ou des voyages que certaines associations
parviennent encore à maintenir en direction des familles. Bien
sûr, grâce aux actions qu’elles mènent, aux Fonds de participation des habitants et à la récurrence de certaines subventions, ces
structures parviennent à mettre la tête hors de l’eau. Mais pour
combien de temps encore ? Il me semble indispensable de trouver aujourd’hui les moyens permettant à ces associations d’être
investies par de nouvelles dynamiques et de nouvelles idées. Je
n’entends pas remiser ce qui est fait et qui est précieux. Je pense
que les comités auraient cependant tout à gagner à se réinventer
et à profiter de nouveaux adhérents. Il est donc primordial de
les y aider. C’est en développant des actions nouvelles que ces
associations parviendront à toucher d’autres publics et à fédérer d’autres énergies. Il faut du reste, au-delà des publications
ponctuelles qui peuvent exister sur le site internet de la ville
ou son journal, remettre au goût du jour « la journée des associations », qui a été abandonnée, précisément pour reconnaître
et mettre à l’honneur le bénévolat. Certaines structures, pour
leurs actions fécondes en direction des autres, pourraient d’ailleurs obtenir des distinctions spécifiques. Une manière efficace
de célébrer les acteurs du monde associatif et de saluer les actions accomplies tout au long de l’année. Nous disposons d’une
richesse associative rare. Nous nous devons d’en prendre soin.
La municipalité a toujours été aux côtés de ses associations. Je
tiens à le rappeler. Au moment où, sous le quinquennat socialiste, l’Etat a fait le choix de diminuer les subventions en direction des collectivités territoriales au nom du redressement des
finances publiques de la nation, la municipalité a fait le choix de
répercuter cette baisse auprès des associations dans des proportions mesurées. Mais au cas par cas, des solutions ont été trouvées pour les structures qui ne parvenaient pas à ajuster leurs
budgets. Certaines associations étaient du reste épargnées par
ces baisses en raison de certaines contractualisations liées à des
objectifs associatifs. C’est dans ce contexte que l’opposition a
souhaité instrumentaliser ces choix et laisser entendre que les
associations supportaient les pertes de recettes de la collectivité.
Comme en toute chose, tout ce qui est excessif est insignifiant et
les associations elles-mêmes ont été les premières à comprendre
le sens de ces décisions. Cela prouve une nouvelle fois que la
pédagogie reste la plus pertinente des actions à mener quand
des décisions difficiles sont à prendre. Aujourd’hui, le tissu associatif reste diffus sur Armentières et si, sur le territoire, des
structures parviennent à conserver le cap et à se développer avec
succès, nombre d’associations se trouvent fragilisées par l’absence de renouveau de leur projet et des moyens financiers et
humains qui sont les leurs. C’est, selon moi, l’expression d’une
crise de la sociabilité et le signe d’un virage générationnel qu’il
faut nécessairement identifier, pour permettre à certaines associations de poursuivre leurs actions. Car si dans le domaine associatif, la rentabilité n’est pas financière, elle demeure assurément humaine. Et personne ne peut ignorer que certaines prises
en charge n’existent que par le prisme du secteur non-marchand. Je pense en particulier à l’insertion ou au logement. Mais
ce ne sont pas les seuls exemples. Au-delà, ce sont des valeurs
telle que la solidarité qui sont véhiculées. Sans certaines structures aucune solution ne pourrait être trouvée pour les publics.
Soyons-en tous conscients et prenons ensemble la mesure de
ces actions qui sont trop peu souvent reconnues à leur juste
valeur.

L’insertion et l’emploi

Je suis avocat. Et je sais ce que cette profession véhicule comme
fantasmes et comme idées reçues. Sans vous connaître, certains
peuvent vous encenser. D’autres, sans vous avoir jamais rencontré, peuvent au contraire vous détester. L’excès nuit à la raison
et la vérité est nécessairement à rechercher dans cet entre-deux.
L’avocat n’est ni un sauveur de l’humanité, ni un bonimenteur
en quête de bonnes affaires. L’avocat est, comme l’instituteur,
le commercial, le boulanger, le médecin, le fonctionnaire…, un
homme dans la cité. Rien de plus et rien de moins. Et comme
il y a de bons et de mauvais instituteurs, commerciaux, boulangers, médecins et fonctionnaires…, il y a de bons et de mauvais avocats. J’aime ce métier. Pour de multiples raisons. Pour
la plus essentielle, car il me permet de défendre les injustices.
Et si j’ai aussi fait de la politique, c’est sans aucun doute pour
cette même raison. Ce métier me permet en tout état de cause
d’être ancré dans la vie quotidienne des gens. On reproche souvent aux politiques d’être déconnectés du réel et de ne pas être à
l’écoute des citoyens. Contrairement à ce que certains peuvent
penser, mon exercice professionnel me relie aux autres bien plus
que ne pourrait le faire tel ou tel autre métier. Je mesure dans
ma pratique et de manière précise, quelles sont les difficultés de
la vie et ce qui peut vous arracher à la quiétude du monde : une
agression, un accident de la circulation, un divorce, un licenciement… J’ai fait du droit du travail mon domaine d’intervention
privilégié. En presque vingt ans d’exercice du métier d’avocat,
j’ai sondé bien des difficultés et mesure toute l’importance que
revêt dans la vie la prise d’un emploi et peut-être plus encore,
ce que signifie sa perte. Parce que sans emploi, vous êtes nécessairement confronté à toutes les autres difficultés de la vie : celle
du logement, des factures à payer, de la simple subsistance…
En France, la question du chômage reste à l’épicentre de toutes
les politiques publiques et force est de constater que, les gouvernements passant les uns après les autres, aucune solution
n’a permis de résoudre durablement la prégnance de cette problématique. Episodiquement de bonnes nouvelles en chassent
de plus mauvaises. Mais « il en va des statistiques de l’emploi
comme de la météo sous les tropiques » (Le Monde du 26 octobre 2018) et, concrètement, rien ne permet d’augurer une
inversion véritable de la courbe du chômage en France. Aujourd’hui, ce sont près de 3,45 millions de personnes qui sont
en quête d’un emploi dans l’Hexagone, hors outre-mer. Le pire
est que nous semblons, en matière de lutte contre le chômage,
comme enlisés par des équations paradoxales. Ainsi, si beaucoup louent les excellents résultats des Etats Unis et de l’Allemagne en matière de politique de l’emploi, un certain nombre
de questions demeurent légitimes. Quel est par exemple la nature de leur système de santé ? Où en sont par ailleurs leurs
services publics ? Et que faut-il penser des aides publiques que
ces pays réservent aux personnes en difficulté ? Par ailleurs,
si nos gouvernements (quelle que soit leur appartenance politique) mettent tout en œuvre pour réanimer notre économie,
celle-ci reste la première cause des dégradations et pollutions de
notre environnement. Enfin, si nous prônons la défense de la
valeur travail, nombre de propos stigmatisent encore trop souvent les chômeurs, à qui il est fait souvent reproche de ne pas
chercher du travail. Le débat semble dès lors enlisé, entre ceux
qui pensent qu’il faut tout faire pour permettre le retour à la
croissance et à la compétitivité de nos entreprises, et ceux qui
défendent la valeur travail jusqu’à la caricature en condamnant
les personnes sans emploi. J’ai déjà pu en témoigner, je suis un
homme de nuances. Le retour au plein emploi ne pourra pas
se faire selon moi, sans les entreprises qui méritent attentions
et investissements, notamment dans le secteur de la transition
écologique. Mais le retour au plein emploi ne pourra pas non
plus se réaliser contre les chômeurs qui sont victimes d’une situation qu’ils n’ont évidemment pas souhaitée. La relance de la
consommation reste par ailleurs centrale car, sans consommation, il n’est pas d’économie viable.
Suivant l’INSEE, et sur le territoire d’Armentières, le taux de
chômage par rapport à la population active (âgée de 15 à 64
ans) est de 19,3%, contre 11% au niveau national. L’on observera immédiatement que le nombre d’inactifs à Armentières
reste supérieur (puisqu’il faut notamment y intégrer une partie
des retraités et les étudiants). Ces données mettent ce faisant
en exergue une différence de près de 8 points entre notre territoire et l’échelon national. Cela rend compte de nos difficultés,
surtout si on y corrèle le taux de pauvreté de 23,9 % à Armentières. Face à ce taux de chômage quelles sont les politiques que
nous mettons en place à Armentières ? J’ai conscience en posant la question de cette manière-là, de laisser entendre que la
commune pourrait assumer une part de responsabilité dans la
résolution de la question de l’emploi. Personne n’ignore que
l’Etat est seul dépositaire de cette compétence. Cela ne signifie
pas pour autant que la commune n’ait, à son niveau, aucune
action à mener en la matière, surtout si l’attractivité de la ville
reste le gage de sa vitalité économique en permettant d’attirer
des entreprises à même d’embaucher des Armentiéroises et des
Armentiérois. Et cela reste possible. Elu en 1989 Maire de Valenciennes, Jean-Louis Borloo a souhaité faire face au dépérissement économique de la capitale du Hainaut. Il a alors tout
entrepris pour permettre l’implantation sur le territoire valenciennois d’entreprises d’importance. Un moyen permettant à
sa ville de sortir de l’ornière économique dans laquelle elle se
trouvait. C’est ainsi l’installation en 1997 d’une usine Toyota,
et de nombreuses autres entreprises japonaises et allemandes
(Mercedes et Simoldaes par exemple). Pendant cette même période, Jean-Louis Borloo a empêché par ailleurs la fermeture de
l’usine de matériels ferroviaires des ANF reprise par le canadien
Bombadier, et la fermeture d’Alstom Marly pour un nouveau
projet à Petite-Forêt. Valenciennes a connu alors l’essor que
l’on sait et des développements économiques fantastiques.
Bien évidemment, la ville d’Armentières n’est pas comparable
à celle de Valenciennes, notamment parce que notre territoire
reste comprimé et offre peu de réserves foncières. Mais il est
possible, à notre échelle, d’attirer à nous des PME et pourquoi
pas des entreprises d’envergure. Nous disposons déjà sur le
territoire d’entreprises dont les activités sont reconnues, même
parfois à l’international. Je pense en particulier à Beck Crespel
qui est l’entreprise la plus importante sur notre territoire. Mais
il est possible d’évoquer d’autres réussites comme Delannoy
Dewailly… Ces exemples prouvent que notre territoire est capable de générer des activités économiques diverses et le Maire
a un rôle très important dans ces développements car c’est lui
qui, par ses implications, est capable d’attirer à la ville des entreprises et de séduire des investissements économiques qui
résoudront avec le temps une partie des problématiques liées
au chômage sur notre territoire. Le Maire, en tant que premier
représentant du territoire, doit dès lors être convaincu de la nécessité de tisser avec les milieux économiques des liens privilégiés. Car ce sont ces liens qui resteront, demain, favorables aux
implantations d’entreprises. Je n’ignore pas que la MEL dispose
en la matière de compétences propres puisque, de manière principale, elle accompagne les projets des entreprises en développant des parcs d’activités et d’animation économique locale, en
lien avec la Région. Mais qui porte à l’origine l’impulsion si ce
n’est le Maire de la commune lui-même ? Qui peut donner envie à des entreprises de venir s’implanter sur notre territoire si
ce n’est le Maire lui-même ? Je crois qu’en la matière nous pouvons très largement nous améliorer et qu’il nous est possible
de nous tourner vers les entreprises plus que nous le faisons
aujourd’hui, dans une démarche plus dynamique qu’elle n’est
actuellement.
Tout n’est assurément pas transposable et faire venir à soi des
start-up ne permettra jamais, et par exemple, de résoudre le
chômage de ceux qui sont dans une situation de sous-qualification qui les éloigne de l’emploi. La commune doit donc en
la matière s’appuyer sur les acteurs locaux qui se sont spécialisés sur ces questions. Je pense en particulier à Pôle emploi,
au PLIE Flandre Lys (Plans Locaux Pluriannuels pour l’Insertion et l’Emploi), à la Mission locale ou même à des structures
telle que l’association DEFI (Droit à l’Emploi à la Formation
et à l’Insertion),… Chacun de ces acteurs, dans les configurations qui sont les siennes, a vocation à accompagner les publics
sur le chemin du réemploi. Même si les succès restent souvent
silencieux, et finalement peu connus du grand public (qui est
informé par exemple les transversalités qui existent dans le
domaine de l’apprentissage et de l’alternance entre la Mission
locale d’Armentières et le CFA Gustave Eiffel ?), ce concert
d’initiatives et d’actions constitue une richesse indéniable pour
notre territoire. Au-delà, de l’indemnisation qu’elle réserve et
de l’actualisation des demandeurs d’emploi qu’elle réalise sur le
territoire, Pôle emploi accueille, informe et oriente les publics.
Le PLIE Flandre Lys constitue quant à lui un outil d’animation et de mise en œuvre des politiques publiques de l’emploi
qui permet principalement de renforcer les moyens en matière
d’accès à l’emploi dans une logique de complémentarité et de
plus-value. La Mission Locale s’adresse quant à elle à un public âgé de 16 à 25 ans et réalise des réponses individualisées
pour chaque jeune, à l’effet de favoriser la concertation entre les
différents partenaires présents sur le territoire pour construire
des actions adaptées aux besoins des jeunes et aux réalités locales. Une structure telle que DEFI se tourne vers un public
plus large, souvent très éloigné de l’emploi, en prise avec des
difficultés sociales et sans solution immédiate. Il s’agit de mises
à dispositions auprès de personnes physiques ou morales (entreprises, collectivités territoriales…) et/ou de mises en places
de chantiers d’insertion, toujours dans le cadre d’accompagnements renforcés.
Ce rapide tour d’horizon démontre que les acteurs sont nombreux sur la ville pour enrayer le phénomène du chômage et
permettre à chacun de trouver sa place dans la cité. Mais les
difficultés sont légions et le chemin du réemploi passe nécessairement par la revitalisation de notre bassin d’emplois et par
une conjoncture économique au niveau national bien meilleure qu’elle n’est aujourd’hui. Prétendre le contraire, et laisser entendre en quelque sorte, que nous pouvons à nous seuls
résoudre la question du chômage sur la ville, serait mentir. Et
cela, je ne souhaite pas m’y résoudre même si j’estime, pour
les raisons que j’ai évoquées ci-avant, que la ville a nécessairement sa part à prendre dans la mise en œuvre des politiques
qu’elle instruit pour rendre son territoire attractif et opérant.
Cela passe nécessairement par des schémas d’aménagements
qui favorisent par exemple les liaisons routières ou libèrent,
pour autre exemple, les quelques réserves foncières qui sont
encore les nôtres. Et cela suppose enfin l’implication du Maire
pour donner envie aux entreprises de s’implanter sur Armentières. Sans ces synergies, nous resterons condamnés et continuerons à subir un chômage de masse dans les proportions que
j’ai rappelées. Or, à cela non plus je ne peux me résoudre. Les
questions de l’insertion et de l’emploi sont essentielles et il nous
faut tout faire pour apporter notre concours à ceux qui vivent
épisodiquement ou durablement, le chômage. Cela détermine
que la commune se mobilise pour concentrer les politiques
de l’emploi en faveur des habitants des quartiers, notamment
ceux placés en politique de la ville, et en particulier des jeunes
et des chômeurs de plus cinquante ans. Parce que ce sont ces
catégories de la population qui sont les plus concernés par le
chômage. Cela suppose en outre que la commune assure la présence dans les quartiers des services publics de l’emploi en les
adaptant aux besoins des Armentiéroises et des Armentiérois.
Pourquoi n’imaginerions-nous pas par exemple de disséminer
dans les quartiers des permanences pour l’emploi en y associant
l’ensemble des acteurs ? Les personnes éloignées de l’emploi,
généralement peu mobiles, trouveraient là, des points d’entrées
en proximité ce qui pourrait changer le tropisme-même de la
recherche d’emploi et de l’insertion. Mais au-delà de ces orientations et pistes de travail, la commune doit impérieusement
renforcer le pilotage et l’animation du volet emploi et développement économique des contrats de ville. Parce que ces outils
existent et qu’ils méritent d’être développés.
Je l’ai déjà exprimé à maintes reprises. La politique est un tout et
il est vain de croire que des efforts isolés seront suffisants pour
conjurer les mauvais sorts qui sont les nôtres. La question du
chômage rejoint celle du pouvoir d’achat, de la pauvreté, de la
santé… et partant influence très directement d’autres politiques,
comme celles du logement ou du commerce de centre-ville. Il
faut œuvrer dans toutes les directions en connectant toutes les
problématiques, sans quoi il n’est évidemment point de salut.
C’est là toute la difficulté de la conduite d’une ville dans un
contexte où le populisme peut souvent, par facilité ou instrumentalisation, l’emporter sur les vraies solutions. Armentières
ne mérite pas, en tout état de cause, de vivre un taux de chômage aussi important et il n’est aucune raison pour que nous ne
parvenions pas, nous non plus, à retrouver un taux marginal de
chômage sur notre ville. Mais il faut assurément, et avant toute
chose, le comprendre, l’accepter et peut être, davantage encore,
vouloir tout faire pour y parvenir.

Laïcité, j’écris ton nom

Le simple mot de « Laïcité » est à l’origine de bien des passions. Et disons les choses très simplement, ceux qui bien souvent évoquent la Laïcité sont capables de justifier, au nom de ce
même principe, tout et son contraire. C’est ainsi qu’à l’été 2016
au nom de la Laïcité, certains pouvaient tout aussi bien légitimer le port du burkini dans un lieu public (soit-il une plage) que
d’en revendiquer l’interdiction. Il est donc primordial à mon
sens, de revenir avant toute chose sur la définition même de la
Laïcité, pour anéantir les idées reçues et les fantasmes.
La loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Eglises
et de l’Etat, longue de 44 articles, ne contient à aucun moment
le mot « Laïcité ». Cette loi dispose à titre principal que « la
République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre
exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après
dans l’intérêt de l’ordre public » (article 1). La loi poursuit en
indiquant « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. (…) » (article 2). La définition de la Laïcité apparaît donc en creux et n’est reprise que par plusieurs
textes ultérieurs à la loi de 1905 dont la Constitution du 04 octobre 1958 qui dispose, en son article 2 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure
l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ».
La Laïcité peut donc se définir comme un principe (et non une
valeur) qui instaure une séparation entre le pouvoir politique et
le pouvoir religieux, garantissant à la fois la neutralité de l’Etat
et sa non-ingérence dans les affaires religieuses. Cette séparation ne signifie pas pour autant que la République ignore les
religions. Au contraire, la République « garantit le libre exercice des cultes », dans la limite de « l’intérêt de l’ordre public ».
Cela est si vrai qu’aucun texte n’interdit – contrairement à une
idée reçue très répandue – d’exprimer sa religion en public. La
Convention européenne des Droits de l’Homme, ratifiée par la
France en 1974, proclame d’ailleurs « la liberté de manifester sa
religion ou sa conviction individuellement ou collectivement,
en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques
et l’accomplissement des rites ». Dès lors, toute restriction à
ce droit fondamental doit être justifiée et proportionnée (ainsi
qu’en a pu disposer le Conseil d’état au travers de ses décisions).
C’est le cas par exemple des fonctionnaires dans l’exercice de
leur fonction car ils représentent la puissance publique et se
doivent d’être neutres.
Ces premiers constats démontrent que l’esprit de la loi de 1905
n’était pas de restreindre des droits, mais au contraire, de donner plus de libertés : liberté de conscience, liberté de pratiquer
sa religion par exemple. La loi de 1905 n’est dès lors ni pro, ni
anti religieuse. Elle garantit l’exercice des cultes dans le respect
de l’ordre public. La définition de la Laïcité qui en résulte est
donc, dès 1905, positive.
En mars 2004, et suite à différents incidents dans plusieurs collèges de France, est adoptée puis promulguée la loi qui interdit
le port de signes religieux ostensibles dans les écoles publiques ;
« Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de
signes ou tenues par lesquelles les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». C’est une évolution majeure car la Laïcité se définit alors de manière négative.
L’on bascule d’une liberté positive, celle permettant à chacun
d’exercer son culte, à une liberté négative, celle interdisant l’expression d’une appartenance religieuse dans certains cas. Et c’est
précisément cette évolution qui va ancrer nombre de difficultés
avec des perceptions à géométrie variable quant au périmètre
même de la Laïcité. Ainsi le Rassemblement national (FN), par
la voie de Marine Lepen lors des dernières élections présidentielles, revendiquait que la loi de 2004 soit élargie à l’ensemble
de l’espace public tout en insistant sur la chrétienté qui s’attache
à notre civilisation, confondant ainsi services publics et espace
public, et revendiquant la primauté d’une religion sur toutes
les autres, au nom même de la Laïcité. Dans le camp des Républicains, François Fillon, au même moment, s’exprimait en
indiquant que la chrétienté restait également attachée à la Laïcité qui devait être renforcée en raison de l’islam radicalisé qui
n’acceptait pas de s’adapter aux règles de la République. Une
proposition qui n’était pas sans poser quelques interrogations
juridiques relativement au fait qu’il est impossible de légiférer
en direction d’une seule et unique religion.
Ma conception est celle d’une Laïcité exemplaire, qui n’offre
aucun gage à un culte en particulier et qui permet à tous de
vivre ensemble, chacun dans la conservation de sa croyance ou
de sa non croyance. Une Laïcité exemplaire, c’est une Laïcité
qui ne condamne personne ni aucune religion. C’est une Laïcité
qui n’offense personne et qui, dans son application, protège les
individus contre les stigmatisations. Une Laïcité qui met à l’abri
des dérives radicales et des évangélismes agressifs. Cela suppose
l’acceptation des règles de la République qui ne sauraient plier
devant telle ou telle doctrine religieuse. Ce sont les religions qui
doivent s’adapter aux règles de la République et non l’inverse.
Les juifs n’ont pas à avoir peur et les musulmans n’ont pas à
avoir honte. Et ce n’est pas un débat entre la société et les différentes religions qui doit guider nos pas. C’est parfois, un débat que les religions doivent avoir elles-mêmes, en leur propre
sein, en s’appuyant sur leurs représentants, les intellectuels et
les pratiquants. Au fond, cette Laïcité est celle de l’esprit du 11
janvier 2015, ce jour où après les attentats de Charlie Hebdo, les
Français se sont réunis de manière spontanée et fraternelle sans
jamais se distinguer par le fait d’une appartenance religieuse,
d’une couleur de peau ou d’un quelconque classement social.
Une Laïcité exemplaire c’est aussi – et ne nous en cachons pas
– une exigence que nous devons avoir avec nous-mêmes. J’ai
été très surpris qu’au cours du dernier mandat, et lors d’une
cérémonie aussi républicaine que celle des vœux du maire à la
population et aux forces vives de la cité, un adjoint au maire ait
pu décider de porter une kippa. Le droit de porter un voile, une
kippa ou un quelconque vêtement religieux n’est pas interdit
dans l’espace public (sauf pour la burqa ou le voile intégral dans
l’espace public depuis 2010). Mais un élu reste nécessairement
dépositaire d’une représentation républicaine qui dépasse de
facto sa propre personne et qui concerne l’ensemble des Armentiéroises et des Armentiérois. Bien évidemment, les élus
peuvent participer à des cérémonies religieuses en leur qualité
d’élu de la République mais ils sont tenus de ne pas donner l’impression de privilégier tel ou tel culte en s’abstenant de participer aux rites cultuels, comme la communion. Rien ne s’oppose
dans ce cadre à ce que les élus observent des marques de respect
en usage dans ces lieux (port d’une kippa dans une synagogue,
retrait des chaussures dans une mosquée ou dans un temple hindouiste). Mais la cérémonie des vœux d’un maire n’est pas une
cérémonie religieuse et présente un caractère républicain manifeste dont il n’est pas possible de s’émanciper pour les raisons
que tout le monde comprend si l’on y vient en tant qu’élu ou en
tant que fonctionnaire en exercice.
La Laïcité exemplaire n’est donc pas une laïcité qui oppose mais
qui, au contraire, rassemble. J’ai déjà évoqué les coopérations
qui pouvaient exister entre les établissements publics et privés
de la ville. Je fais parfaitement la différence à cet égard entre
ces mondes en étant moi-même un produit de l’école publique
jusque dans mes études supérieures. Mais je dis , plus d’un siècle
après la loi de 1905 : dans nos différences, nous devons pouvoir
aujourd’hui travailler ensemble et réussir des coopérations profitables à tous.
La Laïcité exemplaire enfin, est une Laïcité qui se revendique.
Sous l’impulsion de Vincent Peillon, Ministre de l’Education,
une charte de la Laïcité a été mise en place dans les écoles, collèges et lycées de la République en septembre 2013. Je veux reprendre dans les bâtiments publics qui sont les nôtres, cette idée
pour permettre à chacun de comprendre le sens des règles, de se
les approprier et de les respecter. L’édition d’une charte Armentiéroise de la Laïcité est dès lors tout à fait possible. Non pas
pour interdire, mais au contraire, pour permettre le vivre ensemble et cultiver l’attachement qui reste le nôtre à ce principe
comme aux valeurs de la République. Le 09 décembre s’inscrit
par ailleurs et peu à peu dans notre calendrier comme la journée de la Laïcité. Nous devons être capables à Armentières de
dimensionner une manifestation permettant de réunir le plus
grand nombre autour de ce principe cardinal de notre République qui ne trouve d’ailleurs aucun équivalent dans le monde.
La Laïcité est un bien précieux et qui nous est commun. Il nous
appartient de ne pas en travestir les mises en œuvre et de comprendre que ce principe de la République reste essentiel à notre
vivre ensemble. La Laïcité est le garant de la paix et de l’harmonie sociale pour notre pays quand sont respectés, en même
temps que la liberté absolue de conscience, la séparation des
églises et de l’État et les droits inaliénables de tous.

Ni ancien, ni nouveau monde

Il n’y a pas et il n’y aura jamais d’ancien monde ou de nouveau
monde. Il y a, et c’est cela que je veux retenir dans le grand
bouleversement politique que connaît la France depuis ces dernières années, une nouvelle génération qui prend place. Une
nouvelle génération qui n’a pour objectif que de vouloir apporter des idées neuves et travailler à la réussite de l’intérêt général.
Et cela ne suppose pas qu’il faille rompre avec ce qui a existé
et qui existe encore. Mais cela ne doit pas non plus interdire
l’innovation. L’émergence de la France Insoumise et de la
République En Marche, et même de mouvements tels que
Génération-s, témoignent des mutations profondes du paysage
politique français. Je trouve cela très sain. Pour la démocratie
en particulier. Pour notre société en général. Et si les partis politiques traditionnels ne parviennent plus à exister, c’est précisément parce qu’ils sont restés incapables de se réinventer, proposant élections après élections, les mêmes noms et les mêmes
visages. La démocratie a pourtant besoin de souffle, d’idées et
de propositions pour exister pleinement. C’est d’ailleurs pour
cette raison que je considère que le renouvellement d’un mandat politique doit être limité dans le temps et qu’en toute hypothèse, un âge limite pour occuper certaines responsabilités
doit être posé. Parce que personne n’est irremplaçable et que,
comme en toute chose, la politique elle-même doit être régie par
des règles de bon sens, justifiant qu’à partir d’une certaine limite
âge il ne soit plus possible d’occuper certaines responsabilités.
Il doit en aller de la politique comme de n’importe quelle autre
activité. Tout le monde conviendra que les énergies ne sont plus
les mêmes passées certaines périodes de la vie. C’est un fait biologique et c’est, précisément, « humain ». Je suis convaincu que
le sens de l’Histoire de notre démocratie est celui-ci, même si,
ici et là, on relève encore quelques comportements égocentrés
qui réduisent la politique à ce qu’elle a de moins noble, c’està-dire à la soif sans fin du pouvoir. La transmission aux nouvelles générations des responsabilités politiques est pourtant
essentielle pour la démocratie autant qu’elle l’est pour la société
elle-même. Parce qu’il faut reconnaître, valoriser, encourager
l’engagement, et qu’il est de la responsabilité des plus anciens
de promouvoir les générations suivantes. L’on fustige souvent
les jeunes parce qu’ils ne vont pas voter. Rendons-nous à l’évidence : comment un jeune de 20 ans peut-il s’enthousiasmer
pour un homme politique qui a 50 ans de plus que lui ? Le
législateur a d’ailleurs prescrit un âge minimal pour briguer certaines responsabilités (18 ans pour être maire par exemple, 24
ans pour être sénateur…). Comment croire qu’il ne soit pas
possible de prévoir un âge maximal pour occuper telle ou telle
responsabilité politique ?
Il n’existe définitivement pas de nouveau monde mais subsistent de vieilles pratiques politiques qui ont bien des visages.
En juin 2018, j’ai quitté le parti politique qui était le mien et en
ai tiré toutes les conséquences. Et je l’ai fait sans rien gagner.
En conscience, j’ai assumé mes responsabilités et démissionné
de tous mes mandats, renonçant à mes exercices comme à mes
indemnités d’élu. Cela me paraissait absolument normal et parfaitement respectueux de la démocratie, des Armentiéroises et
des Armentiérois. D’autres ont eu cette exemplarité quelques
mois plus tard. Je pense à mes amis Catherine Le Gallic, Halima
Chafik et Christian Chrétien qui, avec détermination et courage, ont décidé de s’émanciper d’un collectif municipal au moment même où ils quittaient leur parti politique. Aurait-il été
mieux de rester en donnant l’illusion de n’être là que pour percevoir une indemnité ou pire, pour se coaguler en force d’opposition dissidente voire même en « frondeurs » ? La réponse
est assurément négative et pour le dire simplement, quand on
n’est plus d’accord, on s’en va. Il n’y a aucune manœuvre politicienne à cela. Certains ont à dessein voulu polémiquer et
publier à qui voulait l’entendre que ces attitudes n’étaient que
trahison. Je pense absolument le contraire parce que la loyauté,
on la doit à soi-même et aux citoyens. Uniquement. Et c’est
cette exemplarité qui permet de rester droit. Je regrette dès lors
que certains estiment devoir s’affranchir de leurs appartenances
au moment des élections parce qu’en opportunité leur parti
politique n’aurait plus nécessairement, comme l’on dit trivialement, « le vent en poupe ». Je prône quant à moi la transparence et la clarté de sa pensée qui sont les marques les plus
manifestes du respect que l’on porte aux citoyens. On ne peut
nier d’être catholique, juif ou musulman et fréquenter chaque
fin de semaine son église, sa synagogue ou sa mosquée. Et l’on
ne peut pas non plus prier en son temple chaque fin de semaine en affichant que l’on ne croit pas en l’existence de Dieu.
Les gens en ont assez des jeux de rôles que certains s’attribuent
en fonction des circonstances, des vents et des sondages, brandissant comme un étendard un drapeau ou considérant qu’il
n’en soit pas utile ni nécessaire au gré des marées. Et curieusement ce phénomène demeure relativement récent. Gérard Collomb a ainsi déclaré qu’il n’envisageait pas de se représenter aux
élections municipales de 2020 sous l’étiquette du parti politique
qui est pourtant resté le sien et qui a déterminé qu’il soit ministre
de la République. Peut-on un seul instant imaginer que Gérard
Haesebroeck ait pu oser se présenter à une élection municipale
sans arborer fièrement son appartenance au parti socialiste ?
Ces comportements ne grandissent pas la politique et donnent
raison à ceux qui s’en détournent. C’est pourquoi il nous faut
absolument œuvrer pour un renouvellement des hommes et des
pratiques. Et ce n’est assurément pas une question d’ancien ou
de nouveau monde. C’est une question de respiration et même,
de vitalité de notre démocratie.
Notre ville a besoin d’un souffle nouveau pour trouver un
élan inédit et se donner l’espoir d’un avenir neuf. Certains se
comportent comme s’ils étaient propriétaires d’Armentières.
Ils peuvent même estimer l’avoir reçu en héritage. Ils finissent
dès lors par se convaincre qu’ils en sont les seuls dépositaires et
qu’eux seuls savent ce qui est bon ou pas pour Armentières. Ils
parlent de « leur » ville alors qu’elle est « notre » ville. Je pense
que si notre ville demeure notre bien commun, nous nous devons de nous comporter, non pas comme ses propriétaires, mais
comme ses débiteurs, c’est-à-dire comme ses obligés. Parce que
dans mon esprit, les élus sont au service de l’intérêt général, des
Armentiéroises, des Armentiérois et de la ville. Ils ne répondent
d’ailleurs ni d’un chef, ni d’un patron, ni même encore d’une
loi du milieu par laquelle il ne faudrait surtout pas contredire
celui qui est tout en haut pour espérer conserver sa place en attendant perpétuellement un sort meilleur en fonction des bons
points attribués. Les élus doivent tout au contraire demeurer
sincères dans leurs engagements en partageant l’ambition de
tout faire pour améliorer le cadre de vie, le vivre ensemble et
tout ce qui fait la vie de la cité, ce pourquoi ils ont été élus. Cela
suppose de travailler au nom du mandat pour lequel l’on est investi, avec abnégation et avec respect, et de témoigner de beaucoup d’humilité dans chacune des tâches que l’on accomplit. Et
cela nécessite que l’on ne démultiplie pas à l’envie les mandats.
Car une responsabilité politique, quelle qu’elle soit, détermine
que l’engagement qui s’y attache soit conforme à la confiance
que l’on vous a prêtée en vous élisant. Certains sont Conseiller départemental, Conseiller municipal et Conseiller communautaire. Ils voudraient s’ajouter une couronne et devenir,
sans jamais abandonner les mandats qui sont déjà les leurs (!),
Maire de la commune. Est-ce encore possible et envisageable
aujourd’hui ? Les citoyens en ont assez de ces comportements
et il faut en finir avec ces cumuls de mandats, en souhaitant que
les femmes et les hommes qui s’engagent en politique réservent
toute leur énergie à ce pourquoi ils ont été élus. C’est absolument nécessaire. Un Maire doit avoir un pied à la MEL car les
intérêts de la collectivité y sont également débattus. Mais il ne
lui est pas possible d’assumer en plus, et de manière convenable,
d’autres mandats politiques, que ce soit à la Région ou au Département. Surtout si l’on mesure les responsabilités en cascade
qu’il se doit d’assumer en sus de celle de premier magistrat de
la ville, comme par exemple celles de Président des Conseils
de surveillance des deux hôpitaux de la ville. C’est une question de bon sens et il faut relever que les journées n’ont que 24
heures (même pour un insomniaque tel que moi !). Travailler
avec sincérité pour le mandat pour lequel les électeurs lui ont
fait confiance et investir pleinement ses responsabilités au nom
des personnes dont il est censé défendre les intérêts, tels sont
pour moi le sens premier de l’engagement et le respect dû aux
électeurs et aux citoyens.
Sans coup férir, les élus doivent par ailleurs, dans une démocratie apaisée, débattre sans avoir peur d’être d’accord sur leurs
désaccords. C’est essentiel au fonctionnement et à l’organisation de la vie municipale. Sans cela, les élus sont inutiles et le
Maire vit nécessairement au détriment d’une illusion et d’un
mensonge en devenant peu à peu « un petit grand homme dans
un rond », comme au temps de la Cour du Roi et de ses ricanements idiots. Et si cela reste vrai pour les élus entre eux, cela
le demeure également dans les liens qui unissent les élus aux
citoyens. Faire de la politique en effet, signifie, au sens premier
des termes, se préoccuper des problèmes très quotidiens des
citoyens. Aussi, est-il indispensable de rester à l’écoute des citoyens pour s’intéresser à ce qu’ils sont, à ce qu’ils pensent et à
ce qu’ils font, dans un dialogue constant mû par un respect mutuel. Et ce n’est ni une question d’ancien ou de nouveau monde,
ni même encore, de droite ou de gauche. Ce qui importe c’est,
au-delà des appareils politiques, les valeurs que l’on porte et les
idées que l’on a sur la place de l’Homme dans la cité.
J’ai toujours placé au cœur de mes engagements les valeurs
républicaines que sont la Liberté, l’Egalité et la Fraternité, et
le principe de Laïcité. Mes idées, je ne le cache pas, vont à la
sociale démocratie, au progressisme et au réformisme, précisément dans cet ordre. « Sociale démocratie » d’abord, parce que
je pense que nous devons rendre ce monde meilleur en permettant à chacun de trouver sa place et en œuvrant à la réussite de
tous, sans exclusive, démagogie ou populisme. La Justice sociale et l’égalité réelle doivent dès lors demeurer nos boussoles
dans tous les champs politiques possibles (Education, Sport,
Culture, Logement, Sécurité…). « Progressiste » ensuite, parce
que dans la confrontation des idées au réel, je place le progrès de
l’Homme et de notre Humanité à l’épicentre de mes combats.
Et ce n’est pas une question de mode ou par idée irrésolue de
modernisme. Le progrès, s’il permet l’amélioration matérielle et
morale, sinon le perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité́, permet un monde meilleur. Et c’est pour cela, enfin,
que je me considère comme « réformiste ». Car il n’est point
d’idée qui vaille si elle ne s’accomplit pas dans l’exercice d’une
action féconde. Et je ne vois pas que ces idées proviennent d’un
monde ancien ou d’un nouveau monde, ou même qu’elles appartiennent à un camp plus qu’à un autre. Ces idées sont universelles, intemporelles et elles fondent selon moi l’action politique au quotidien.
Le monde que nous vivons, n’est ni ancien, ni nouveau. Il est
le nôtre, avec ce qu’il comporte comme inquiétudes, problématiques et difficultés. Et personne ne peut revendiquer de détenir à lui seul la somme de toutes les solutions. Je pense donc
qu’il ne faut pas enfermer les Armentiéroises et les Armentiérois dans une appartenance, un camp ou une idéologie. Au
contraire, je considère que le rassemblement des femmes et des
hommes, des intelligences et des volontés citoyennes, demeure
essentiel à l’accomplissement de l’action publique dans la cité,
toujours autour des valeurs de la République et avec l’irrésolue
détermination de conserver une place pour chacun et pour tous.
C’est de cette manière-là, c’est-à-dire sans exclusive, rassemblés
autour d’un collectif divers, républicain et déterminé, qu’il sera
possible de construire l’espoir d’un avenir neuf pour Armentières, pour les Armentiéroises et pour les Armentiérois.